Dans les coulisses du Centre spatial de Toulouse
Avec 1 700 personnes y évoluant au quotidien, le Centre spatial de Toulouse concentre plus de 70 % des effectifs du Centre national d’études spatiales (Cnes). Plongée dans les coulisses d’un site ultra-sécurisé qui a exceptionnellement ouvert ses portes à La Lettre M à quelques jours du lancement de la mission de l’astronaute française Sophie Adenot dans la Station spatiale internationale.
Sur l’écran digital, la température affiche 20,9 °C, tandis que le taux d’hygrométrie dépasse les 54 %. Pour les visiteurs les plus curieux, le nombre de particules de poussière par mètre cube d’air est également renseigné. Bienvenue devant l’une des salles « propres » du Centre spatial de Toulouse. De l’autre côté de la vitre, les ingénieurs et techniciens du Cnes s’activent, revêtus de leur tenue de protection réglementaire. C’est l’une des étapes clés de la visite guidée organisée tous les mois par la Cité de l’espace au sein du centre technique de l’agence spatiale française pour des groupes d’étudiants, d’associations ou d’entreprises. L’occasion de découvrir les coulisses de ce site XXL. « Dans cette salle, on assemble et on teste des instruments dédiés aux missions spatiales, explique Simon Pujol, médiateur scientifique. La salle est stérile, bien entendu, car si on part chercher de la vie sur Mars, ce n’est pas pour l’amener avec nous ! Rien n’est laissé au hasard en termes de sécurité, afin d’éviter toute faiblesse sur un composant. On se rapproche du niveau d’hygiène attendu dans un bloc opératoire. »

© Alexandre Léoty
Salle de contrôle pour phases critiques
Autre salle, autre ambiance. Voici la Salle de contrôle principale numéro 4, abritée au sein du bâtiment Pierre de Fermat. Ici, chaque visiteur doit badger individuellement afin d’ouvrir les portes. Ce jour-là, si les écrans géants font état de la mission en cours, les ordinateurs sont éteints et les chaises sont vides. Et pour cause : la salle en question, longtemps utilisée pour suivre les cargos ATV qui assuraient le ravitaillement de la station spatiale internationale, est désormais mobilisée lors des phases critiques, qu’il s’agisse de la mise à poste des satellites ou de situations dites « à risque ». Au quotidien, ce sont des espaces aux dimensions plus modestes qui sont mobilisés. « Dans cette salle principale, lors des phases critiques, les équipes assurent une présence permanente, 7/7 jours et 24/24 heures, précise Simon Pujol. Outre les ingénieurs en missions spatiales, on retrouve les personnes qui ont conçu et testé les satellites. En moyenne, avec la préparation et la formation, une mission occupe la salle environ dix-huit mois ».

© Cnes / Frédéric Maligne
En liaison directe avec l'ISS
Non loin de là, dans un autre bâtiment, se trouve le Cadmos, Centre d’aide au développement des activités en micropesanteur et des opérations spatiales, qui conçoit, développe et assure le suivi d’expériences scientifiques ou technologiques menées en micropesanteur. Derrière une nouvelle porte se cache une impressionnante salle de contrôle, en liaison directe avec la station spatiale internationale (ISS). « On l’oublie souvent, mais l’ISS est avant tout un laboratoire scientifique, explique Simon Pujol. Chaque astronaute a une centaine d’expériences à réaliser, voire davantage, avec le soutien des équipes du Cnes, qui assurent l’interface avec les chercheurs. Le Cadmos offre une assistance permanente depuis le sol. » Emmanuel Thulliez, chef de service au Cnes, responsable du département Vols habités, acquiesce : « Chacune de ces expériences nécessite des mois de travail, avec plusieurs dizaines de personnes impliquées. » Si nombre de ces expériences évoluent dans le champ complexe de la recherche fondamentale en physique ou en mécanique des fluides, d’autres sont plus terre à terre. « On peut demander à un astronaute de faire une mousse au chocolat dans l’ISS », sourit Simon Pujol.











