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| 19/06/2018

Emploi, mobilités, foncier...Pascal Mailhos se livre à La Lettre M

Pascal Mailhos, préfet de la région Occitanie et de la Haute-Garonne, était l’invité du Petit Dej’ de La Lettre M, organisé le 19 juin aux Espaces Vanel, à Toulouse. Emploi, mobilités, fusion des Régions, loi littoral, gestion de l’eau… : interrogé pendant 1h30 par Hubert Vialatte, rédacteur en chef, le représentant de l’État a évoqué les enjeux clés de l’Occitanie, devant près de 80 chefs d’entreprise et décideurs du territoire. Revue de détail.

Loi littoral : « Ce dispositif réglementaire date de 1986. Dans le cadre de la préparation du projet de loi Élan (Évolution du logement, de l’aménagement et du numérique, NDLR), on a essayé de revenir sur cette réglementation. Mais l’État a tenu bon. Un sujet a été abordé dans les débats, celui des formes urbaines intermédiaires. Or, ce ne sont pas les dents creuses qui sont en question comme ce qui avait été prévu, mais les projets d’aménagement qui permettront d’accroître le nombre de logements là où il n’en existe pas ou peu, ainsi que celui des services publics. Concrètement, cette loi va permettre d’étendre les possibilités d’aménagement, mais de façon limitée. Les projets seront examinés au cas par cas. Ce développement constitue d’ailleurs l’un des axes du Plan littoral 21 lancé avec Carole Delga, présidente de la Région Occitanie. Le littoral a vieilli. Les logements, l’activité plaisance, le modèle économique global né de la Mission Racine est dépassé. On ne vit plus sur le littoral comme il y a cinquante ans. De fait, dans le cadre du Plan littoral 21, je rappelle que ce sont près de 150 dossiers qui seront accompagnés dans le cadre d’une convention tripartite associant l'État, la Région et la Caisse des Dépôts qui sera signée début juillet. L’objectif est de mobiliser des crédits. »

L’État en Occitanie : « La création de la nouvelle Région Occitanie a été difficile à élaborer mais pas à mettre en œuvre. L’une des principales difficultés consistait à éviter toute forme de suspicion : Montpellier disait que Toulouse allait l’avaler et Toulouse annonçait que Montpellier allait créer des difficultés pour différentes raisons. L’ex-Languedoc-Roussillon présentait un certain nombre de fragilités comme un taux de chômage élevé. Il a fallu faire taire ces discours. Pour y parvenir, j’ai proposé à l’État deux principes. Garantir tout d’abord une répartition équitable des 5 000 agents de l’État, soit 2 700 à Toulouse et 2 300 à Montpellier. On en supprimé 257. Cette proportion a été strictement respectée dans la nouvelle organisation, soit 54 % des agents basés à Toulouse et 46 % à Montpellier. Cela a permis de calmer les inquiétudes des uns et des autres. Le deuxième point concernait l’organisation en bi-sites. La Direccte et la Dreal sont toutes deux physiquement implantées à Toulouse. Cela ne veut pas dire que ces deux services de l’État ne sont pas présents à Montpellier. Aucune des deux métropoles n’est orpheline de nos services. Et cette nouvelle organisation n’a généré aucun jour de grève chez les agents, ce qui n’était pas gagné. »

Organisation et management de services de l’État : « La Région compte 127 000 fonctionnaires. On a essayé de s’améliorer pour gagner en efficacité. Le nombre de visioconférences a été multiplié par 10, soit 700 par an, afin d’éviter les trajets entre Toulouse et Montpellier. Nous avons par ailleurs créé des espaces de travail partagé et développé le télétravail et les actions de formation, que ce soit en matière de management ou d’innovation. Il est indispensable d’accompagner ce mouvement vers davantage d’innovation dans une région qui y consacre 3,7 % de son PIB, soit la première de France pour ce type de dépenses. Là encore, l’État s’engage. »

