Depuis Toulouse, Macron propulse la constellation européenne
À Toulouse, une réunion des 27 ministres européens chargés de l'Espace a débouché le 16 février sur « un accord politique majeur » en faveur d'une constellation satellitaire de connectivité, indique à la presse Bruno Le Maire. Le ministre de l'Économie a estimé que la construction de ces satellites – le nombre de 250 est évoqué – « pourrait représenter des milliers d'emplois pour Toulouse dans les années à venir ». Également présent, Emmanuel Macron a assuré que ce projet européen de constellation satellitaire en orbite basse dédiée à l'internet à très haut débit représentait un enjeu de souveraineté, jugeant « inacceptable » que ces infrastructures puissent être maîtrisées par d’autres acteurs.
Face aux ambitions des États-Unis et de la Chine, la Commission européenne a proposé le 15 février aux États membres de l’UE de lancer en coopération un projet de constellation satellitaire de connectivité sécurisée dédiée à l'internet à très haut débit. Un outil qui doit assurer aux Européens, à partir de 2024, leur souveraineté stratégique en matière de communications civiles et militaires. Le développement de cette constellation supposerait des ruptures technologiques qui sont « à portée de main », estime Emmanuel Macron, qui assure que « la France sera au rendez-vous de cette révolution », au travers notamment du lancement d'appels à projets dans le cadre de France 2030. Si le coût global de cette constellation pourrait approcher les 6 Md€, « la question financière n'a pas été abordée » à Toulouse, précise Bruno Le Maire.
Des virages mal négociés
Dans la Ville rose, lors d’une journée structurée en deux temps – un conseil compétitivité informel de l'UE le matin puis un conseil de l'Agence spatiale européenne (Esa) l'après-midi –, le Président de la République a évoqué les forces du spatial européen, mais aussi ses faiblesses. « L’Europe dispose d’atouts considérables », a-t-il tout d’abord insisté, évoquant notamment les programmes Copernicus et Galileo, mais aussi Ariane et Vega, ainsi qu’une « base industrielle solide ». Mais il a également estimé que certains virages stratégiques avaient été mal négociés dans le passé. « Nous avons sous-estimé l’émergence météoritique d’acteurs privés qui ont effectué de véritables percées en seulement quelques années », a-t-il assuré. En cause ? Un manque de coordination et de volontarisme à l’échelle européenne. « Si notre industrie est concurrencée sur notre sol même, c’est parce que nous ne nous sommes pas accordés, parfois, sur une vision commune. Nous n’avons pas suffisamment cru en nous. Nos concurrents ont bénéficié de nos divisions. »
Préférence européenne et vols habités
Des handicaps, donc, mais « pas une fatalité », a estimé Emmanuel Macron, soulignant l’importance de porter une vision européenne de la conquête spatiale. Dans ce cadre, le chef de l’État a listé plusieurs grands piliers stratégiques. Évoquant le lanceur Ariane, il a appelé les États membres de l'UE à appliquer une préférence européenne dans le cadre du lancement de satellites institutionnels. « L’Europe ne doit pas être la seule puissance naïve », a-t-il martelé. Le Président de la République a par ailleurs évoqué les collaborations qui devaient selon lui être menées à l’échelle de l’UE en matière de défense, de protection de l’environnement via l’observation de la Terre, mais aussi d’exploration spatiale. Sur ce dernier point, le chef de l’État a rappelé que l’Esa avait identifié des pistes de réflexion liées – notamment – aux vols habités. « Je propose que nous accompagnions cet élan en vue de formuler des propositions d’ici à l’été prochain », a indiqué Emmanuel Macron. Le discours du Président de la République a également été l’occasion de souligner l’importance de l’écosystème spatial d’Occitanie. « Toulouse est au cœur de l’aventure spatiale », a-t-il assuré.
Benoit Moulas (Comat) : « Il faut donner au spatial les moyens de se développer »
Benoit Moulas, président de la société spatiale haut-garonnaise Comat, membre du comité de filière récemment mis en place par Bercy, voit dans le déplacement d'Emmanuel Macron dans la Ville rose un symbole de l'importance prise par le secteur. « Le spatial est devenu une filière stratégique pour notre pays, a-t-il confié à La Lettre M le 14 février en amont de la visite présidentielle. La prise de conscience est là. Maintenant, il faut donner au secteur les moyens de se développer, car on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre. » Sur un marché en pleine ébullition, alors que de nouveaux usages se développent et que le NewSpace rebat les cartes à l'échelle internationale, les enjeux sont de plusieurs ordres. « Tout d'abord, au niveau français, les PME ont un problème avec l'Agence spatiale européenne (Esa) : le retour géographique (principe selon lequel chaque pays contributeur au budget de l'Esa récupère sous forme de contrats attribués à son tissu industriel un montant équivalent à son engagement, NDLR), a estimé Benoit Moulas. Car cela baisse mécaniquement la part consacrée à la R&D. Le plan France 2030 vient répondre à cette problématique. Et il faut que la Commission européenne prenne conscience de l'intérêt de faire entrer des acteurs nouveaux dans les grands appels d'offres européens. »










