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| 7/10/2025

Crise politique : un spectacle « désolant » pour le monde économique régional

© Ministère des Armées / Patrice Normand

Nommé Premier ministre le 9 septembre dernier, Sébastien Lecornu a présenté sa démission le 6 octobre, au lendemain de la nomination de son gouvernement. Une décision qui ouvre une nouvelle période d’incertitudes. Pour le monde économique régional, c'est la douche froide. Réactions recueillies par La Lettre M.

Interrogé par La Lettre M, Samuel Hervé, président du Medef Occitanie, évoque à la fois « un gâchis » et « de l’irresponsabilité ». « L’élaboration du gouvernement telle qu’elle a été faite relevait un peu de la provocation, estime l’élu patronal. Cela exposait clairement à plusieurs motions de censure. C’est d’ailleurs à se demander si ça n’a pas été fait pour ça… Il y aura un coup d’après, bien sûr, mais lequel ? Un nouveau gouvernement, une dissolution, une démission ? Je suis perplexe. Nous allons de surprise en surprise avec le président. J’ose penser qu’il sait où il va, mais cela m’interpelle… » Dans un contexte économique chahuté, alors que se conjuguent les crises nationales et internationales, Samuel Hervé voit dans cet énième soubresaut politique un nouveau coup dur. « Je déplore l’incapacité chronique des partis à trouver des voies de passage, soupire-t-il. Cette instabilité entame la confiance du monde économique. Nous le voyons tous les jours, les chefs d’entreprise ont ralenti leurs investissements et leurs recrutements. Car la visibilité, et donc la confiance, ne sont pas au rendez-vous… » Le message que le président régional du Medef souhaite adresser aux élus nationaux ? « Quand on voit les défaillances d’entreprises se multiplier, que leur faut-il de plus pour comprendre que sans l’économie, on va vers le chaos ? Si on veut faire du social en France, il faut partager les fruits de la croissance. Et pour cela, il faut de la croissance. » Et Samuel Hervé de conclure avec amertume : « Aujourd’hui, le monde économique est otage du monde politique. »

« C’est désolant », soupire de son côté Vincent Aguilera, président de la CPME Occitanie, lui aussi interrogé par La Lettre M. « Nous voyons aujourd’hui que l’égo des partis politiques prime sur l’intérêt général, estime-t-il. Cela va encore accentuer l’instabilité, nous positionnant sur des marchés de plus en plus chers en termes de taux d’intérêt. Les entrepreneurs ressentent une profonde lassitude devant le spectacle qui se déroule devant leurs yeux. Nous sommes plongés dans l’incertitude. Soyons clairs : c’est une situation qui ne changera pas jusqu’aux élections présidentielles de 2027. D’ici-là, on va faire des mesurettes, mettre des pansements sur des jambes de bois… Il n’y aura pas de vraies réformes. Or, nos compétiteurs, eux, s’organisent. Sans cap et sans réduction drastique des charges pesant sur les entreprises, il n’y aura pas de réindustrialisation en France. Seules la confiance et la lisibilité permettront de générer de la croissance. » Pour l’élu patronal, la situation est inédite. « On n’a jamais eu un climat aussi nocif pour la visibilité de nos entreprises en termes d’investissement, assure-t-il. On ne sait pas où on va ! » Au personnel politique national, le président de la CPME Occitanie adresse un message de responsabilité : « Il ne reste que dix-huit mois avant les échéances présidentielles. D’ici-là, il faut qu’ils s’entendent pour sauver les meubles... Redonner confiance, avec un cap, de la visibilité, pour nous permettre de voir l’avenir en rose, et non pas en noir. »