Consommation de foncier : « Chaque année, près de 50 000 nouveaux habitants s’installent dans la région. C’est l’équivalent d’une ville telle qu’Albi ou Narbonne. Et d’ici 2040, l’Occitanie comptera 1 million d’habitants supplémentaires. De fait, nous devons faire évoluer tous nos logiciels que ce soit en termes de création d’emploi, de logements, d’éducation, de gestion de l’eau, de l’espace ou d’organisation des mobilités. Nous devons lancer ces nouveaux logiciels d’ici trois ou quatre ans. Si ce n’est pas le cas, cette croissance démographique sera un handicap avec comme conséquences une hausse du chômage, une circulation compliquée et un déficit de ressources en eau. À ce titre, la question de la gestion de l’espace est majeure. Au lieu de densifier, nous sommes en effet des spécialistes de l’étalement urbain. Pour chaque nouvel habitant, entre 600 et 700 m2 sont artificialisés. Et selon le conservatoire du littoral, la moyenne des réserves foncières des communes implantées le long du littoral est comprise entre 7 et 10 ans. Conséquence, si on continue à urbaniser à ce rythme, on ferme la porte aux nouveaux arrivants. Il en va de même dans les métropoles où la moyenne de constructibilité est de 10 ans. Dans ces conditions, il sera impossible d’accueillir tous les ans ces 50 000 nouveaux habitants. J’ai donc demandé aux services de simplifier le dire de l’État. Il faut renverser le paradigme. En matière d’aménagement, on doit d’abord prouver que l’on a densifié, élevé des hauteurs de construction ou réinvesti les cœurs de ville. Seule l’exception doit désormais autoriser l’étalement. Il faut préserver les disponibilités permettant de répondre aux besoins futurs. C’est indispensable pour assurer un avenir à cette région. »

Gestion de la ressource en eau : « Les choses sont simples. Je rappelle tout d’abord que dans le bassin Adour Garonne - qui correspond au périmètre des anciennes régions Midi-Pyrénées et Aquitaine -, le déficit en eau s’élève chaque année à 200 millions de m3. D’ici 2040, ce déficit atteindra un milliard de m3. Cela signifie que nous sommes face à une falaise. Avec Martin Malvy, président du comité de bassin Adour Garonne, Carole Delga et Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, nous avons constitué un G4 en vue de mettre en œuvre une série de mesures. Réaliser tout d’abord des économies significatives, notamment dans l’agriculture et l’industrie. Nous devons également améliorer la consommation en valorisant les retenues existantes et en créer de nouvelles sur l’ensemble du bassin. En octobre, Toulouse et Bordeaux accueilleront par ailleurs le Congrès des grands fleuves du monde. Et nous avons demandé à Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, que le bassin Adour Garonne soit le bassin phare en matière de R&D pour les économies d’eau. L’idée est de faire le tour de ce qui se fait de plus innovant dans le monde pour préserver et valoriser les ressources en eau et le dupliquer ici. »

Emploi et politique de la ville : « L’Occitanie compte 105 quartiers prioritaires de la Ville, soit 6,3 % de la population régionale. Dans ces quartiers, le taux de chômage est le double du taux de chômage régional (10,5 % fin 2017, NDLR). Un plan de reconquête de l’emploi a été lancé. Il s’agit d’équilibrer les politiques mises en œuvre avec d’un côté la politique de reconquête républicaine, lutte contre la délinquance, contre les trafics ou la radicalisation, et en contrepoint une politique sociale et de l’emploi. L’objectif est de diviser par deux le taux de chômage et de multiplier par deux les entrées en formation des jeunes de ces quartiers. Là encore, il faut innover. Pôle emploi va dans les quartiers et des rencontres entre candidats et entrepreneurs y sont organisées. Cela permet également de modifier la perception qu’ont les jeunes en matière d’emploi et de formation. Il faut les remettre au cœur de nos dispositifs. Toujours dans ce domaine, l’intérêt pour les chefs d’entreprise est d’intégrer des jeunes issus de ces quartiers. Je demande d’ailleurs à tous les services de l’État d’y recruter afin de faire sauter ce plafond de verre. Enfin, le Premier ministre a lancé une expérimentation permettant aux entreprises de bénéficier d’exonération si elles embauchent des jeunes des quartiers. Ce dispositif sera différent de celui des zones franches qui n’a pas atteint les objectifs fixés. »

Mobilité : « Un constat dans ce domaine : la circulation va augmenter de 16 % d’ici 2040. Or du fait du millefeuille territorial, la situation est bloquée. Les Départements, les Métropoles, la Région, Tisséo (syndicat mixte en charge des transports en commun de Toulouse Métropole) et l’État ont chacun de leur côté une partie de la réponse quant aux projets d’aménagement. L’État a inscrit 3 M€ de crédit pour engager des études multimodales dans le cadre du CPER (Contrat de plan État/Région). Un G5 a été créé à Toulouse avec ces différents acteurs en vue de coordonner nos actions et d’innover. Exemple, nous avions l’habitude de travailler à moyen et long terme sur ces questions de mobilité. J’ai souhaité engager des actions à court terme. Dès la rentrée 2018, nous allons ainsi expérimenter des voies réservées, des parcours cyclables et des actions de covoiturage. Bref, tout ce qui peut améliorer la vie des habitants. Et après Toulouse, cette expérimentation sera déclinée dans d’autres villes de la région. »

