Crise du logement : les professionnels locaux tirent la sonnette d’alarme
Face à l'ampleur de la crise du logement, les professionnels haut-garonnais du BTP et de l’immobilier tirent la sonnette d'alarme le 9 octobre devant la presse. Autour de la table : la Fédération du BTP 31, Habitat Social en Occitanie, la FPI Occitanie-Toulouse Métropole, la Fnaim 31, l’AIOc, le Pôle habitat Occitanie de la FFB, le Medef 31 et la CPME 31. « C’est la première fois qu’autant d’acteurs du territoire s’unissent ainsi », estime Émile Noyer, président de la Fédération du BTP 31. « La situation est grave », martèle-t-il, évoquant des « menaces économiques, sociales et politiques ». Au-delà du constat, les professionnels dévoilent onze propositions qui seront soumises aux parlementaires locaux.
« Nous avons déjà perdu trop de temps, estime le président de la Fédération du BTP 31. En vue de la prochaine loi de finances, nous devons peser sur les parlementaires, en portant nos messages et en proposant des solutions simples. »
Crise de l'offre... et de la demande
La crise du logement qu’affronte le territoire est en réalité plurifactorielle. « La demande est très forte en Haute-Garonne, où il faut loger chaque année entre 9 000 et 10 000 nouveaux habitants, explique Émile Noyer. Il y a par ailleurs de plus en plus de familles monoparentales, ce qui génère des besoins nouveaux. Au total, il faudrait construire 13 000 logements neufs – collectifs ou individuels - chaque année dans le territoire pour répondre aux besoins ; cette année, il s’en construira seulement 9 000… »
En cause : le foncier qui – notamment dans la perspective du Zéro artificialisation nette (Zan) des sols – se fait de plus en plus rare, et donc plus cher, mais aussi la chute du nombre de permis de construire octroyés, la hausse des coûts de construction (matières premières, énergies, salaires…), ainsi que « l’inflation des normes », déplore le président de la Fédération du BTP 31. Résultat : en Haute-Garonne, les professionnels du logement neuf constatent une baisse de 44 % de la production dans l’habitat collectif sur les deux dernières années et une chute de 40 % pour les maisons individuelles au cours des douze derniers mois. En parallèle, si les besoins sont bel et bien là, la demande est elle aussi contrariée, avec « la baisse de pouvoir d’achat des ménages, la hausse des taux d’intérêt et le durcissement de l’octroi du crédit ». Sans oublier le « coup de rabot sur le prêt à taux zéro (PTZ) », qui impacterait en particulier « les territoires hors métropole ».
Logements sociaux : « Le compte n’y est pas ! »
Côté logements sociaux, l’état des lieux est tout aussi morose. « Il y a en Haute-Garonne plus de 54 000 demandeurs, ce qui représente une hausse de 62 % depuis 2015, indique Sabine Veniel-Le Navennec, directrice d’Habitat Social en Occitanie. En parallèle, nous assistons à une chute drastique du nombre de libérations de logements et à un ralentissement de la production. Il faudrait construire entre 4 000 et 4 500 logements sociaux par an dans le territoire. Or, l’objectif pour 2023 n’est que de 3 300. Le compte n’y est pas ! »
Location : « Les gens ne savent plus quoi faire »
« La situation est grave : le marché de l’accession est désormais quasi inexistant et le locatif est en forte tension », soupire Émile Noyer. Sur le marché locatif régional, l’équation est en effet complexe, avec - au cours des douze derniers mois - un recul de 37 % des offres et une demande en hausse de 16 %. Une situation liée directement aux blocages rencontrés dans l’accession à la propriété. « La location subit la situation, par effet de domino, confirme Sébastien Bénet, président de la Fnaim 31. Il n’y a plus d’offre, ni en neuf, ni en ancien… Les gens ne savent plus quoi faire. »
Dans ce contexte, l’annulation du PLUi-H de la métropole toulousaine est vu par les professionnels locaux comme un facteur aggravant. « Cela a décalé l’octroi des permis de construire et les mises en chantier », estime Sébastien Bénet. Émile Noyer acquiesce : « Cela amène en effet des turbulences, avec du décalage, de l’inertie et du questionnement ».
Un « risque de contagion »
Mais bien au-delà des seuls secteurs du BTP et de l’immobilier, c’est tout le tissu économique du territoire qui est potentiellement impacté par cette situation de crise. « Il faut absolument reprendre le chemin de la construction, insiste Pierre-Olivier Nau, président du Medef 31. Nous avons besoin d’avoir des salariés qui vivent près de leurs lieux de travail. L’absence de logements accessibles est un frein à l’embauche. » Même son de cloche chez Vincent Aguilera, président de la CPME 31 : « Il y a une menace réelle et sérieuse de contagion dans tous les secteurs d’activité ; toutes les entreprises vont en souffrir. »











