French Tech : les start-up montpelliéraines se racontent à leur ministre

Questionnées par Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du numérique, dans les locaux de Teads*, ce vendredi après-midi à Montpellier, plusieurs start-up héraultaises du digital ont précisé leurs attentes et espoirs dans le cadre de la candidature de Montpellier Agglomération au label French Tech. Et pesté, aussi, contre une frilosité française devant l’innovation. La ministre a joué le jeu, prenant des notes, relançant les interlocuteurs, demandant des précisions directes (« Pourquoi ? A quoi ça sert ? »...)
Katia Vidic (Nelis) : « espaces collaboratifs »
« Comment faire de l’économie collaborative un tremplin ? Le management collaboratif destabilisera-t-il le monde de l’entreprise ? Je travaille à la création d’espaces collaboratifs (coworking) pour permettre aux gens de travailler 2-3 heures, avec une connexion. »
Stéphane Chemouny (Intrasense) : « Un Small Business Act à la française »
« Il y a une faiblesse de l’informatique médicale en France, qui fait qu’on se développe énormément à l’international (75 % du CA). C’est une question de priorité politique. Les hôpitaux français dépensent énormément dans l’achat de médicaments, qui coûtent quatre fois plus cher qu’en Allemagne. On se demande pourquoi... De plus, on est très handicapés par rapport aux grands groupes lors des appels d’offres. Il faudrait un Small Business Act, qui a un effet positif pour les PME américaines. »
Philippe Rivière (Septeo)
« Septeo est la 22e ETI de France, avec 600 salariés et 12 sociétés (pôles notaires, avocats, agences immobilières, syndics de copropriété, pôle cinéma/3D). 28 M€ ont été investis en R&D sur trois dernières années, et 300 emplois créés. Pourquoi avoir choisi Montpellier ? Pour ses infrastructures, sa qualité de vie, des coûts salariaux inférieurs de 30 %, et une attractivité qui nous permet d’attirer des talents.
Notre stratégie ? Nous intégrons des start-up qui ont du mal à démarrer, et on accélère leur croissance. Notre centre de services partagés (comptabilité, RH, facturation, achat) permet de créer des économies d’échelle via une mutualisation, et à chaque chef de service de se concentrer uniquement sur son métier.
Le système fiscal français est très complexe pour une start-up : déclaration de TVA, feuilles de paie... »
Stéphane Reboud (Dell France)
« Nous sommes très contents que nos homologues de Computacenter aient fait le choix de venir s’implanter à Montpellier, 21 ans après l’ouverture de Dell au Millénaire. Depuis le rachat, il y a dix ans, par Michaël Dell de sa propre société, on est devenus la plus grosse start-up du monde, avec 300 000 salariés !
La French Tech, pour faire quoi ? Il y a de très bons accompagnements sur la période 0-3 ans. À partir du moment où les boîtes sont lancées, l’accompagnement s’essouffle. Nous accompagnons des entreprises en devenir, sur les questions comptables, RH... »
Magali Boisseau (Bedycasa)
« Il y a sept ans, mon business arrivait un peu trop tôt. J’étais de Montpellier, femme, et je ne venais pas d’une grande école de commerce (rires). Le but de départ : démocratiser le voyage, qu’on ne zappe pas des pays comme des chaînes de télé, mettre du lien entre les gens, et fabriquer des voyages à bas coût.
Il a fallu, en 2012, qu’un Américain (Airbnb, NDLR) sur un modèle équivalent, arrive en France, pour qu’on me fasse enfin confiance. Preuve que les investisseurs français ont une vision très étroite des choses. Aujourd’hui, on n’est pas encore rentables, et on a un mastodonte face à nous. Mais Bedycasa est passé de blog à site, et de 200 à 250 000 clients aujourd’hui. »
Rachel Delacour (Bime)
« J’étais contrôleur de gestion dans des grands groupes à Paris. Nous sommes aujourd’hui 30 salariés , et nous serons 40 à la fin de l’année, dont 10 Américains. Des business angels ont commencé à sponsoriser notre projet. Bime prouve qu’il est possible d’avoir des histoires en région. Il est important de parier sur ces régions. Nous n’avons toujours cité aucun contrat avec le gouvernement ou grand compte français, mais ce n’est pas grave. Grâce au cloud, on peut aller signer partout ailleurs !
La French Tech devra servir à rompre avec ce côté très culturel : "combien vous êtes ? Faites-vous 1 M€ de CA ?" La presse française commence à écrire uniquement quand la presse américaine s’y met. Je trouve ça dommage. »
Axelle Lemaire, secrétaire d'Etat chargée du Numérique
« Au-delà des chiffres, il faut raconter de belles histoires comme les vôtres. C’est ce qui donnera envie à d’autres personnes de créer leur propre entreprise. »
« J’impulse une réflexion sur les espaces publics numériques, et le comblement des zones blanches, pour réduire la fracture entre le monde des start-up et le "reste du monde". Il y a le risque d’un écosystème hyper-performant se développant coupé du monde réel. »
« Les jeudigital, que je lance au ministère, je souhaite les étendre en régions. »
« Les boîtes que je rencontre remercient toutes le CIR (crédit impôt recherche) tous les jours. Si on touchait au CIR, il est clair que ça perturberait le business model pour les années à venir.
« Le dossier French Tech de Montpellier devra souligner ce lien que vous entretenez avec l’Afrique, notamment avec les présences de Dell à Montpellier et Casablanca. L’Afrique est le continent qui aura explosé au niveau numérique dans dix ans. »
* Teads prévoit de créer 60 emplois à Montpellier dans les deux prochaines années.
Photo (HV), de gauche à droite : Pierre de Bousquet, Axelle Lemaire, Philippe Saurel.