LGV, autoroute Castres-Toulouse : « Jusqu’à présent gouvernement après gouvernement, on avait tout promis en matière de ligne à grande vitesse sans que les financements soient assurés. Une nouvelle méthode est initiée par le nouveau gouvernement. Le rapport Duron fixe en effet les nouvelles priorités de l’État. Et la LGV Bordeaux-Toulouse est classé numéro un des projets en Occitanie. La loi a décidé de prévoir dans quels délais ce projet devait aboutir et selon quelles modalités financières. C’est là-dessus que nous travaillons. On est actuellement dans le plus dur mais aussi le plus sérieux, à savoir la faisabilité financière de ce projet. L’autre grand dossier mobilités concerne l’autoroute Toulouse-Castres. La DUP (déclaration d’utilité publique, NDLR) relative au tronçon de 50 km entre Verfeil et Toulouse sera signée fin juillet. Dans ce dossier qui va mobiliser un investissement de 470 M€, les indicateurs sont au vert et le calendrier respecté. »

Canal du Midi : « Cela a été l’un des premiers projets portés avec Carole Delga dès la création de la nouvelle Région. Cet ouvrage est le sourire de l’Occitanie. Mais il souffrait au point de vue environnemental. Il faut désormais assurer la diversité des essences d’arbres qui le bordent pour sa pérennité. Et d’un point de vue patrimonial, beaucoup d’ouvrages avaient besoin d’être repris. L’enjeu est de le faire revivre et de préserver son classement à l’Unesco dans l’optique de l’inspection programmée en 2022. La perte de ce classement serait une catastrophe. De fait, le plan de gestion du Canal du Midi et très ambitieux. Une charte paysagère sera prête à l’été et je pourrais désormais accorder des dérogations dans le cadre de ce plan de gestion en tant que préfet, ce qui n’était pas possible jusqu'à présent. »

Montagne : « Elle représente 50 % du territoire régional et 1 million de personnes y vivent. Nous devons donc lui définir un avenir en relevant les défis liés au tourisme, au numérique, au pastoralisme et à l’atomisation des stations. Cela passe par les partenariats publics-privés. Cinq à six stations serviront de test en accueillant des partenaires privés afin de limiter la part du public. Nous devons mobiliser toutes les ressources et favoriser le développement du tourisme “quatre saisons“. »

Cohésion territoriale : « Il s’agit d’équilibrer les métropoles avec les pôles ruraux et les territoires désertifiés. La métropole toulousaine redistribue 40 % de la richesse qu’elle crée au-delà de l’espace métropolitain. Mais si nous n’arrivons pas à maintenir cette relation, en arrimant les métropoles aux villes d’équilibre et aux territoires ruraux, l’avion ne décollera pas. Ce sera un jet privé qui n’embarquera que les plus riches. La stratégie de l’État est simple : il faut articuler, mailler ces trois composantes. Il faut créer et entretenir des liens. Je préconise des incitations financières et fiscales dans le but de favoriser les échanges. Un certain nombre d’activités qui veulent s’implanter dans les métropoles peuvent être plus utiles dans les territoires. Il faut donc que financièrement ou fiscalement, ces porteurs de projets bénéficient d’avantages pour s’implanter hors des métropoles. L’objectif est d’assurer une meilleure répartition dans le territoire régional. Aidons les communes à reconquérir leurs terres agricoles et les entreprises à s’implanter hors des métropoles. Les contrats de réciprocité à l’image de celui signé entre Toulouse Métropole et le Pays Portes de Gascogne vont dans ce sens. On peut aller au-delà des un ou deux contrats déjà conclus et les multiplier à l'échelle de la région. »

Synergies entre les métropoles : « Toulouse est la 4e ville française et Montpellier la 7e. On ne peut pas faire comme si elles vivaient une vie séparée l’une de l’autre. Nous devons voir quelles sont les synergies possibles en termes de tourisme d’affaires, de culture ou de mobilités. C’est le sens d’un rapport commandé par l’État. Il ne faut pas de stratégie concurrente mais favoriser les complémentarités. »

David Danielzik / danielzik@lalettrem.net
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