BTP, immobilier… : les professionnels locaux oscillent entre espoir et inquiétude
Réunis le 1er avril lors d’une rencontre organisée à l’initiative de la CCI Hérault en présence du directeur départemental de la Banque de France, les représentants des filières locales de l’immobilier et de la construction font part de leurs interrogations concernant l’évolution de la conjoncture dans leurs secteurs respectifs. Après deux années de baisse significative de l’activité, les « quelques signaux de reprise » observés depuis le début de 2025 ne suffisent cependant pas à les rassurer, dans un contexte toujours marqué par de profondes incertitudes liées au niveau de la commande publique et à la consommation des ménages.
Baisse d'activité attendue dans la construction
« Après une progression de 0,5 % du chiffre d’affaires global du secteur de la construction – travaux publics, gros œuvre, second œuvre – en 2024 en Occitanie, ce dernier devrait rester stable en 2025 », explique d'emblée Pascal Tachon, directeur départemental de la Banque de France, en évoquant les prévisions de l’institution financière. « Dans la construction, les dirigeants tablent majoritairement sur une baisse d’activité et un recul des marges et de la trésorerie », abonde Patrick Ceccotti, élu à la CCI de l’Hérault et président de l’association ABCD (Académie du Bâtiment et de la Cité de Demain), rassemblant les professionnels de l’immobilier et de l’acte de bâtir du territoire. Président départemental de la Fnaim – syndicat des professionnels de l’immobilier – Jacques Rossi mise sur « la légère amélioration des conditions de crédit et la baisse des taux d’intérêt » pour relancer les transactions dans l’existant, même si cette hypothèse reste fragile selon lui : « Nous constatons un retour des acquéreurs potentiels depuis le début de l’année, mais dans de faibles proportions. De fait, l’activité devrait rester stable par rapport à 2024 et la reprise modérée », explique le représentant des agents immobiliers. L’an dernier, 46 880 ventes de biens immobiliers ont été enregistrées dans l’ex-Languedoc-Roussillon, dont 20 000 dans le département de l’Hérault, « soit un recul de près de plus de 12 % sur un an », explique-t-il sans constater pour autant de baisse des prix de vente. Côté BTP, Gilbert Comos, président de la fédération française du bâtiment de l’Hérault (FFB 34) évoque l’impact de la guerre en Ukraine et de la hausse des coûts de construction enregistrée depuis 2022 sur les finances des acteurs du secteur. « Les renégociations de contrats ont été limitées. Il a donc été très difficile de répercuter ces augmentations et d’absorber ces variations. Le coût de ces hausses a représenté entre 3 et 4 % du chiffre d’affaires des entreprises, alors que nos marges varient au mieux entre 2,5 et 5 %. De fait, la rentabilité des opérations a été réduite à néant ces derniers mois », explique le professionnel héraultais.
Optimisme mesuré dans la promotion
Le président de la FFB 34 évoque par ailleurs une baisse de près de 4 % du nombre de chantiers ces 12 derniers mois, la perte de 1 300 emplois dans le secteur en 2024, « soit 3 % des effectifs », et une hausse de 12 % de la sinistralité, avec la défaillance de 363 entreprises l'an dernier. « Concernant 2025, nos indicateurs restent sur cette même tendance, avec le maintien d’un niveau soutenu de la commande publique malgré la fin de plusieurs opérations d’envergure, telles que la construction de nouveaux lycées, collèges ou groupes scolaires. Nos craintes concernent les exercices 2026 et 2027, des années électorales traditionnellement peu favorables aux investissements publics », observe Gilbert Comos. Enfin, du côté du logement neuf, après l’effondrement du marché régional en 2024, Thierry Iacazio, président de la fédération des promoteurs immobiliers Occitanie-Méditerranée (FPI OM), se veut optimiste. « Nous avons déjà touché le fond et ne pouvons que remonter, commente-t-il en rappelant la baisse de 46 % des mises en vente enregistrée depuis 2022. Nous avons perdu les investisseurs qui représentaient 50 % du marché avec les propriétaires occupants. Nous baissons donc nos prix pour capter cette dernière clientèle et commercialiser nos opérations. Nos entreprises sont dans une spirale très difficile depuis deux ans. Seul le bon quatrième trimestre 2024 a permis de limiter la casse. » Concernant les projections pour 2025, le représentant des promoteurs salue la dynamique insufflée par la nouvelle ministre du Logement, Valérie Letard, « qui réalise du bon travail » avec l’exonération des droits de mutation ou la généralisation du prêt à taux zéro. « Nous attendons avec impatience le projet de loi de finance 2026 et des mesures telles que le nouveau statut de bailleur privé qui permettrait de remplacer le Pinel et d’attirer à nouveau les investisseurs », conclut Thierry Iacazio.











