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Pratique
| | 6/01/2026

Entreprendre sans s’épuiser : le jeu, allié des PME

© CCO / Florence Philippart

Entreprendre aujourd’hui à la tête d’une PME s’apparente à un sport de haut niveau : pression, incertitude et responsabilités lourdes. Pourtant, le bien-être des dirigeants demeure négligé, absent des indicateurs. Des recherches récentes révèlent une ressource inattendue : le jeu, dans et autour du travail. Une tribune de Jinia Mukerjee, professeure-chercheuse à MBS School of Business.

Les dirigeants de PME cumulent les casquettes : dirigeant opérationnel, responsable commercial, responsable RH, interlocuteur des banques, gestionnaire de crise. Ils portent leur entreprise à bout de bras, au prix de journées interminables, de nuits écourtées et d’une porosité grandissante entre vie professionnelle et vie personnelle. Lorsque ces femmes et ces hommes vacillent, ce sont aussi des emplois, des savoir-faire locaux et parfois tout un tissu territorial qui se fragilisent. Depuis une dizaine d’années, la recherche en management s’intéresse de plus près à leur santé psychologique et aux ressources susceptibles de la préserver. Une enquête récente menée auprès de dirigeants de PME françaises montre qu’une approche par le jeu est une ressource trop souvent méconnue. Loin d’être un luxe ou un gadget importé de la culture start-up, il apparaît comme un levier très concret pour atténuer le stress, restaurer l’énergie et redonner du sens au fait d’entreprendre.

Deux grandes formes de jeu se distinguent. Tout d’abord, le jeu de diversion renvoie à des activités de divertissement sans aucun lien avec la tâche du moment, qui offrent un espace pour souffler : plaisanteries partagées avec l’équipe, pauses conviviales, célébration d’une petite victoire, défis amicaux lancés dans l’atelier ou le bureau. Ces respirations contribuent à nourrir la satisfaction au travail et à resserrer les liens au sein de l’entreprise. D’autre part, le jeu sérieux, appelé « serious game », consiste à aborder les enjeux de l’entreprise de façon ludique : transformer un litige client en défi collectif, imaginer plusieurs scénarios de réponse comme dans un laboratoire d’essai-erreur, prototyper une nouvelle offre, simuler l’impact de différentes options stratégiques. Les dirigeants qui recourent régulièrement à ce type de jeu déclarent ressentir moins de stress, moins de symptômes de burn-out et un sentiment plus fort de maîtrise de leur activité.

La résilience des PME. La bonne nouvelle est qu’il n’est pas nécessaire d’installer un baby-foot ou d’imposer des animations artificielles. Il s’agit plutôt d’autoriser, au quotidien, une manière plus ludique de travailler. Par exemple, encourager les questions, accepter l’expérimentation, valoriser l’essai plutôt que la perfection immédiate et se donner le droit – y compris au sommet – de relâcher la pression même dans les périodes les plus tendues. Dans un contexte économique incertain en région Occitanie et ailleurs, la résilience des PME est déterminante : le bien-être des dirigeants devient une question stratégique autant humaine qu’économique. Faire une place au jeu dans sa manière d’entreprendre, ce n’est pas nier les contraintes ni les risques : c’est se donner les moyens de respirer, de déplacer le regard et, surtout, de bâtir une entreprise qui dure.

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