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Haute-Garonne
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Industrie
| 2/09/2026

Fibre Excellence : Carole Delga demande une « nationalisation temporaire » de l’usine de Saint-Gaudens

© Fibre Excellence

La Région Occitanie demande à l’État d’entrer temporairement au capital de Fibre Excellence Saint-Gaudens, pour laisser le temps de trouver un industriel capable de reprendre le site haut-garonnais. Lors d’une conférence de presse organisée le 2 septembre, Carole Delga demande 15 M€ à l’État, dont 5 M€ en capital et 10 M€ en trésorerie, aux côtés des 13 M€ prévus par la Région. « J’en ai assez d’un pays où rien ne bouge », lance la présidente de Région, qui appelle à une « nationalisation temporaire » de l’usine. Cette requête intervient alors que le site de 270 salariés est engagé dans une procédure de liquidation judiciaire. Le tribunal de commerce de Toulouse doit examiner le dossier le 8 septembre.

La Région a donc jusqu’au 4 septembre pour améliorer son offre et prévoit de réunir exceptionnellement sa commission permanente le 7 septembre afin de déposer une nouvelle délibération auprès du tribunal. Objectif ? Gagner trois à quatre mois pour permettre à un investisseur industriel de se positionner. « On ne peut pas convaincre un investisseur étranger en quelques semaines », estime Carole Delga. Depuis le retrait de l’actionnaire indonésien fin mai, la Région indique avoir audité plus de 150 entreprises. Elle considère qu’un repreneur devra être recherché à l’étranger, Fibre Excellence étant « le dernier producteur de pâte à papier en France ».

Un plan de financement de 91 M€
L’offre déposée au tribunal repose sur un plan de financement de 91 M€, dont 60 M€ pour la diversification : 30 M€ de la Banque européenne d’investissement, 25 M€ de Factofrance et 5 M€ du Département de la Haute-Garonne, qui rachèterait la station d’épuration. La relance de l’activité nécessite quant à elle 31 M€, avec 15 M€ de capital et 16 M€ de trésorerie. La Région prévoit 8 M€ en capital et 5 M€ en trésorerie, tandis que 2 M€ de capital doivent être apportés par des industriels, notamment l’Alliance Forêt Bois et le groupe alsacien Soprema. Un million d’euros de trésorerie proviendrait d’avances sur commandes. L’État est sollicité à hauteur de 5 M€ en capital et 10 M€ en trésorerie. « Je demande donc 10 M€ supplémentaires à l’État (5 M€ en capital et 5 M€ supplémentaires en trésorerie, NDLR) », précise Carole Delga.
Pour l’élue, cette intervention publique doit rester temporaire « le temps de trouver un industriel qui se substituera à l’État et à la Région ».

Des contacts industriels en cours
La Région poursuit parallèlement la recherche d’un opérateur, notamment en Europe. Un industriel portugais spécialisé dans la production de pâte à papier a visité le site le 1er septembre. « Il a l’expertise que nous recherchons », indique Carole Delga. Plusieurs partenaires se positionnent sur des activités complémentaires : Soprema s’intéresse notamment aux copeaux de bois et à la chaleur de l’usine, tandis qu’Engie reste intéressé par la production d’électricité et l’exploitation des turbines. Les discussions avec le papetier belge VPK se poursuivent. Selon la Région, le modèle économique permettrait un retour à la rentabilité dès fin 2027 grâce à la vente de pâte à papier et d’énergie. L’usine peut produire jusqu’à 290 000 tonnes par an. Elle aurait dégagé environ 9 M€ d’excédent annuel jusqu’en 2024, avant de basculer dans le déficit en 2025 sous l’effet notamment de la hausse du prix du bois.

Maintenir un outil industriel stratégique
Carole Delga défend également le dossier au nom de la « souveraineté industrielle ». La France importe, selon elle, près de 1 Md€ de pâte à papier par an, notamment pour les secteurs de l’emballage, du papier, de l’hygiène et de la santé. L’usine de Saint-Gaudens avait par ailleurs été déclarée d’utilité publique majeure pendant la crise du Covid-19 pour ses applications dans le domaine médical.
L’élue souligne aussi l’enjeu environnemental d’une production française et estime que Saint-Gaudens conserve des atouts sur la fibre courte de bois (fibre de cellulose issu des arbres feuillus), dans un marché mondial marqué par la hausse de la production chinoise et l’arrivée prochaine d’une nouvelle usine au Brésil.
Enfin, l’enjeu est d’éviter le démantèlement du site. À Tarascon (13), où la deuxième usine de Fibre Excellence a été placée en liquidation judiciaire fin juillet, la Région demande que l’outil industriel soit préservé. Pour Saint-Gaudens, Carole Delga estime qu’une fermeture serait difficilement réversible : « Reconvertir une usine de pâte à papier, c’est extrêmement difficile. Il n’y a pas d’aménagements possibles, donc si ça s’arrête, c’est du démantèlement. »
La Région chiffre à 55 M€ le coût potentiel d’une fermeture pour l’État, dont 15 M€ liés aux indemnités chômage et 40 M€ pour la dépollution et le démantèlement. Si le tribunal de commerce va dans son sens le 8 septembre, le site pourra reprendre son activité.

> À lire également : Six mois de sursis pour Fibre Excellence, placé en redressement judiciaire

Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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