Dans un contexte incertain, l’inquiétude monte chez les professionnels de la construction
« Le manque de visibilité et des perspectives incertaines pourront avoir des conséquences sur la pérennité des entreprises », alertent les représentants héraultais des professionnels du secteur le 6 octobre lors du lancement de l’observatoire du collectif ABCD (Académie du Bâtiment et de la Cité de Demain). Selon eux, les acteurs de la filière subissent en parallèle à cette instabilité politique la hausse des prix des matières premières et de l’énergie, une concurrence accrue, l’allongement des délais de paiement, la baisse des dispositifs d’aides à la rénovation et le recul de la commande publique.
Déficit de production et commercialisation en berne
De son côté la fédération des promoteurs immobilier Occitanie-Méditerranée (FPI-OM) évoque de nouvelles difficultés liées à l’hétérogénéité des marchés : « La part des ventes en bloc (aux bailleurs sociaux, NDLR) apparaît de façon significative dans la production : de l’ordre de 41 % dans la métropole montpelliéraine, et de 50 % à Montpellier. » Malgré la hausse des mises en ventes (+ 290 %) et des ventes (+ 32 %) dans la métropole par rapport au 2e trimestre 2024, les promoteurs évoquent un « recul marqué » des investisseurs, la hausse de 5 % des prix de vente en hausse et une hausse des stocks, « représentant 7 % de l’offre à Montpellier et dans sa métropole », commente Thierry Iacazio, président de la FPI OM. Du côté des aménageurs (Unam), ces derniers relèvent un problème de production et de commercialisation. « La production subit la rigidité des documents d’urbanisme et l’inertie face à l’évolution règlementaire concernant la densification des zones pavillonnaires, pointe Roch Angelotti, représentant l’organisation des professionnels du secteur. La hausse des coûts de construction et la baisse de pouvoir d’achat des ménages due aux taux leur fait perdre 20% de surface habitable. Le Prêt à taux zéro a finalement peu relancé la dynamique. Le segment de la maison individuelle accessible aux familles s’est réduit et risque d’engendrer des fermetures d’écoles dans les zones rurales voire péri-urbaines. » Concernant ce dernier marché, Céline Torrès, présidente du pôle Habitat de la FFB (fédération française du bâtiment) de l’Hérault précise qu'il représente 37 % des logements neufs mis en chantier dans l'Hérault, soit 7 104 logements, et 26 % des logements autorisés (9 222) : « Même si nous constatons une légère reprise, la baisse de l’offre est réelle pour les familles. Les constructeurs de maisons, comme les promoteurs, sont vertueux et sont en capacité d’aller chercher de la densité avec des parcelles de 130 à 150 m2. » Sur le segment du logement social, la demande de logements sociaux est passée de 24 000 à 34 000 logements en attente, pour une production de 1 548 unités dans le département en 2024, en décalage avec les besoins. « Les objectifs de production de 2025 sont de 2 231 dans l’Hérault ce qui va être difficilement atteignable car les finances des bailleurs sociaux sont en recul », souligne Mathieu Massot, DG de FDI Groupe membre du réseau coopératif Procivis.
Reprise modérée dans l'ancien et bâtiment en souffrance
Pour Jacques Rossi, président de la Fnaim 34 (fédération de l’immobilier), la reprise apparait « modérée » sur les 12 derniers mois avec une hausse de près de 7 % des ventes de logements anciens après trois années de fort recul. « Les prix de vente dans l’ancien sont en hausse de 1,7 % dans l’Hérault alors que les loyers ont augmenté de 1,7 % à Montpellier et de 1,2 % dans le département. L’incertitude politique est un frein comme la pénurie de production neuve et les taux d’intérêt ». L’immobilier d’entreprise souffre également de l'affaissement des ventes de bureaux avec un recul de 11 % du marché, soit 44 000 m2 commercialisés au 1er semestre 2025, et de locaux d’activités (- 37 %, soit 34700 m2). En cause, « l’attentisme des dirigeants manquant de visibilité », même si la dynamique de certains secteurs d'activité permet d'animer le marché : santé - bien-être, ICC (industrie culturelle et créative), digital-informatique). Enfin, dans le bâtiment, si les entreprises ont pu bénéficié de nombreux marchés publics en 2025, elles ont du mal à reconstituer leur carnet de commandes à horizon 2026 et 2027, deux années électorales traditionnellement peu propices au lancement de nouvelles opérations.« Les défaillances d’entreprises progressent de 21,9 % et l’emploi recule de 3,5 %, analyse Gilbert Comos, président de la FFB 34 avant de conclure. Le moral n’est pas bon dans le secteur qui craint une perte de savoir-faire zavec le départ de salariés. » ABCD regroupe les principales organisations locales du bâtiment et de la construction : FPI (fédération des promoteurs immobiliers), FFB (fédération du bâtiment), FFB Pôle Habitat, Unam (Union nationale des aménageurs), CCI Hérault, Fnaim (fédération de l'immobilier) et Procivis (accession sociale).











