Assises de l’innovation en Occitanie : faire émerger les « pépites de demain »
Réunis le 27 janvier à La Cité, à Toulouse, lors des Assises de l’innovation en Occitanie, dirigeants, élus et experts croisent leurs regards autour d’un débat consacré à l’émergence des « pépites de demain ». Les chefs d’entreprise ouvrent la séquence en exposant les freins qui entravent le passage de l’innovation à l’industrialisation. Pour Pascal Descargues, directeur général de Genoskin (31), les obstacles sont avant tout structurels. « Les obligations administratives et sociales, comme les conventions collectives, pénalisent fortement les TPE. Les freins, nous les avons a fabriqués ici, en France », affirme-t-il, estimant que ces contraintes pèsent davantage que la concurrence internationale ou l’IA.
La « vallée de la mort » de l’innovation
La question de la death valley (vallée de la mort) de l’innovation revient régulièrement dans les échanges. Cédric Loubat, fondateur et président de Specific Polymers (34), souligne la difficulté du passage à l’industrialisation. « Aller vers le TRL 9 (niveau de maturité technologique, NDLR) nécessite des investissements lourds et du temps, notamment pour lever des fonds. » Pour y parvenir, l’entreprise de 35 salariés a recruté une personne entièrement consacrée à surveiller les appels à projet. Elle mise sur la création d’un spin-off, avec l’objectif de pousser certaines technologies jusqu’à la production industrielle à horizon 2030. Même prudence du côté de Sylvain Gerbaud, président de la PME familiale Absoger (82). « Nous n’avons pas le luxe de nous tromper dans le choix des partenariats scientifiques ou des financements. Trouver le bon modèle est un parcours du combattant, encore plus dans les projets européens. »
Autre frein majeur pour les jeunes pousses industrielles : l’accès au foncier. Clélia Oliva, dirigeante de la start-up Terratis (34), en témoigne. « Il nous a fallu plus d’un an et 1,5 M€ d’investissement pour trouver un site adapté. Mais les financements atteignent vite leurs limites dès qu’il faut produire davantage. » Elle plaide pour des sites plus grands, adaptés aux besoins des jeunes entreprises innovantes : « Il faudrait proposer des sites d’au moins 600 m², mêlant laboratoires et production, afin de démarrer plus sereinement ».
Dans le secteur de la santé, Karine Seymour, dirigeante d’Avrio MedTech (31), évoque enfin des contraintes réglementaires fortes et un contexte économique tendu. « Les budgets des hôpitaux et des laboratoires sont restreints. Cela nous oblige à être très agiles et à jouer collectif. »
« Ne pas brûler les étapes »
Face à ces constats, les représentants institutionnels insistent sur le rôle de l’écosystème. « Travailler en réseau est essentiel », rappelle Marianne Peyrot, déléguée régionale académique à la recherche et à l’innovation (Drari). Loïc Raynal, directeur d’investissement chez EDF Pulse Ventures, reconnaît que « le passage du TRL 5 au TRL 9 est complexe » et pointe « un manque de financement intermédiaire en Europe ». Mais il appelle à ne pas brûler les étapes, sous peine de « se tirer une balle dans le pied ».
Pour Pierre Benaïm, directeur opérationnel Innovation et expertise filière de l’agence Ad’Occ, la réponse passe par le collectif et une meilleure lisibilité des stratégies de filières. Jalil Benabdillah, vice-président de la Région Occitanie et de l’agence Ad’Occ, rappelle quant à lui que l’Agence régionale aménagement construction (Arac) propose des solutions de portage immobilier pour les start-up. « Les outils existent, mais ils nécessitent un accompagnement adapté », ajoute Marianne Peyrot.
Enfin, une voix dissonante s’élève sur la question du financement. « J’ai du mal à comprendre que le développement d’une entreprise passe forcément par la recherche de financements, s'interroge Pascal Descargues, dirigeant de Genoskin. La vie normale d’une entreprise, c’est de se développer grâce à ses clients. Peut-être qu’on ne nous pousse pas assez à aller les chercher. »











