Catherine Mallet (Club ETI Occitanie) : « Il faut qu’on arrête de nous changer les règles du jeu tous les quatre matins »
Passage stratégique du statut de PME à celui d’entreprise de taille intermédiaire, enjeux de compétitivité et de fiscalité pour les ETI, spectre de la taxe Zucman… : en exclusivité pour La Lettre M, Catherine Mallet, présidente du Club ETI Occitanie* - et par ailleurs directrice générale déléguée du groupe haut-garonnais Actia (4 000 salariés, CA 2024 : 535 M€) et présidente du conseil d’administration de la Banque Populaire Occitane -, livre son analyse, ses coups de gueule et ses espoirs.
Quelles sont les missions du Club ETI Occitanie ?
Le club a été créé en 2022, à la sortie du Covid, afin de mettre en lien les ETI de la région. Il nous a en effet semblé important de pouvoir échanger entre nous sur des thématiques qui concernent spécifiquement les entreprises de taille intermédiaire. Cela s'adresse aux dirigeants, bien entendu, mais aussi aux managers, qui sont en quête d’outils, de bonnes pratiques, et peuvent ainsi sortir de leur isolement. Enfin, nous revendiquons le fait d’être des acteurs ancrés dans un territoire, sur lequel nous apportons de la valeur ajoutée. À ce titre, notre rôle est aussi de répondre à des sollicitations lors d’événements qui peuvent être animés par tel ou tel acteur régional, ou d’organiser nous-mêmes des manifestations afin de présenter les résultats des travaux de nos commissions.
Quel est le poids économique des ETI dans la région ?
La réponse à cette question est assez complexe, parce qu’en réalité, il n’existe pas de statistique globale. En ce qui nous concerne, en prenant en compte à la fois les ETI strictement régionales et les filiales de grands groupes disposant de leur indépendance, nous comptabilisons en Occitanie 380 entreprises représentant 220 000 emplois et générant 84 Md€ de chiffre d’affaires.
Combien d’adhérents comptez-vous aujourd’hui et quelles sont vos ambitions de développement, en la matière ?
À date, nous comptons 47 entreprises adhérentes : 39 ETI et huit PME de croissance. Sur ces 47 entreprises, 33 sont implantées en Occitanie Ouest et 14 en Occitanie Est. La région est très vaste, avec deux grandes métropoles. L’enjeu, pour nous, est donc de parvenir à un certain équilibre. Le développement vers l’est prend forme cette année de manière significative et nous allons poursuivre nos efforts dans ce sens. Il y a deux ans, nous ne comptions que 30 adhérents, dont seulement un ou deux dans l’est du territoire ; donc nous avançons ! Notre objectif est de franchir le cap des 60 membres d’ici à fin 2026. Mais encore une fois, nous ne sommes pas un club d’affaires : nous privilégions l’équilibre et la qualité au nombre. Et nous ne souhaitons pas grossir trop vite. L’esprit qui nous anime ne doit surtout pas se perdre en chemin.
Votre objectif est également d’accompagner les PME qui ambitionnent de devenir des ETI…
Absolument ! Nous voulons jouer le rôle de grands frères ou de grandes sœurs en accompagnant les PME qui sont aujourd’hui sur le chemin de la croissance. Nous leur permettons de se frotter aux réalités de notre vie quotidienne. En France, certains seuils entraînent de véritables révolutions au sein des entreprises. Nous permettons donc à ces PME, qui deviendront peut-être demain des ETI, de découvrir ce qui les attend, afin que le jour venu, la marche ne soit pas trop haute et qu’elles ne soient pas fragilisées. C’est très important car, nous le savons, on peut mourir de croissance…
Le Club ETI Occitanie a relayé l’appel lancé début septembre par le Mouvement des ETI (Meti). Une lettre ouverte sommant les parlementaires à « oser le pari de l’activité ». Quel message portez-vous ?
Vous l’avez dit, cette lettre ouverte a été lancée au niveau national par le Meti. Elle traduit l’inquiétude d’un certain nombre d’ETI, y compris dans notre territoire. Aujourd’hui, nous nous sentons en fragilité. Il faut arrêter de penser que les entreprises peuvent tout supporter. Nous sentons, dans le discours actuel, que notre engagement sociétal est remis en cause. Nous avons donc voulu témoigner de notre engagement pour notre pays. Nous sommes là et nous voulons y croire. Mais nous disons aussi que si les entreprises françaises ne sont plus compétitives, elles ne gagneront plus de marchés et ne feront pas vivre l’économie locale. Nous avons l’impression que cette simple équation économique n’est hélas plus comprise aujourd'hui. Les cadeaux aux entreprises, ça n’existe pas ; quand on nous enlève une taxe, c’est qu’elle était surdimensionnée.
Le Meti, justement, estime que la taxe Zucman « va tuer les ETI ». Êtes-vous de cet avis ?
C’est un cri d’alerte qui est lancé. Car ce projet de taxe témoigne, une fois de plus, de l’incompréhension du système économique. Il s’agit ici de taxer du patrimoine, qui n’est pas liquide. Cela signifie appauvrir l’entreprise qui, dans le temps long, va mourir ou se vendra à des gens qui n'auront pas ce sujet-là... Et in fine, ce sont les territoires que l’on fragilise, ainsi que le pacte social. Aujourd’hui, créer de la valeur est perçu comme une honte… Je ne comprends pas comment on a pu en arriver là en France ; ça me désespère.
Bien que leur nombre soit en forte progression depuis trente ans, les ETI demeurent moins nombreuses en France qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni. Comment expliquez-vous cela ?
Si notre pays ne dispose pas du tissu d'ETI qu’il mériterait, c’est en partie lié à la fiscalité. Pour qu’une ETI se constitue, sauf exception, il faut plusieurs générations ; il est donc important que la transmission ne coûte pas. En France, on a soit des PME, soit de très grands groupes qui rachètent les ETI. C’est ce qui explique ce décalage aussi violent avec nos voisins. Par ailleurs, il faut qu’on arrête de nous changer les règles du jeu tous les quatre matins. C'est insupportable... Le choc de simplification qu’on nous promet depuis si longtemps, je ne le vois toujours pas… Le cheval de trait que nous sommes est épuisé. Les ETI n’ont plus de marges de manœuvre !
* Le Club ETI Occitanie, dont la déléguée générale est Aline Gandy, s’appuie sur un budget annuel proche de 100 k€, basé sur les adhésions de ses membres, une subvention de la Région Occitanie et le concours de ses partenaires bancaires (Banque Populaire Occitane, Banque Populaire du Sud et CIC Sud-Ouest).











