À Toulouse, Thales Alenia Space recrute pour accompagner ses innovations
Thales Alenia Space (TAS), entité spatiale du groupe Thales, veut recruter cette année 160 personnes en France, dont environ la moitié au sein de son site toulousain, qui compte 2 850 salariés. Une implantation qui s’est déjà étoffée l’an dernier avec l’embauche de 300 personnes (160 créations nettes de poste). « Ici, nous abritons quatre des cinq grandes activités sectorielles de l’entreprise : les télécommunications, la navigation, l’observation et la défense, indique Denis Allard, directeur du site. Seul le domaine de l’exploration n’est pas représenté. » TAS, qui compte 8 550 salariés au total, a enregistré 2,15 Md€ de chiffre d’affaires en 2022. Un niveau d’activité identique à celui de l’année précédente.
Un marché des télécoms en mutation
Le site toulousain de Thales Alenia Space développe notamment des activités liées aux télécommunications. Un marché en pleine évolution, analyse Marc-Henri Serre, vice-président. « Le modèle économique de nos clients – les opérateurs de satellites télécom – a été bousculé au cours des dernières années, avec une érosion des revenus liée à la diffusion de la télévision, constate-t-il. Tout en conservant ce socle historique, ils se sont orientés vers la connectivité, la mobilité et l’IoT. » Face à cette nouvelle donne, TAS s’est elle aussi adaptée. Tandis que les commandes du marché atteignaient auparavant une vingtaine de satellites de télécommunications par an, elle a réduit le spectre à « dix à douze » – hors constellations – depuis 2019.
« Nous avons investi dans de nouveaux produits répondant aux besoins de flexibilité exprimés par nos clients », explique Marc-Henri Serre. Parmi les innovations récemment portées par TAS : le Spacebus Neo (six satellites actuellement en orbite), mais aussi le Space Inspire. Ce dernier, développé en partie à Toulouse, a déjà fait l’objet de six contrats, dont cinq signés en 2022. Les premiers lancements sont prévus pour fin 2024. « Space Inspire est un satellite reconfigurable, précise Marc-Henri Serre. Grâce aux nouvelles technologies que nous injectons, nous permettons aux opérateurs de changer de mission, de réallouer les capacités si besoin pendant la durée de vie du satellite. Demain, les deux tiers du marché télécoms seront adressés avec ce type de solution ; c’est le sens de l’Histoire. »
Sur le marché des constellations satellitaires, TAS entend également jouer sa partition. « Nous avons été largement présents dans le cadre du déploiement des premières générations de petits satellites, rappelle Marc-Henri Serre. Pour la suivante, nous travaillons sur un certain nombre de projets. » En ligne de mire, notamment, la future constellation européenne. « Des consortiums vont être lancés dans les mois à venir, glisse le vice-président de TAS. Les attributions de marchés devraient avoir lieu l’an prochain. »

Des contrats dans la navigation
Autre domaine particulièrement stratégique pour le site toulousain : la navigation. Historiquement impliqué dans le programme Galileo, TAS accompagne par ailleurs la Corée du Sud dans le développement d’un système régional de navigation. La société a également signé en début d’année un contrat de plus de 100 M€ (2023-2026) avec l'Agence de l'Union européenne pour le programme spatial (EUSPA) portant sur les opérations de maintenance et les services support du système européen de navigation par satellite Egnos V2. Cette technologie, déployée aussi en Corée du Sud, en Afrique et dans l’Océan Indien, « apporte davantage de précision et d’intégrité » aux informations de navigation, explique Benoit Broudy, vice-président des activités de navigation en France, qui vante notamment des usages dans l’aérien et dans le naval.
L’ère du NewSpace
TAS est par ailleurs engagée dans des projets liés à la géolocalisation via l’internet des objets. En 2020, l’entreprise a été choisie par le groupe américain Omnispace en vue de développer son infrastructure satellitaire dédiée à l’IoT. Elle collabore également étroitement avec le toulousain Kinéis, qui va déployer à partir de fin 2023 une constellation de 25 nanosatellites. Enfin, TAS regarde de près l’utilisation de la navigation satellitaire dans le cadre du déploiement des véhicules autonomes et des drones. « Un appel d’offres visant à mettre au point un démonstrateur va être lancé par l’ESA (Agence spatiale européenne, NDLR) sur ce sujet avant l’été », glisse Benoit Broudy. Et le vice-président d’assurer à La Lettre M : « Dans le NewSpace, nous n’avons rien à envier aux start-up. Nous proposons des solutions agiles et compétitives tout en apportant notre expérience et des garanties. »
Au total, tous sites confondus en 2021 et 2022, Thales Alenia Space a investi environ 100 M€ chaque année en R&D autofinancée.











