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Région Occitanie
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Finances
| 3/04/2023

Annabelle Viollet : « La Banque des Territoires a un rôle contracyclique à jouer en ce moment »

Annabelle Viollet, directrice régionale Occitanie de la Banque des Territoires.
© Banque des Territoires

À quelques jours de l’annonce des résultats nationaux de la Caisse des Dépôts, dont la Banque des Territoires est l’un des principaux métiers, sa directrice régionale Occitanie, Annabelle Viollet, dresse, pour La Lettre M, le bilan de son activité 2022 et liste ses priorités pour 2023.

Emmanuel Macron a dévoilé la semaine dernière les grandes lignes du plan Eau de la France. Quel rôle va jouer la Banque des Territoires dans sa mise en place ?  

Nous serons aux côtés du Gouvernement et des élus locaux pour accompagner le déploiement de ce plan. Particulièrement en Occitanie, où nous sommes déjà fortement mobilisés autour de cette problématique. À deux niveaux : la gestion du grand cycle de l’eau - comme en témoigne par exemple notre prise de participation dans deux sociétés d’économie mixte, BRL côté est de la région, et la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne côté ouest – et celle du petit cycle de l’eau, pour laquelle collectivités et syndicats peuvent solliciter (depuis 2019, NDLR) un « Aqua Prêt » de la Banque des Territoires afin de financer de gros travaux - amortissables sur du très long terme, jusqu’à 60 ans - sur leurs réseaux d’adduction, d’assainissement ou leurs ouvrages de gestion des eaux pluviales.  

Avec Bpifrance, vous déployez aussi, depuis 2020, un plan Climat sur quatre ans visant à accélérer la transition écologique et énergétique des entreprises et des territoires. Dans quels domaines intervenez-vous ?   

Celui de la gestion de l’eau, dont nous venons de parler, en est un, mais ce n’est pas le seul. Citons aussi la performance énergétique des bâtiments publics. Nous sommes par exemple sur le point de signer un contrat avec la Ville de Mazamet (Tarn), qui a fait appel à nous dans le cadre d’un projet de rénovation énergétique de l’ensemble de ses écoles. Nous disposons en effet d’un dispositif, appelé « Intracting », qui permet de financer des études et travaux générant des économies d’énergie avec un temps de retour de l’ordre de 8 à 13 ans. Concrètement, la Banque des Territoires consent des avances pour lancer les chantiers et les économies d’énergie générées sont affectées au remboursement de ces avances, pour qu’au final, l’opération soit neutre pour la collectivité. Ce dispositif fonctionnant très bien, nous souhaitons le massifier dans la région. De façon plus générale, il me semble important de rappeler le rôle contracyclique que la Banque des Territoires peut jouer dans le contexte actuel de remontée des taux. Aujourd’hui, une collectivité ou un bailleur qui a besoin d’emprunter sur 25 ou 30 ans peut se tourner vers nous, tandis qu'une banque commerciale prêtera à 12 ou 15 ans maximum.

Parmi vos autres missions figure le financement de la construction et la rénovation de logements sociaux. Pourtant, le montant de votre intervention diminue : 770 M€ en 2022, contre 800 M€ en 2021 et 1 Md€ en 2020. Comment l’expliquez-vous ?  

Les acteurs du logement social nous sollicitent moins, tout simplement parce qu’ils réalisent moins d’opérations. Pourtant leur volonté de faire est intacte, mais ils sont face à une équation de plus en plus compliquée, entre des coûts de construction qui ont fortement augmenté – aux alentours de 15 % - sous l’effet de l’inflation et de la hausse des matières premières, un accès au foncier difficile dans certaines zones et des encours de dette impactés par la hausse du taux du livret A, sur lequel nos produits sont indexés. C’est un point de vigilance pour la Banque des Territoires, dont l’enjeu est de proposer des solutions de financement qui permettent aux bailleurs de maintenir leurs investissements, en construction comme en rénovation. Nous allons par exemple poursuivre le déploiement d’offres mises en place il y a deux ans, tels que les titres participatifs sur lesquels 250 M€ sont mobilisés au niveau national, ou encore renforcer l’enveloppe du dispositif « Éco-prêt logement social », dédié au financement d'opérations de réhabilitation thermique des logements sociaux les plus énergivores.
Nous allons aussi lancer, cette année, une expérimentation avec des bailleurs pour déterminer si des reconfigurations seraient envisageables pour donner une seconde vie à des immeubles, par exemple en transformant des bureaux en logements, plutôt en cœur de ville qu’en périphérie. Si l’expérimentation au niveau amont (ingénierie) est concluante, nous pourrions coconstruire avec eux de nouveaux produits financiers adaptés à ce type d’opération. Plus largement, je suis pleinement convaincue de la très forte capacité d’innovation des territoires, en particulier face à l’enjeu climatique dont ils ont pleinement conscience.
    

Que retenez-vous principalement de l’exercice 2022 ?  

La Banque des Territoires a réalisé une très belle année en Occitanie, avec un engagement record de 155 M€ sur le volet de l’investissement en fonds propres, alors que notre volume annuel moyen se situe plutôt entre 60 et 70 M€. Nous avons en particulier soutenu le gros projet de transformation du port de Port-la-nouvelle en port de la transition énergétique en Méditerranée (en entrant au capital de la Semop à hauteur de 7 M€, NDLR) et financé plusieurs opérations majeures dans le secteur du tourisme (5,4 M€ investis dans la requalification d’un site Belambra en front de mer à Port-Camargue, par exemple, NDLR). Sur le volet prêteur de notre activité, nous avons maintenu un fort niveau d’accompagnement des collectivités (pour 99 M€, NDLR), des professions juridiques (28,2 M€ NDLR) et des bailleurs de la région (770 M€, NDLR), malgré – nous l’avons évoquée – une baisse du nombre de leurs opérations.
Enfin, je n’oublie pas notre action en faveur de la cohésion sociale et territoriale, sur le front du logement social bien sûr, mais aussi des transports au sens large, dont nous accompagnons la décarbonation, ou encore de programmes nationaux dont nous sommes partenaires tels qu’Action Cœur de Ville (ACV) – en Occitanie, 83% des territoires ACV sont couverts par une intervention de la Banque des Territoires -, Petites Villes de Demain, Territoires d’industrie ou Territoires d’innovation.

Propos recueillis par Aline Gandy / gandy@lalettrem.net
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