Consternation et écœurement 
Président du Medef Hérault Montpellier, Jean-Marc Oluski hésite quant à lui entre « consternation » et « écœurement » en évoquant la situation politique et économique liée à la valse des Premiers ministres. « Ce spectacle est affligeant, résume-t-il pour La Lettre M avant de souligner l’impact financier de cette nouvelle démission. Cette instabilité se paie au prix fort sur les marchés. Plus largement, les politiques prouvent une nouvelle fois leur incapacité à comprendre les attentes des acteurs économiques. Quelles que soient les organisations patronales et leur sensibilité, le constat est identique... Nous sommes tous exaspérés ! »
Même son de cloche chez Grégory Blanvillain, président de la CPME 34. « Nous sommes dépités face à cette instabilité politique, explique-t-il à La Lettre ML’économie, c’est d’abord de la confiance. Or, nous ne savons pas quelles vont être les nouvelles règles du jeu en cas de dissolution ou de nomination d’un nouveau Premier ministre. Les dirigeants de TPE et de PME n’ont aucune visibilité depuis des mois et ne voient pas le bout du tunnel. » Le représentant héraultais de de la Confédération des petites et moyennes entreprises déplore par ailleurs le discours ambiant autour de l’entrepreneuriat : « Toutes les entreprises sont mises dans le même sac. Elles sont accusées d’être à l’origine du déficit et de la situation financière du pays, avec des menaces sur la fiscalité qui pèsent sur elles émanant de certains courants politiques. Ce discours est dangereux. » 
Pierre-Olivier Nau, président du Medef 31, a quant à lui l'impression « que l’on vit dans deux mondes parallèles, avec d’un côté les entreprises et les citoyens, et de l’autre le Gouvernement et les patrons de partis en train de faire la chasse au pouvoir plutôt qu’aux idées », confie-t-il à La Lettre M. Pour le dirigeant, la grande mobilisation patronale à Paris – initialement prévue le 13 octobre et finalement reportée afin de « ne pas ajouter du bazar au bazar » – est d’autant plus importante. « Nous voulons que le Gouvernement et les élus comprennent que les entreprises sont le cœur battant du pays et que pour créer des emplois, elles doivent avoir les mains libres », poursuit-il. Pierre-Olivier Nau dénonce une situation où « les industriels comme les boîtes d’intérim et les entreprises de services mettent en pause leurs projets d’investissement et de recrutement ». Et il appelle les partis politiques « à s’inspirer des capacités des entrepreneurs à négocier plutôt que rester dans une posture rigide et faire reculer l’économie française ». 

Un spectacle « affligeant »
Président de la CCI de l’Hérault, André Deljarry déplore « le spectacle affligeant donné par la classe politique nationale ». Cette dernière crée « une instabilité politique suscitant l’inquiétude des chefs d’entreprises qui créent de l’activité, investissent et recrutent chaque jour, alors qu'ils ont besoin de visibilité et de confiance ». Preuve que l’incertitude politique pèse sur l'activité, il évoque une baisse de la croissance de la France. « Le monde économique demande que les politiques rétablissent un climat de confiance. Heureusement que, localement, les chambres consulaires multiplient les actions d’accompagnement sur le terrain pour que les entreprises soient soutenues dans leur démarche de création, de recrutement, de transmission... Leurs dirigeants n’ont pas d’autre choix que celui d’avancer ! » André Deljarry ne veut cependant pas céder « au catastrophisme » en attendant qu’une solution soit trouvée après la mission confiée à Sébastien Lecornu : « Sinon, il y aura dissolution, et je l’espère l'adoption rapide d'un budget pour que les affaires reprennent. »
Du côté des promoteurs immobiliers, l’incompréhension et les attentes sont similaires. « Cette démission est une nouvelle maladresse. Le gouvernement et les politiques ont perdu en crédibilité, contrairement au niveau local. Dans cette période déjà compliquée, nos métiers de l’acte de bâtir ont besoin de confiance et de sérénité pour rassurer nos clients qui investissent dans l'acquisition d'un bien immobilier sur du long terme, insiste Thierry Iacazio, président de la Fédération des promoteurs immobiliers Occitanie Méditerranée (FPI-OM). Au niveau national, le politique semble avoir perdu le sens de l’intérêt général ! Il faut que le futur gouvernement remette vite les choses en ordre de marche – à l'image du budget - afin de donner aux acteurs économiques de la visibilité pour avancer ».

 

La rédaction
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