Alexandre Feray (OpenAirlines) : « Nos solutions permettent de décarboner l’aviation dès maintenant »
Spécialisée dans le développement de solutions logicielles dédiées à l’éco-pilotage aérien, la société toulousaine OpenAirlines a levé près de 45 M€ auprès d’Eiffel Investment Group (fonds Eiffel Essentiel), accompagné de Mirova, affilié de Natixis Investment Managers dédié à l’investissement durable. En exclusivité pour La Lettre M, Alexandre Feray, CEO de l’entreprise haut-garonnaise fondée en 2006, évoque les enjeux stratégiques de ce tour de table.
En quoi votre innovation s’inscrit-elle dans le mouvement de décarbonation engagé par le secteur aérien ?
Le secteur aérien a en effet une feuille de route ambitieuse en matière de décarbonation, avec un objectif « net zéro » fixé à 2050. Cela passe par plusieurs solutions qui ne s’excluent pas, mais se complètent. On parle bien évidemment de carburants d’aviation durables, mais aussi d’avions plus électriques ou propulsés à l’hydrogène. Mais à plus court terme, il y a une part de 15 % de décarbonation à aller chercher dans l’exploitation des opérations, qui est à la main des compagnies aériennes et du contrôle aérien. C’est sur ces 15 % que nous travaillons. L’intérêt, c’est la possibilité de décarboner dès maintenant. D’autant que nos solutions s’appliquent aussi aux flottes existantes, et pas seulement aux avions de nouvelle génération qui seront livrés dans plusieurs années. Par ailleurs, tandis que toutes les autres solutions évoquées sont plus coûteuses, nous permettons de décarboner en réduisant les coûts.
Lever 45 M€, quand on est une scale-up toulousaine, c’est une gageure ?
C’est le résultat de beaucoup de travail. Il s’agit à la fois de démontrer une belle trajectoire passée et de solides perspectives pour le futur. Concernant le chemin déjà réalisé, nous enregistrons une croissance annuelle de l’ordre de 30 %, et sommes rentables depuis 2021. Nous l’étions d’ailleurs déjà avant la parenthèse Covid. Par ailleurs, nous avons franchi une étape-clé en dépassant en 2024 les 10 M€ de revenu annuel récurrent. Enfin, compte tenu de la pression environnementale, nous avons devant nous un marché particulièrement porteur, avec un retour sur investissement très fort pour nos clients.
Quels sont les objectifs stratégiques de ce tour de table ?
Tout d’abord, nous avions besoin de nous entourer de nouveaux partenaires, après être parvenu à atteindre les 10 M€ de revenu annuel récurrent (la société était jusque-là accompagnée par le fonds Alter Equity, actionnaire sortant, NDLR). Nous nous sommes donc rapprochés de fonds « croissance » susceptibles de nous amener à 30, 40, 50 M€ et au-delà. De façon très concrète, cette levée de fonds va nous permettre de poursuivre nos travaux de R&D - qui représentent actuellement un quart de nos dépenses -, en vue de développer de nouveaux produits, avec des solutions dédiées au cockpit, à la maintenance des avions et au contrôle aérien. Par ailleurs, ce tour de table nous permet d’envisager des opérations de croissance externe. Nous souhaitons intégrer des briques technologiques intéressantes pour nos clients au travers du rachat d’acteurs de notre taille, y compris à l’international. Enfin, la levée nous accompagnera dans notre déploiement commercial. Nous équipons aujourd’hui 70 compagnies aériennes. Mais il en existe environ 1 400 dans le monde qui peuvent être intéressées par nos solutions. Nous souhaitons en particulier cibler les zones Amérique du Nord et Asie.
Quelles sont vos projections en termes de croissance ?
Nous envisageons de maintenir un rythme de croissance organique annuelle de 30 %. Et au-delà avec de la croissance externe. Cela nous porterait dans cinq ans entre 30 et 50 millions d’euros de revenus récurrents. Nous pourrions alors être une entreprise de 250 salariés, contre 95 actuellement. Dans ce cadre, nous envisageons de recruter une trentaine de personnes à Toulouse dès l’an prochain.











