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Haute-Garonne
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Eau - Environnement
| 13/07/2022

Déchets organiques : les ambitions régionales de Cler Verts

Le groupe Cler Verts, basé à Bélesta-en-Lauragais, à 45 kilomètres de la Ville rose, entend investir 20 M€ sur cinq ans dans le Sud-Ouest pour bâtir un petit empire de la collecte, du recyclage et de la valorisation des déchets organiques. Interview exclusive de son président, Jean-Luc Da Lozzo.

2021 aura été une année importante pour Cler Verts, puisque vous avez levé en décembre 10 M€ auprès de Calcium Capital dans le cadre de la sortie de vos actionnaires Multicroissance et Grand Sud-Ouest Capital, présents à vos côtés depuis 2014. Quel est l'objectif stratégique de cette opération ?
Comme vous l'avez dit, tout d'abord, cette levée a été organisée dans un contexte de sortie des fonds qui nous avaient rejoints en 2014. Et par ailleurs, cette opération vise à nous donner les moyens de mener à bien nos projets stratégiques. Nous disposons aujourd’hui d’une plateforme de neuf hectares dédiée à la collecte, au recyclage et à la valorisation des déchets organiques, à Bélesta-en-Lauragais. Cet outil nous permet de déployer des activités de compostage, de recyclage de déchets, de valorisation du bois et de méthanisation, ainsi que des services de collecte. Nous souhaitons développer notre plateforme et dupliquer son modèle dans d’autres territoires. 

A Bélesta-en-Lauragais, tout d’abord, quels sont vos projets ? 
Nous engageons un investissement de 3,2 M€ afin de nous doter d’une unité d’ensachage de compost, d’une unité de production de biochar (charbon d'origine végétale obtenu par pyrolyse de biomasse des matières organiques, NDLR) et d’une unité de séchage de résidus agroalimentaires dans le cadre de la production d’alimentation animale. Les travaux vont débuter en septembre et 2 600 m2 de bâtiments vont être livrés en 2024. Le biochar, en particulier, est à mon sens un produit très intéressant : c’est un fort rétenteur d’eau qui permet d’accroître la fertilité des sols et a l’avantage de séquestrer le carbone.

Vous ambitionnez par ailleurs de dupliquer votre modèle dans le grand Sud-Ouest…
Absolument ! Nous souhaitons investir massivement afin de disposer à terme de six ou sept plateformes, toujours dans la même logique d’économie circulaire, à la fois en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine. C’est dans cette logique que nous avons repris en fin d’année dernière la société Valo Verte, à Montans (Tarn). Nous allons déployer sur ce site de 13 hectares les mêmes activités qu’à Bélesta-en-Lauragais. Un projet de 8 M€ qui devrait aboutir début 2024. Nous sommes en veille afin de réaliser d’autres opérations de croissance externe dans les prochaines années, afin de gagner du temps. Par ailleurs, en croissance organique, cette fois-ci, nous travaillons sur plusieurs projets. Nous sommes en discussions avec des collectivités de la grande agglomération toulousaine en vue de développer un autre méthaniseur dans le territoire à l’horizon 2024-2025, ce qui représenterait un investissement de 7 M€. Encore plus près de la Ville rose, nous envisageons de créer un centre de déconditionnement de déchets organiques, afin de recevoir les déchets au plus proche de la ville et de les amener en frange de l’aire urbaine. Ce projet à 2 M€ pourrait voir le jour fin 2023. 

Quels sont vos perspectives de croissance ?
Dans une région comme l’Occitanie, qui compte environ six millions d’habitants, on produit chaque année plus de 400 000 tonnes de déchets organiques. Notre méthaniseur de Bélesta-en-Lauragais peut en traiter 20 000 tonnes. Il y a donc de la place pour un certain nombre d’autres plateformes de ce type dans le territoire. Sans compter les déchets organiques des restaurants, qui sont actuellement peu triés. Les obligations réglementaires, ainsi que la prise de conscience sociétale, vont permettre de valoriser une grande partie des biodéchets qui, jusque-là, étaient incinérés ou enfouis. 

Qu’en est-il de l’acceptabilité ? Un site comme le vôtre génère potentiellement des nuisances…
Notre site englobe plusieurs activités. Pour des déchets qui sont odorants, la méthanisation amène un plus. Et en réalité, ce qui sent mauvais, c’est la partie logistique, qui peut se faire dans un bâtiment désodorisé. Par conséquent, des projets bien conçus peuvent aboutir, à condition de faire preuve de pédagogie. Le frein, à mon sens, reste la circulation des véhicules. A court terme, sur ce sujet, nous n’avons pas de réponse. Mais je pense que dans cinq à huit ans pourrait se déployer une offre de poids lourds hydrogène. Des solutions seront trouvées. Dans tous les cas, les déchets que nous traitons étaient déjà transportés. A tonnage identique, le recyclage et la valorisation n’ont donc pas de conséquences sur les flux logistiques.

Comment imaginez-vous votre groupe à l’horizon 2030 ?
Quand l’activité a été lancée, en 2003, nous n’imaginions pas que nous en serions là aujourd’hui. Mais nous sommes dans un métier où il faut avancer, en suivant les évolutions réglementaires et en étant à l’écoute des innovations ; car l’immobilisme fait régresser. Cler Verts, aujourd’hui, c’est 56 salariés pour 11 M€ de chiffre d’affaires en 2021. Cette année, nous devrions dépasser les 12,3 M€. A l’horizon 2030, dans l’hypothèse où nous disposerions de six sites, nous serions une centaine de collaborateurs et enregistrerions 42 M€ de chiffre d’affaires.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@alettrem.net
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