L’actionnaire majoritaire du pionnier français spécialisé dans la production d’énergie éolienne, la Compagnie du Vent 156 salariés, 27 M€ de CA), vient d’annoncer la « révocation » du président fondateur de la société héraultaise basée à Montpellier, Jean-Michel Germa. Entrée au capital de l’entreprise en 2007, GDF Suez, qui détient depuis cette date 56,8% de la Compagnie du Vent, évoque « un différent stratégique majeur » avec Jean-Michel Germa pour justifier cette décision. De son côté, Jean-Michel Germa conteste sa révocation et estime le préjudice accumulé par la Compagnie du Vent à près de 490 M€ depuis l’entrée au capital de GDF Suez. « Depuis de nombreux mois, La Compagnie du Vent s’oppose à GDF Suez qui mène une politique de transfert systématique des actifs, des compétences et du savoir-faire de la société qu’elle ne détient qu’à 56,8 % vers d’autres entités qui sont détenues à 100 %. Ceci au plus grand détriment du développement de cette PME et de ses 146 salariés, mettant en jeu 40 emplois », indique Jean-Michel Germa, qui détient 43,2 % des parts sociales.
Actions en justice
Une décision « unilatérale et sans fondement juridique » que Jean-Michel Germa entend bien contester via la saisine des tribunaux : « J’ai sollicité la protection du tribunal de commerce de Montpellier afin que la direction de GDF Suez soit informée des conséquences de ses actes quant au devenir de la société que je préside. Une procédure qui doit par ailleurs permettre de trouver une solution pour le lancement du projet de plateforme éolienne offshore des Deux côtes. Une procédure en référé doit par ailleurs statuer sur la légalité de l'assemblée générale ayant prononcée ma révocation. Car conrairement à ce qu'affirme GDF Suez, cette AG n'a pas pu se tenir valablement le 27 mai en l'absence de son président, Jean-Michel Germa ». Un dossier, celui des Deux Côtes, qui semble bel et bien être au cœur du différent qui oppose La Compagnie du Vent à son actionnaire majoritaire. Selon Jean-Michel Germa, sa société ne serait plus autorisée à soumettre une offre pour le projet des Deux Côtes, dont le montant de l’investissement est estimé à 2,5 Md€, alors même que La Compagnie du Vent a mené l’ensemble des études techniques depuis 2005. « Ma société a non seulement contribuée au développement de la filière éolienne française avec la création du premier parc éolien à Port-la-Nouvelle dans l’Aude en 1993, mais elle a également joué un rôle moteur dans ce projet offshore qui sert aujourd’hui de référence à l’appel d’offres national lancé par le gouvernement pour le développement de ce type de projets. Or, à travers cette décision arbitraire, GDF Suez, comme d’autres grands groupes internationaux, contribue au démantèlement d’un tissu de PME locales. Quant au projet des Deux Côtes, il devait asseoir la reconnaissance internationale de la Compagnie du Vent sur ce type de projets ».
Non-respect des engagements
Jean-Michel Germa dénonce également le non-respect des engagements financiers pris par GDF Suez lors de son entrée au capital de sa société. « Le groupe a investi 100 M€ en 2007. Malgré ce, les apports qui devaient suivre n’ont pas été réalisés, soit un reliquat de l’ordre de 300 M€. Conséquence directe : nous n’avons pu mener à bien plusieurs projets d’envergure. Du fait du comportement de l’associé majoritaire, notre préjudice pour le seul dossier des Deux Côtes est de l’ordre de 245 M€. » Le PDG révoqué s’insurge enfin contre la création d’un consortium regroupant GDF Suez, Areva et Vinci, constitué dans le but de répondre à l’appel d’offres national pour le développement de plateformes éoliennes offshore. « Consortium devant lequel La Compagnie du Vent est censé s’effacer au nom d’intérêts supérieurs, ce que je ne peux accepter. » En août 2010, GDF Suez aurait en outre favorisé un partenariat industriel marocain avec un concurrent direct de La Compagnie du Vent, International Power, « sans que ne soient à aucun moment considérés les engagements pris par GDF Suez en 2007 vis-à-vis de ma société, ni le préjudice que celle-ci pouvait subir du fait des arbitrages du Groupe ». Jean-Michel Germa indique « qu'il ne privilégie pas une démarche de développement indépendant », mais, qu’au contraire, « il entend bien donner un rôle central à La Compagnie du Vent dans le développement du projet des Deux Côtes et des énergies renouvelables au sein du Groupe GDF Suez. »