Christian Bourquin se dévoile au premier « Petit déj » de La Lettre M

Le président de la Région L.-R. Christian Bourquin (divers gauche), élu en novembre dernier après la disparition de Georges Frêche, le 24 octobre, a choisi La Lettre M pour une de des premières sorties médiatiques, ce mardi 15 février au Domaine de Verchant (Castelnau-le-Lez), en présence d’une centaine de décideurs économiques et institutionnels régionaux abonnés à La Lettre M.
Lors de ce petit-déjeuner convivial (le premier d’une longue série), Christian Bourquin a répondu aux questions de Henri Frasque, rédacteur en chef de La Lettre M, et de la salle. Il a d’emblée positionné l’importance de l’institution régionale : « Nous traversons une double crise, à la fois financière et institutionnelle (avenir des collectivités territoriales). Dans ce contexte, le rôle de l’investissement local est essentiel. On ne peut pas tout investir depuis Paris. La décentralisation a montré ces vertus. En 2011, près de 600 M€ seront investis, si on additionne tous les satellites qui rayonnent autour du conseil régional. C’est la première fois que la Région L.-R. atteint un tel niveau d’investissement, et c’est 2,5 fois plus qu’en 2004 (année de l’élection de Georges Frêche, NDLR). »
L’investissement public est, d’après lui, « moteur : un euro investi par la Région L.-R. entraîne cinq à six euros investis sur le terrain. Le budget n’est contraint qu’à 25 %. Pour les conseils généraux, c’est l’inverse : les budgets sont contraints à 80 %. Vous ne pouvez pas jouer sur le RSA ou la CMU, vous êtes obligés de les payer, c’est la loi. »
D’après Christian Bourquin, 60 % des parcs régionaux d’activité économique programmés par la Région L.-R. « seront ouverts au marché en 2011. Cela représentera entre 10 000 et 15 000 emplois lorsqu’ils seront remplis. Ces parcs doivent permettre à l’économie de redémarrer très vite au sortir de la crise. »
« Je ne suis pas ministre des Affaires étrangères ! »
Le successeur de Georges Frêche a insisté sur l’importance logistique des quatre ports régionaux (Sète, Port-la-Nouvelle, Port-Vendres et Laudun-L’Ardoise). Il a répondu fermement aux opposants* à l’implantation d’Agrexco (exportateur israélien de fruits et légumes) sur le port de Sète - l’inauguration de la plateforme est prévue en mai : « Si on se met à donner des valeurs politiques ou religieuses à du transport de marchandises, on ne s’en sort plus ! On ne peut pas vivre dans la mondialisation et poser des diktats locaux. Je ne suis pas ministre des Affaires étrangères. Localement, je ne peux pas rayer d’un trait de plume tant d’emplois (environ 150, NDLR). Le commerce n’a pas d’étiquette politique. Si on commence sur ce plan, on peut y aller, et se dénuder complètement, à tous les sens du terme ! »
Au sujet des anneaux bientôt payants sur le port de Sète : « On va remettre de l’ordre. Le long des canaux, c’est l’inorganisation la plus totale. Je sais que la mesure va entamer une contestation, mais je ne suis pas là pour organiser le foutoir ! On fera payer les anneaux. » D’un point de vue business, le port de Sète doit, d’après Christian Bourquin, « retrouver son rayonnement. Les géants comme Vado en Italie ou Barcelone montrent aujourd’hui leur limite. Nous avons une place énorme à prendre sur le marché. »
À Port-Vendres, Christian Bourquin soutient la réalisation du troisième quai, malgré les conclusions défavorables rendues le 4 février par le rapporteur public, devant le tribunal administratif de Montpellier. « Ça traîne depuis un an et demi. La justice nous (conseil général des P.-O., dont Christian Bourquin était le président jusqu’à novembre dernier) empêcherait de le faire, au prétexte que le quai "ferait du bruit". Je ne vois pas en quoi : le quai est fait en béton inerte ! »
Bourquin veut l’A9b et la LGV
Les nombreux acteurs du BTP présents ont été rassurés sur la volonté de la Région L.-R. de faire avancer les grands chantiers d’infrastructures : Aqua Domitia (maîtrise d’ouvrage directe de la Région L.-R. via BRL), A9b (ASF, Vinci Concessions) et contournement ferroviaire de Nîmes et Montpellier (CNM), dont RFF a lancé ce lundi 14 février la phase de dialogue compétitif.
Alors que la commission nationale du débat public tranchera le 2 mars sur l’opportunité, ou non, d’organiser un débat public sur un projet de dédoublement court, Bourquin défend le projet initial du dédoublement long, entre Baillargues et Saint-Jean-de-Védas : « Ce projet a fait l’objet d’une DUP. Celle-ci est de plus purgée de tout recours depuis décembre 2010. Autre point positif : on connaît le financeur, ASF. Et, surtout, ce projet désaturerait l’autoroute. La congestion actuelle pose des problèmes en termes de sécurité et de développement économique du territoire. Vouloir changer de projet en passer d’un dédoublement long à un dédoublement court est une façon de ne pas faire le projet. »
Côté rail, le protocole d’étape du CNM a été signé le 7 février à Montpellier, Christian Bourquin étant le chef de file des collectivités locales participant au projet. « Il faut se donner les moyens de grandir. On n’a plus le temps d’attendre, même si je continue à ne pas trouver normal que l’impôt local paye une ligne d’intérêt européen. L’Europe ne finance le CNM qu’à hauteur de 4 %. L’Europe est, je trouve, très loin de nous sur cette affaire. »
Tourisme : le chantier de la formation des professionnels
Bourquin a réitéré l’intérêt que la Région L.-R. porte à l’aéroport Montpellier Méditerranée : « Le trafic de la plateforme a chuté (- 3,65 %, notre newsletter du 14 février). Les rentabilités d’hier ne sont plus au rendez-vous. L’Etat serait prêt à s’en séparer, voire de lancer une délégation de services publics. Mais des opérateurs privés ne vont pas s’intéresser à un outil non rentable, ce qui est compréhensible. La Région est, elle, intéressée, sous certaines conditions à discuter fermement. »
L’élu voit surtout la manne touristique à travers le développement des aéroports régionaux : « 4 % des touristes arrivent par aéroport, au lieu de 21 % en Paca et 19 % en Midi-Pyrénées. Autant dire que nous avons une marge de manœuvre énorme. Nous voulons des touristes qui viennent avec le porte-monnaie rempli. C’est ceux-là qui nous intéressent, je ne m’en cache pas. »
* Associations pro-palestiniennes et de défense des droits de l’homme, Verts et partis d’extrême-gauche.
** Déplacement de l’actuelle autoroute A9 au droit de Montpellier et requalification de l’autoroute actuelle en boulevard périphérique sud de l’agglomération.










