Bruno Cavagné, président de la Fédération Régionale des Travaux Publics Midi-Pyrénées « Au quotidien, les entreprises des TP travaillent sans marge »
Incontestablement le secteur des Travaux Publics (TP) a été l’un de ceux qui ont subi le plus durement la crise. Voici la vision du secteur du président de la Fédération Régionale des Travaux Publics Midi-Pyrénées, Bruno Cavagné.
A quelle date a débuté la crise dans les TP ?
Fin 2008. Lors de notre assemblée générale en octobre, nous étions optimistes. Un mois et demi après nous prenions la crise de plein fouet.
Les TP sont en crise, en sortie de crise ?
Nous sommes encore en crise. Les TP on réalisé, en 2010, un CA de -7% dans la région alors que la baisse a été de 1,5% pour le reste de la France. Toutefois, on peut déceler quelques signes positifs.
L’état des lieux par métiers ?
Il est contrasté. Les plus pénalisés sont les canalisateurs, -15%, les terrassiers affichent -11% et les routes -9%. Le génie civil s’en sort mieux car il a été chercher du travail en Aquitaine et dans le Languedoc-Roussillon.
Quelles ont été les conséquences pour les entreprises de la région ?
Nous avons enregistré 32 liquidations judiciaires et la perte de 1 000 emplois en un an. Nous estimons la perte d’emplois à 3 000 en 3 ans, mais ces suppressions d’emplois se sont faites progressivement, d’abord chez les intérimaires et ensuite chez nos salariés. La formation, un point fort de nos métiers, est aussi en berne. Le CFA de Muret, qui peut former 100 salariés par an, atteint difficilement la moitié.
Quel est le principal problème des TP ?
Incontestablement les prix, bien avant l’activité. Ils sont beaucoup trop bas, au quotidien les entreprises du secteur travaillent sans marge. Au niveau des prix actuels, les PME mono activité vont disparaitre. Il faut régler prioritairement le problème de la rentabilité dans le secteur, on ne peut pas travailler, durablement, à perte.
Comment faire pour rendre vos entreprises moins dépendantes de la commande publique ?
Réponse difficile. L’Etat n’a presque plus d’argent et les collectivités peu. La commande publique représente 73%, dont 55% émanant des collectivités locales. Les PPP peuvent apporter une diversification utile. Nous travaillons à mettre en place des PPP pour les PME.
A côté de la DSP, les concessions, l’affermage... les PPP peuvent être une voie supplémentaire pour trouver des ressources nouvelles, pas assez utilisées jusqu’à présent.
Quelles sont les retombées attendues des projets du Grand Toulouse ?
Il y a deux aspects. La partie bâtiment a des retombées induites sur les TP, et en particulier pour les VRD. Par ailleurs, on construit de plus en plus des Zac dans l’agglomération ce qui est aussi intéressant pour nos entreprises.
La partie transport devrait avoir encore plus de retombées pour nous. Le tram, les projets de TCSP ont des incidences immédiates dans la charge de travail de nos entreprises locales. Il serait souhaitable que tous ces projets se concrétisent le plus tôt possible.
Enfin, la création d’une seule Sem, Oppidea, est une bonne chose car elle dispose d’une vision collective, globale de l’agglomération.
Comment voyez-vous les TP d’ici 3 ans ?
Je suis modérément optimiste. Il n’y aura pas de révolution dans les chaumières dans les 3 prochaines années mais, si l’on ne remonte pas le niveau des prix on va tout droit vers des difficultés majeures. Nous serons impactés par les élections en 2012 et sur le devenir de la réforme territoriale, au-delà du résultat des élections.
> Propos recueillis par J. Subirats










