Éric Lombard (DG de la Caisse des Dépôts) : « L’Occitanie est une très belle région industrielle »
En exclusivité pour La Lettre M, Éric Lombard, directeur général de la Caisse des Dépôts, évoque les grands enjeux de son déplacement en Occitanie les 6 et 7 juin. Interview.
Vous serez en Occitanie les 6 et 7 juin. Quelles sont les raisons de cette nouvelle visite ?
Il s’agit de ma septième visite dans le territoire en tant que directeur général de la Caisse des Dépôts. Le but est de mettre en avant plusieurs grandes priorités, en particulier la transformation écologique et énergétique, la rénovation des bâtiments et des équipements publics, la redynamisation des centres-villes, mais aussi le logement et l’attractivité des territoires.
Quel regard portez-vous sur notre région ?
L’Occitanie est une très belle région industrielle. Son dynamisme économique est important. Mais ce qui me frappe le plus, c’est que dans cette région à forte tradition industrielle, la dynamique est « portée » collectivement. C’est la force de ce territoire ; les différentes parties prenantes s’accordent autour du développement économique et les élus coopèrent bien au-delà de leurs différences partisanes.
Comment analysez-vous la situation économique actuelle et comment le plan stratégique 2024-2028 de la Banque des Territoires s’inscrit-il dans ce contexte ?
Je dirais que nous vivons actuellement une situation de reprise économique progressive marquée à la fois par une nécessaire réindustrialisation et un début de baisse des taux d’intérêt. Le contexte est donc plutôt favorable. Entre 2024 et 2028, le groupe Caisse des Dépôts va mobiliser 100 Md€ dans la transformation écologique, dont un tiers le sera par la Banque des Territoires. Et le message que nous portons est le suivant : les acteurs publics et privés doivent s’engager ensemble. Ils doivent investir afin de transformer la dette écologique en dette financière. C’est la priorité absolue.
Aujourd’hui, cette transformation écologique dicte toutes vos actions…
Absolument. L’un des grands axes de notre feuille de route est clairement la transformation écologique et énergétique. Une transformation qui, de notre point de vue, va forcément de pair avec l’équité territoriale et sociale. Car si nous voulons la réussir, il est impératif – nous l’avons vu au moment du mouvement des Gilets jaunes –, que cela ne pèse pas sur le niveau de vie des Françaises et des Français. Je n’oublie évidemment pas un autre enjeu majeur, la souveraineté, alors que nous vivons dans un monde fragmenté, qui devient de plus en plus dangereux.
Lors de votre visite en Occitanie, vous allez rencontrer un certain nombre d'élus locaux. Qu’attendez-vous concrètement de ces échanges ?
Ce sont à chaque fois des échanges passionnants. La Caisse des Dépôts intervient dans beaucoup de dimensions – le développement économique, l’énergie, le logement social… – et il est important que les élus puissent nous faire part de leur regard, de leurs besoins. Ce dialogue est précieux car il nous permet de mettre en avant les outils qui sont mis à leur disposition, en particulier via la Banque des Territoires, mais aussi de recalibrer le cas échéant nos politiques au regard de leurs retours. La relation avec les élus est toujours constructive et s’inscrit dans une logique de résolution de problèmes.
Vous allez en particulier échanger vendredi avec Carole Delga, présidente de la Région Occitanie. Qu’y aura-t-il au menu de votre déjeuner de travail ?
Je connais bien Carole Delga, y compris au titre de ses responsabilités nationales (elle est présidente de l'association Régions de France, NDLR). Chacune de nos rencontres est l’occasion de faire des tours d’horizon très larges. Nous allons bien entendu évoquer les grands projets liés au développement économique du territoire et parlerons mobilité. Je ne doute pas que nous ayons l’occasion de faire un point sur les projets de LGV, mais aussi de RER métropolitain, qui sont de mon point de vue porteurs d’avenir. Enfin, nous devrions aussi évoquer les sujets de la réindustrialisation et du logement.
Justement, parmi vos priorités, on retrouve le soutien au secteur du logement. Quel rôle pouvez-vous jouer dans ce contexte de crise ?
Nous agissons à plusieurs niveaux. La première dimension est celle de la construction. Les prêts de la Banque des Territoires sont de plus en plus nombreux et nous nous inscrivons dans un certain nombre de dispositifs spécifiques, à l'image des « Territoires engagés pour le logement ». Via CDC Habitat, nous avons engagé l’an dernier 4,4 Md€ dans la construction de 17 000 logements au titre de notre Plan de soutien au logement. L’un des sujets majeurs est celui de la bataille du foncier. Le Zan (zéro artificialisation nette des sols, NDLR) est une contrainte évidemment nécessaire et légitime. Mais cela ne doit pas rendre le foncier inaccessible. Il convient donc d’être imaginatif en la matière, y compris en termes de structuration financière.
Autre enjeu stratégique, vous l’avez dit : l’attractivité des territoires. Comment pouvez-vous accompagner, en particulier, le processus de réindustrialisation ?
Les industriels en développement recherchent avant toute chose du foncier. Dans ce contexte, la Banque des Territoires travaille avec les élus locaux afin d’accompagner le financement et l’aménagement, mais aussi d’identifier du foncier disponible au travers du portail France Foncier+. Quant à Bpifrance, elle a vocation à financer ensuite les projets des entreprises. Aujourd’hui, la concurrence internationale est de plus en plus dure. Mais la réindustrialisation est absolument décisive, à la fois pour garantir notre indépendance et notre souveraineté et pour accompagner la transformation écologique des territoires.











