Des champignons pour protéger les cultures : la biotech Mycea crée le spin-off Amoterra
La start-up montpelliéraine Mycea crée un spin-off afin de distinguer dans deux sociétés distinctes ses activités liées au biocontrôle d’une part et à la biostimulation d’autre part. Mycea, qui emploie quinze personnes, continuera d’explorer les champignons pour y dénicher des molécules naturelles permettant de lutter contre les maladies des végétaux (biocontrôle), tandis qu'une nouvelle entité baptisée Amoterra commercialisera début 2026 un service de stimulation des cultures par champignons endomycorhiziens (biostimulation). Dans ce cadre, Aline Bsaibes est nommée codirectrice générale de Mycea en charge des business et partenariats et, chez Amoterra, Camilo Gianinazzi devient DG et pilotera treize personnes.
Comestibles ou non, microscopiques ou visibles à l’œil nu, les variétés de champignons sont extrêmement nombreuses et représentent un sérieux atout pour protéger et stimuler les cultures agricoles sans utiliser de produits chimiques. « À la création de Mycea en 2018, je voulais travailler sur la santé globale de la plante, sur sa physiologie interne ainsi que sur la partie contrôle des maladies. En travaillant sur ces deux leviers, on arrive à des protections plus efficaces », explique à La Lettre M Dominique Barry-Étienne, fondatrice, en charge du volet science et production. Parmi 750 espèces de champignons, 2 000 extraits ont été sélectionnés et testés afin d’évaluer leur efficacité contre une vingtaine de maladies qui touchent les arbres, la vigne, les céréales et les cultures maraîchères. 200 d’entre eux ont montré une efficacité très élevée sur un large spectre de maladies : une vraie richesse contenue dans les forêts.

©Mycea
Autorisations de mise sur le marché
Aujourd’hui, l’activité biostimulation est prête à être commercialisée. « Nous sommes arrivés à cette scission en deux entités car la partie biocontrôle demande encore davantage de temps de recherche, de nombreuses étapes à respecter avant de pouvoir déposer le dossier auprès des autorités européennes pour pouvoir commercialiser des molécules. À l’inverse, l'activité biostimulation est suffisamment mature pour entrer en phase de commercialisation », explique à La Lettre M Aline Bsaibes. La société Amoterra, dont le siège social est implanté à Saint Gély-du-Fesc (Hérault), sera opérationnelle auprès de clients à partir de janvier 2026.
Amoterra va commercialiser un service permettant de multiplier et d'amplifier une communauté de champignons mycorhiziens auprès de collectivités locales pour les espaces vert, ainsi qu’auprès d’agriculteurs. « Nous allons nous déplacer sur la parcelle d’un agriculteur, prélever la biodiversité naturellement présente puis, dans une chambre de culture, amplifier cette communauté, la formule… avant de la réintroduire sur place en fonction des besoins », explique à La Lettre M Camilo Gianinazzi. Un processus qui s’étend sur plusieurs mois. Certains champignons aident à lutter contre le mildiou de la vigne, d’autres contre celui des pommes de terre, d’autres encore aident à la croissance des plantes en cas de stress hydrique. Le champ des possibles s’annonce vaste. « Chaque terroir a une signature mycorhizienne, tout l’intérêt de notre savoir-faire est de partir de l’existant pour favoriser la symbiose », souligne Camilo Gianinazzi. Une opération à amortir sur plusieurs années mais qui peut permettre de redonner vie à des sols appauvris par des années voire des décennies de labours et de traitements chimiques. « Si l’agriculteur raisonne à l’année, c’est onéreux, mais si on lisse le coût sur dix ans, cela ne coûte pas plus cher que des biostimulants chimiques épandus chaque année » argue Camilo Gianinazzi.

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500 k€ à 1 M€ de chiffre d’affaires
Avec l’interdiction de certains produits chimiques, en ville comme dans les champs, les pouvoirs des champignons ont de beaux jours devant eux. « Certains d'entre eux vont explorer 1 000 fois plus qu’une racine, ils vont chercher de l’eau, ils vont améliorer la structure des sols (porosité, moins d’érosion)… et quand on les réintroduit, les bactéries reviennent », se félicite le DG d’Amoterra. Objectif affiché : atteindre 500 k€ à 1 M€ de chiffre d’affaires pour la première année d’activité commerciale, en 2026. Des recrutements sont envisagés, de même qu’une levée de 2 M€. « Nous souhaitons financer l’industrialisation de la production, pour avoir à terme besoin de moins de main-d’œuvre pour chaque commande », précise le dirigeant d’Amoterra. Bien que le service proposé ne soit pas tout à fait le même, il faudra faire avec la présence de la concurrence, dont la société toulousaine Premier Tech ou bien Mycophyto, basée au sein de la technopole Sophia Antipolis (06).
Si la commercialisation va débuter chez Amoterra, côté Mycea, il reste des étapes à franchir. « Nous entrons dans une phase de développement du produit après avoir validé notre preuve de concept. L’efficacité de certains extraits de champignons a été prouvée ; pour l’heure, nous produisons à petite échelle à Montpellier mais nous allons passer à plus grande échelle avec l’aide d’un manufacturier nommé ARD, basé à côté de Reims. Grâce à ce partenariat, nous passerons de 30 à 800 ou 1 000 litres produits », s’enthousiasme Aline Bsaibes. À terme, Mycea vise les marchés européen et sud-américain.
Essais à grande échelle
En 2026, l’équipe de quinze personnes va continuer à réaliser des tests pour pouvoir demander une autorisation de mise sur le marché sur chacun de ces deux continents. « Nous souhaitons aussi nouer des partenariats avec des industriels avec qui nous associer pour la commercialisation », précise Aline Bsaibes. En 2026, de nouveaux essais à grande échelle vont être menés dans les champs : contre le mildiou de la vigne – en Italie, en Espagne et en France – et contre le mildiou de la pomme de terre en Allemagne, aux Pays-Bas et dans le nord de la France. Une levée de 7 M€ est espérée d’ici à un an. « Nous prévoyons de recruter deux personnes en 2026, sur l’aspect réglementaire et l’aspect partenariat », annonce la codirectrice générale de Mycea. En décembre 2022, la société montpelliéraine avait déjà levé 8 M€.











