Christine Bardinet (Banque de France) : « Il faut relever la tête et se projeter sur le temps long »
« Depuis deux ans, les crises s’enchaînent, il faut donc relever la tête pour se projeter sur le temps long » : c’est par ces mots que Christine Bardinet, directrice de la Banque de France en Occitanie, débute - le 2 juin à Toulouse - la présentation à la presse de la lettre au président de la République adressée par le gouverneur de la Banque de France.
Dans un contexte d’incertitude « exceptionnellement élevé » lié au conflit au Moyen-Orient, l’institution invite à prendre du recul et livre des statistiques sur l’état de l’économie française entre 2010 et aujourd’hui. « Au-delà même de la guerre actuelle, il faut désormais admettre que nous sommes entrés dans un monde nouveau, marqué par une fragmentation géopolitique et économique plus forte » estime François Villeroy de Galhau. La Banque de France évoque au fil des pages une quarantaine d’indicateurs comparant notre pays à ses voisins européens. Le constat est nuancé.
Baisse du chômage
Tout d’abord, la Banque de France estime que la France devrait garder une croissance ralentie mais positive et que l’inflation, après une poussée possiblement sensible en 2026, reviendrait ensuite sous sa cible de 2 %. « L’inflation a été de 2,2 % en avril et elle est estimée à 2,4 % en mai. Elle est principalement liée au coût de l’énergie », rappelle Christine Bardinet. L’inflation a été en moyenne en France de 1,9 % depuis 2010 ; une des plus faibles de la zone euro.
Ces dernières années, le taux de chômage a baissé, et le taux d’emploi s’est amélioré – en particulier pour les seniors – tout en restant inférieur à la moyenne européenne. « Notre vrai atout entre 2010 et 2025, c’est l’augmentation du taux d’emploi, lié aux réformes des retraites », souligne Christine Bardinet. Pour rappel, au premier trimestre 2026, le taux de chômage en France a été de 8,1 %, d’après l’Insee. La situation en Occitanie est moins bonne que la moyenne nationale : le taux de chômage y est de 9,4 % sur la même période.
Toujours au niveau national, le niveau des dépenses publiques et le déficit sont parmi les plus élevés de la zone euro. La dette publique du pays a augmenté de presque 30 points de PIB en quinze ans, contre une stabilité quasiment atteinte en Europe.
Trois axes de travail
Pour améliorer la situation économique de l’Hexagone, le gouverneur de la Banque de France propose de jouer sur trois axes : améliorer l’efficacité des dépenses publiques, arrêter de privilégier le niveau de vie des seniors au détriment de l’avenir des jeunes et œuvrer pour retrouver de meilleurs gains de compétitivité au travail.
Dans le détail, « tant que nous n’aurons pas au moins stabilisé les dépenses totales en volume, nous ne devons plus rêver de baisses d’impôts non financées », prévient François Villeroy de Galhau dans sa lettre. De plus, il estime que la France doit cesser de transférer des déficits aux générations futures, ainsi que la charge de la dette et des retraites. D’autant que la jeunesse fait déjà face à d’autres difficultés : crise du logement, changement climatique... « Si notre pays poursuit des choix gérontocratiques, il ne pourra pas bien préparer l’avenir », estime le gouverneur de la Banque de France. Enfin, retrouver de meilleurs gains de productivité passe d'après lui par « un défi qualitatif en termes de recherche/innovation, et de compétences professionnelles ».
Terminant sur une note positive, la lettre indique que la France « peut retrouver d’ici moins de dix ans une croissance potentielle d’environ 1,5 % par an contre à peine plus de 1 % aujourd’hui », à condition de faire les bons choix politiques. À noter : François Villeroy de Galhau n’est plus gouverneur de la Banque de France depuis le 1er juin. Après onze ans à la tête de l’institution, il va prendre la présidence de la fondation Apprentis d’Auteuil. Le nom de son successeur n’est pas encore officialisé.











