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Languedoc-Roussillon
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Conjoncture
| 26/11/2009

Jacques Attali : « Sans la ligne à grande vitesse Nîmes/Barcelone, votre région disparaîtra définitivement de l’histoire »

« Il est fondamental pour vous, décideurs du Languedoc-Roussillon, d’accélérer le processus de la ligne à grande vitesse Nîmes-Barcelone, a déclaré mercredi l’économiste Jacques Attali à Montpellier, à l’occasion de l’assemblée générale de la Fédération régionale des travaux publics. Vous serez exclus comme d’autres régions si un certain nombre de décisions rapides ne sont pas prises. Le même problème se pose à Metz. Si vous n’imposez pas une volonté d’accélération du branchement, vous disparaîtrez définitivement de l’histoire. L’enjeu, pour vous, c’est de rattacher l’axe Barcelone/Montpellier/Lyon à l’axe Milan/Francfort/Bruxelles/Londres, qui structure l’Europe. Votre région est encore à de longues heures (sous-entendu : de train, ndlr) de Barcelone, et donc de l’axe global qui va rejoindre l’Espagne et le nord de l’Europe. »

L’ancien conseiller du président Mitterrand, qui a attiré quelque 800 décideurs, a qualifié le Languedoc-Roussillon de région « énigmatique. C’est une région en forte croissance démographique, dont la qualité de vie n’est pas à démontrer, et qui a une très bonne image en termes d’accueil d’entreprises. C’est aussi une région qui semble bénie des Dieux en matière de tourisme. Pour autant, le chômage des jeunes est énorme, le taux de scolarisation est très bas comparativement au reste du pays. Cette région n’a pas de grands ports, or l’histoire nous apprend que quand on n’a pas de port, on a du mal à se développer. »

Booster l’économie du savoir

L’essayiste a également délivré des clés de sortie : « Vous devez développer l’économie du savoir. Ça commence au jardin d’enfants, le savoir n’est pas que des laboratoires de recherche. Vous devez créer des centres de recherches, choisir de grands programmes spécifiques. Ici, vous êtes incroyablement bien située. Vous devez être une région de l’économie du savoir, dans tous les domaines. Vous ne l’êtes pas encore, mais aucune ne l’est en France. » Ces autres propositions : Favoriser la mobilité sociale, géographique, professionnelle, se donner les moyens de financer en fonds propres les PME (« Google ou Apple auraient pu naître ici ») et adopter une gouvernance efficace (« on entre dans des périodes chahutées, il faut bannir tout gaspillage public et promouvoir un projet commun, transparent, solidaire »)

Périodes sombres à venir

Les prévisions économiques de Jacques Attali pour l’avenir ne sont guère optimistes. « On pourrait penser que la crise est moins grave que tout ce qu’on peut raconter, que tout ça va se calmer et que tout est reparti comme avant. Certes, un grand nombre de régions du monde n’ont pratiquement pas vu la crise, un certain nombre de secteurs sont en explosion de croissance. Mais on vit une crise extrêmement profonde, qui peut retomber lourdement, et qui a devant elle des conséquences dangereuses pour l’avenir de nos pays. Il faut se préparer à de nouvelles secousses. J’ai le plus grand mal, personnellement, à accepter le discours optimiste actuel. Si la Bourse donne ce sentiment, c’est parce que beaucoup de gens veulent faire des profits rapides, pensant que ça peut mal se finir. Lorsque les Etats ont dit : "Quoi qu’il arrive, on paiera", le secteur financier a entendu : "Si je fais des pertes, c’est pour le contribuable, si je fais des profits, c’est pour moi" Il y a une limite à cette logique. Quand sera-t-elle atteinte ? Je n’en sais rien. Les banques commerciales vont au-devant d’énormes difficultés. Elles sont très fragiles, n’ont pas les capitaux de réserves qu’elles devraient avoir (2 %, au lieu de 8 % requis). »

L’Afrique, continent du XXIIe siècle

L’expert a taclé les chefs d’Etat : « On se rend compte aujourd’hui qu’il n’y a ni pilote, ni volant. Je ne pense pas qu’il y ait un jour une gouvernance mondiale et une prise de conscience. Les hommes politiques ne voient pas plus loin que la durée de leur mandat. »

Le G20 ? « C’est plutôt un G2 entre les Etats-Unis et la Chine. Quant à la lutte contre les paradis fiscaux et les bonus de traders, c’est très bien, mais ça n’a rien à voir avec la crise. » Jacques Attali prédit « une mode de l’Afrique », comme il y a celle de la Chine en ce moment. « Le continent africain va passer de 1 milliard à deux milliards d’habitants en 40 ans. Le Français est la seule langue dont le nombre de locuteurs va tripler d’ici à 2050. Je crois plus à l’Afrique qu’à l’Union pour la Méditerranée, qui est un nœud de vipères assez considérable. »

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