Décarboner les plateformes : la gouvernance change tout
Longtemps présentée comme une solution face aux enjeux climatiques grâce au partage des ressources, l’économie collaborative exhibe pourtant toujours ses paradoxes. Selon les choix stratégiques, la gouvernance des plateformes peut accélérer leur décarbonation ou au contraire renforcer les effets rebond et la surconsommation. Le point avec Catherine L’Ecuyer et Magalie Marais, professeures associées à MBS School of Business, autrices de Décarboner la sharing economy (Éditions Classiques Garnier, 2026).
L’économie collaborative s’est imposée en quelques années dans notre quotidien. Covoiturage, hébergements touristiques, partage de vélos, lutte contre le gaspillage alimentaire... : ces plateformes digitales promettent de mieux utiliser les ressources existantes plutôt que d’encourager l’achat de nouveaux biens. À première vue, leur contribution à la décarbonation semble évidente. Pourtant, la réalité est plus nuancée. Nos travaux montrent que la capacité des plateformes à réduire les émissions de carbone dépend moins de la technologie elle-même que de leur gouvernance. Certaines plateformes créent effectivement de la valeur environnementale et démontrent qu’il est possible de combiner utilité économique, impact social et réduction de l’empreinte carbone. Leur point commun réside dans une stratégie où l’objectif environnemental fait partie intégrante du projet d’entreprise, comme Greengo, alternative à Airbnb. À l’inverse, d’autres affichent un discours vertueux tout en contribuant indirectement à l’augmentation des émissions, favorisant la multiplication des déplacements, le surtourisme, la consommation accrue de services ou les effets rebond annulant une partie des gains espérés.
La question centrale devient alors celle de la gouvernance. Celle-ci repose généralement sur trois grands mécanismes complémentaires : les mécanismes de marché, qui s'appuient sur la création et le partage de valeur économique ; les mécanismes communautaires, qui favorisent la coopération, la confiance et le partage de valeur entre les parties prenantes ; et les mécanismes algorithmiques, qui permettent d'optimiser et de coordonner les interactions à grande échelle grâce aux technologies numériques. À cela s'ajoute la question essentielle de la mesure de l'impact social et environnemental des plateformes. Comment les parties prenantes peuvent-elles savoir si une organisation génère un impact réel ou si elle se contente de communiquer de bonnes intentions ?
En Occitanie, cet enjeu est stratégique. Les plateformes digitales sont devenues des acteurs structurants de la mobilité, du tourisme, de la consommation et des circuits courts. Leur capacité à orienter les comportements des utilisateurs leur confère un pouvoir considérable. Trois leviers apparaissent essentiels pour réussir cette transition : une régulation adaptée aux spécificités locales, des innovations technologiques permettant de mieux mesurer et piloter les impacts environnementaux, et des critères d’investissement valorisant les plateformes engagées dans une trajectoire crédible de décarbonation.











