Christian Cornille (Mecachrome) : « La transformation digitale est au cœur des stratégies des ETI »
À l’occasion de la présentation à Toulouse, le 14 novembre, de l’étude du Medef et de KPMG “ETI : la grande accélération”, Christian Cornille, président du groupe aéronautique haut-garonnais Mecachrome, l'assure à La Lettre M : « La transformation digitale est au cœur des stratégies des ETI ». Pour le capitaine d’industrie (4 800 salariés, CA prév. 2023 : 600 M€), cela se concrétise notamment par le déploiement du modèle de “Focus Factory” plaçant la maîtrise des procédés et des solutions de pilotage 4.0 au centre d’un système industriel intégré : « L’idée est de changer de positionnement : nous n’offrons plus de la transformation de matière, mais une solution industrielle complète où le digital occupe une place essentielle. »
Des mutations à opérer
Déjà déployé dans trois sites Mecachrome, ce nouveau modèle d'organisation a vocation à se déployer, notamment au sein de son entité montalbanaise. « 80 % de notre budget R&T sont désormais dédiés au digital, explique Christian Cornille. Nos ETI doivent être capables d’avoir accès aux data et de les manipuler. Il faut basculer dans un nouvel univers. » Un processus de digitalisation qui va de pair, pour le groupe haut-garonnais, avec une stratégie de décarbonation. « Avec la “Focus Factory”, nous mettons en place un modèle logistique différent qui permet en particulier d’économiser du CO2 lié au transport », argumente le dirigeant qui, en parallèle, investit dans le champ de la cybersécurité. « Aujourd'hui, la question de savoir si on va être attaqué ne se pose plus ; le sujet, c’est quand on va l’être et comment on va se défendre, estime Christian Cornille. Désormais, les ETI sont clairement des cibles. Chez Mecachrome, nous n’avons pas à date été victime d’attaques massives, mais nous subissons du phishing (hameçonnage, NDLR) tous les jours… » Le processus de digitalisation appelle par ailleurs une réinvention des missions des salariés. « Dans nos usines “Focus Factory”, le travail n’a plus la même nature, confirme le chef d’entreprise. Cela nécessite bien entendu de mettre en place de la formation. » Reste, pour accompagner ces différentes mutations, à pouvoir bénéficier des financements adéquats. Sur ce point, Christian Cornille en appelle à davantage de soutien, à la fois public et privé. « Je considère que compte tenu des révolutions que nous avons à mener, les partenaires financiers devraient être un peu plus actifs sur ces questions », glisse le dirigeant, qui vise 750 M€ de chiffre d’affaires à l’horizon 2025.
Une étude menée auprès de 200 dirigeants
Réalisée par KPMG en partenariat avec le Medef auprès de plus de 200 dirigeants au niveau national, l’étude “ETI : la grande accélération” confirme que, dans le contexte actuel, le numérique est la « transformation pivot qui permet d’accélérer toutes les autres mutations », indique à La Lettre M Pierre Subreville, directeur région Sud-Ouest de KPMG. « Nous avons identifié cinq grands axes d’accélération adressés par toutes les ETI, quel que soit leur secteur d’activité, précise Benoît Favre-Nicolin, associé KPMG, co-auteur de l’étude. Tout d’abord, la nécessaire transformation du modèle d’affaires qui, pour 75 % des dirigeants d’ETI interrogés, passera principalement par la transformation numérique. » Deuxième levier : la transition énergétique et la décarbonation qui, là encore, sont considérées – à hauteur de 98 % - comme directement liées à la transformation numérique. « Le troisième axe identifié est celui de la cybersécurité et de la confiance numérique, ajoute Benoît Favre-Nicolin. À ce titre, 78 % des dirigeants d’ETI que nous avons interrogés prévoient d’augmenter leur budget cybersécurité dans les trois prochaines années. C’est un moyen de se défendre contre la multiplication des attaques, bien entendu, mais aussi de se différencier, de bâtir une image de confiance. » Se pose alors en filigrane l’importance du renforcement de la marque employeur, mise en exergue dans l’étude comme quatrième axe structurant. « Les dirigeants font là aussi, à hauteur de 78 %, le lien avec la digitalisation, commente Benoît Favre-Nicolin. Plus que jamais, l’évolution des compétences, l’adaptation des fonctions, la fidélisation et le recrutement de nouveaux talents font partie de leurs priorités. » Enfin, dernier grand axe mis en avant par les trois quarts des répondants : la maîtrise du financement, associée à la mesure du retour sur investissement des efforts numériques consentis.











