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| 12/12/2024

« C'est une crise sans précédent », alertent les professionnels du bâtiment

Les représentants de la FFB Occitanie et des treize fédérations départementales
© Laurie Correia

« "C'est une crise sans précédent », alerte Frédéric Carré, président de la Fédération française du bâtiment (FFB) Occitanie, lors d’une conférence de presse organisée le 12 décembre à Toulouse. Aux côtés des représentants des treize fédérations départementales, il cite les indicateurs clés dans le rouge : 14 000 emplois perdus en trois ans, 1 300 défaillances d’entreprise, soit 31 % de plus que la moyenne décennale, et 27 000 logements construits cette année, soit 20 000 de moins que les besoins. « Nous demandons la réintroduction des mesures supprimées, la mise en place d’un plan de programmation de la construction sur cinq ans et que soit réaffirmé le lien emploi-logement, poursuit-il. Il faut une réelle volonté politique. »

Une baisse drastique de la construction de logements neufs
D’après Frédéric Carré, la construction de logements neufs – qui représente 50 % du volume d’activité du secteur – atteint son niveau le plus bas depuis les années 1950. Cette année, 26 950 logements ont été construits, soit 14 % de moins qu’en 2023 et 34 % de moins que la moyenne décennale de 41 000 logements par an. L’année prochaine, cette tendance baissière devrait se confirmer, avec seulement 25 800 nouvelles unités prévues. « Il y aura de fortes répercussions sociales », s’inquiète Frédéric Carré. Plus de 100 000 logements devraient manquer à l’appel en 2030, soit un total de 200 000 unités entre 2013 et 2030. Quant au non-résidentiel – qui compte pour 21 % de l’activité régionale du bâtiment –, il affiche un repli de 10 % par rapport à 2023. « On retrouve des niveaux des années 1980 », précise le président. L’année 2025 présage même une dégradation, avec une baisse de 15 % estimée.

Un marché de la rénovation au ralenti
« Nous aurions pu penser que la rénovation compenserait la chute de la production du logement neuf, mais ce n’est pas du tout le cas », affirme Frédéric Carré. Ainsi, elle enregistre une hausse de seulement 1,2 %, contre une prévision initiale de 3 %. Le marché de la rénovation énergétique est atone et affiche seulement 0,5 % de croissance. La FFB Occitanie impute cette situation au crash de la réforme du dispositif MaPrimeRénov’, qui conditionnait les aides à une exigence de rénovation globale dès janvier 2024. « Le budget est de 2,7 Md€, mais les conditions sont tellement difficiles qu’on ne le consomme pas, regrette le président. Nous avons besoin d’une stabilité et d’une simplification des budgets. »

10 000 emplois menacés en 2025
Conséquence d’une activité globale sinistrée : en 2024, les défaillances devraient concerner 1 300 entreprises, soit 31 % de plus que la moyenne décennale. « La spirale des destructions d’emploi a déjà commencé, soupire Frédéric Carré. Ces 18 derniers mois, 3 800 emplois ont été détruits, et 10 000 sont menacés en 2025 si nous ne parvenons pas à changer cette tendance. Les entreprises ont fait preuve de résilience ces dernières années, mais aujourd'hui, ce n’est plus possible. » Le secteur du bâtiment enregistre une baisse de 6 % de son activité en 2024, et cela pourrait atteindre 7 % l’année prochaine. Il pourrait aussi subir les conséquences du coup de rabot de 5 Md€ qui menace les recettes des collectivités territoriales, moins d’un an après la signature d’un contrat de filière avec la Région.

Quatre mesures pour le logement neuf
Face à cette situation jugée sans précédent, la FFB Occitanie formule quatre mesures immédiates pour le logement neuf, qui sont reprises dans les autres fédérations régionales. « Il faut relancer l’accession à la propriété en rétablissant le prêt à taux zéro pour tous les ménages et types de construction », précise le président. Autre mesure : instaurer un régime universel d’investissement locatif privé à travers la sortie progressive du dispositif Pinel et la création d’un statut du bailleur privé. « Nous proposons aussi une mesure "donation" en faveur de l’acquisition ou de la construction d’une résidence principale dans le neuf », poursuit-il. Enfin, pour relancer la construction de logements sociaux, la FFB Occitanie préconise de plafonner la réduction du loyer de solidarité (RLS) à 1,1 Md€ par an, contre 1,3 Md€, assurant que cela permettrait la construction de 650 logements locatifs sociaux additionnels sur une année. « Ces quatre mesures, nous les avions gagnées, il y avait un accord transpartisan, rappelle Frédéric Carré. La politique publique doit légiférer rapidement. » À très court terme, la fédération demande que les mesures prévues avant la motion de censure soient actées dans le futur projet de loi de finances pour 2025.

Besoin d'un « cadre structurant »
« Pour les cinq années à venir, nous avons besoin d’un cadre structurant de stabilité et de simplification normative », insiste le président. La FFB Occitanie préconise donc l’adoption d’un plan quinquennal 2025-2030 de programmation de la construction, la stabilisation du dispositif MaPrimeRénov’ et l’assouplissement des modalités du Zan (zéro artificialisation nette). « Il faut établir des règles claires et ne pas mettre les territoires sous cloche », estime Frédéric Carré, qui souhaite également limiter les évolutions normatives et réglementaires dans la construction neuve. Et de conclure : « Le logement n’est pas une rente non productive, car il permet de créer de l’emploi et de la richesse. »

Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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