Christophe Cador : « Se méfier du miroir aux alouettes de la diversification »
Président de l'association Tompasse (Toulouse Midi-Pyrénées Aéronautique Spatial Systèmes Embarqués), Christophe Cador, président du groupe régional Satys, est par ailleurs à la tête du Comité Aéro PME du Gifas (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales). Pour La Lettre M, il évoque l'avenir de la filière aéronautique régionale, mais aussi l'avion « vert » et la question de la diversification des entreprises. Interview.
Où en est-on du déploiement, en Occitanie, des aides mises en place à la fois par l'État et par la Région pour soutenir la filière aéronautique ?
Avant tout, je tiens à saluer l'action très volontariste de l'État, mais aussi de la Région Occitanie, sur ce sujet. Les plans de soutien qui ont été lancés sont particulièrement ambitieux. Et ils s'articulent entre eux de façon fine et coordonnée, sans doublon, ce qui est évidemment très important. Les différentes mesures sont en train de se mettre en place. Les fonds sont débloqués et des appels à projets ont été lancés très rapidement, dès cet été. S'ouvre désormais la phase de sélection et, bien entendu, de financement.
Quelles sont les perspectives d'avenir pour la filière aéronautique régionale ?
Depuis mars, nous vivons un incroyable effondrement du marché aéronautique. Les différents acteurs de la filière ont réagi immédiatement afin de définir ensemble les solutions qui pouvaient être apportées. Mais la souffrance des entreprises est bien là. La crise sera longue ; elle durera deux, trois, quatre ans... Le tissu régional sera alors différent de celui d'aujourd'hui. Certaines entreprises auront disparu, certaines auront été créées, et d'autres, enfin, auront fait l'objet de consolidations. Notre région aura sa carte à jouer, dans le futur. Mais pour cela, il faudra résoudre nos problèmes de compétitivité, liés directement au poids de la fiscalité et à l'organisation du travail. Nos taux horaires industriels posent réellement problème.
L'Occitanie pourrait-elle prendre demain le leadership dans le développement de l'avion « vert » ?
L'enjeu, évidemment, est national, et même mondial. Je suis très attaché à notre territoire, mais le sujet est plus vaste. Même si, bien entendu, compte tenu des forces en présence en Occitanie, le rôle de la région sera naturellement majeur. L'avion « vert » était prévu pour 2050. Les pouvoirs publics, aux côtés des avionneurs et des motoristes, ont décidé d'accélérer le tempo, en fixant un objectif à 2035. À cette date, bien entendu, il ne s'agira pas d'un Airbus de 300 places, mais plutôt d'un avion régional. Mais il volera. Je fais confiance aux industriels de la filière, qui mettront sur ce sujet toutes les ressources nécessaires. Cet avion devra être plus léger. Les matériaux constituent pas conséquent un sujet stratégique. La motorisation en sera un autre. À ce titre, plusieurs pistes sont actuellement étudiées. L'avion sera-t-il électrique ? Fonctionnera-t-il partiellement à l'hydrogène ? Rien n'est encore arrêté. Je fais confiance aux innovations des grands groupes, mais aussi aux PME, qui vont apporter des idées, des briques technologiques, des process.
On voit certaines entreprises aéronautiques régionales se diversifier actuellement, y compris dans des secteurs d'activités très éloignés. Ce choix vous semble-t-il judicieux ?
Beaucoup d'entreprises aéronautiques sont traditionnellement mono-secteur. Certaines d'entre elles, et c'est d'ailleurs le cas de la mienne (Satys, spécialisée dans la peinture et l’étanchéité, l’ingénierie et la fabrication d’aménagements intérieurs pour l’aéronautique et le ferroviaire, ainsi que dans les systèmes électriques, siège à Blagnac, 3 200 salariés, 255 M€ de CA enregistrés en 2019, NDLR), avaient entamé un processus de diversification bien avant la crise. C'est un choix stratégique. Mais bien sûr, si tout le monde veut se diversifier en même temps, cela risque d'être compliqué... C'est un processus qui prend du temps et, naturellement, personne ne nous a attendu ! Les sous-traitants du secteur ferroviaire, par exemple, sont évidemment déjà bien présents. Il faut donc se méfier du miroir aux alouettes.










