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Région Occitanie
| | 5/09/2025

« Bloquons tout » le 10 septembre : le monde économique régional retient son souffle

© CCO / Pexels

« Contre le plan Bayrou, contre l’austérité, pour la justice sociale » : deux jours après l'échéance du vote de confiance est attendu le 10 septembre un vaste mouvement de protestation nommé « Bloquons tout ». Né sur internet avant l’été et soutenu depuis par une partie de la gauche et des syndicats, il appelle à bloquer le pays par un boycott général. Au risque d’une paralysie totale de l’économie occitane ce jour-là ? Interrogés par La Lettre M, chefs d’entreprise et représentants patronaux oscillent entre craintes et fatalisme.

Sur le fond, les revendications – plurielles – du mouvement « Bloquons tout » (lire en encadré) s’inscrivent dans un contexte de crises et d’incertitudes que connaissent bien les chefs d’entreprise du territoire, qui vont scruter avec attention le 8 septembre les résultats du vote de confiance à l'Assemblée nationale. « La situation financière de la France est dangereuse et inquiétante, confie à La Lettre M Nicolas Durand, président de la CPME 31. L’augmentation des taux n’est pas la seule responsable de la situation. À la CPME 31, nous considérons qu’il doit y avoir des réformes, de l’action publique notamment, comme la diminution des dépenses publiques. Nous estimons aussi qu’il y a une sur-administration et que la multiplication des normes et des règles bride le développement économique. Enfin, nous aimerions que la dépense publique soit plutôt orientée vers l’investissement afin de répondre aux défis de demain. Pour créer de la richesse, les entreprises ont besoin de stabilité et de visibilité, ce qui n’est pas du tout le cas actuellement. » Dans un post publié sur LinkedIn fin août, le dirigeant de la Confiserie du Tech (66), Xavier Danjou, donne son sentiment sur cette période d’incertitudes et de tensions. « Trop de discours opposent l’entreprise, les salariés et l’État, déplore-t-il. Menaces de destitution, menaces d’arrêt, menaces de grève… Ces postures ne font qu’aggraver la situation et nous mettent en danger. Ce dont nous avons besoin, c’est de réalisme, de sérieux et de coopération... Une chose est certaine, à force de repousser les échéances, nous allons droit dans le mur. Il est temps de resserrer les liens et d’agir collectivement pour redresser nos comptes et préserver nos chances de faire perdurer le bien-vivre en France. J’en appelle au sérieux des politiques et des syndicats de tous bords. »

Un mouvement qui « n'amènera rien »
Mais au-delà des questions de fond soulevées par le mouvement, de l’avis général des personnes interrogées, « Bloquons tout » - et les suites potentielles qui y seront données - risque fort de paralyser, au moins en partie, l’économie régionale. « Nous sommes du côté de ceux qui construisent l’avenir et pas qui le détruisent, résume d’une formule Nicolas Durand. Bloquer le pays ne sera pas sans conséquences sur l’économie et sur nos entreprises, notamment les PME. Cela peut non seulement impacter la croissance, mais aussi la confiance, et donc avoir de lourdes répercussions sur la consommation, sur l’emploi et sur les décisions des chefs d’entreprise qui vont chercher à se protéger et choisir de ne pas investir. » Même son de cloche du côté de Brice Sannac, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) des Pyrénées-Orientales, qui - s’il estime que le président de la République et le Gouvernement sont « fautifs de cette situation » - assure que le mouvement « n’amènera rien ». « Encore une fois, il va bloquer l’emploi et l’économie, regrette-t-il. Les contestataires ne comprennent pas que cela va bloquer la vie de la France. Pour preuve, je le vois dans mon restaurant, j’ai déjà moins de réservations que d’habitude pour ce jour-là. Et aucun de mes collaborateurs ne m’a fait savoir qu’il ne viendrait pas. Ce qui m’inquiète, c’est qu’il n’y a pas de corps intermédiaire pour encadrer ce mouvement. Quand les syndicats et autres fédérations ne sont pas là pour tenir les choses, on peut craindre le pire. Personne n’est serein… À cette heure, on ne sait pas à quoi s’attendre. Peut-être que cela va faire pschitt. Mais alors, que va-t-on faire après ? » 

« Le blocage, c'est une catastrophe »
Ivo Danaf, président de l’Umih de la Haute-Garonne, dit lui aussi craindre les conséquences négatives d’un tel mouvement pour le tissu commerçant du territoire. « Le blocage, dans nos métiers, c’est toujours une catastrophe, soupire-t-il. Après la saison chaotique que nous avons vécue, cela ne pourra qu’aggraver la situation et fragiliser encore davantage nos professions. Certains commerces vont être amenés à baisser le rideau ce jour-là, mais même lorsque cela ne sera pas le cas, dans ce genre de situation, les gens ne sortent pas de chez eux, nous le savons bien… » Le risque, pour le professionnel, serait « que les mouvements de ce type se succèdent » dans les semaines et mois à venir. « Ça nous rappelle forcément les Gilets jaunes, s’agace-t-il. Nous ne sommes pas à l’abri de ça… » Et Ivo Danaf de marteler : « Ce n’est pas dans la rue que se règlent les problèmes ! Les blocages ne servent à rien. »  

Des chefs d'entreprises « habitués à s'adapter aux crises »
D'autres dirigeants régionaux, cependant, observent ce mouvement avec un certain recul, à l'image de Rémi Roux, président de la société coopérative de production gersoise Ethiquable (170 salariés, CA 2023 : 75 M€) et président de l’Union régionale des Scop (Urscop) Occitanie Pyrénées : « Je n’ai pas d’avis sur ce mouvement. Je ne sais pas s’il va avoir l’ampleur de celui des Gilets jaunes. Le Premier ministre risque de partir le 8 septembre. Espérons que cela calme le mouvement. Pour le moment, je n’ai pas reçu de préavis de grève de la part des salariés. » Quant à Alexandre Gioffredy, président de la société héraultaise Greenkub, spécialisée dans l'habitat modulaire en bois pour les particuliers (140 salariés, CA 2024 : 23,1 M€), il l'assure : « Ce mouvement ne m’inquiète pas et ne va rien changer ». Et d'argumenter : « Je suis chef d’entreprise en France et je suis malheureusement habitué à m’adapter aux crises - aux blocages des Gilets jaunes - et à l’instabilité politique qui devient un modèle pour nos dirigeants. Je crois bien que depuis que je travaille, il y a toujours eu des épisodes de ce type… » Interrogé lui aussi par La Lettre M sur les enjeux du 10 septembre, Samuel Hervé, président du Medef Occitanie, répond par une pirouette : « Avant le 10 septembre, nous aurons le 8 septembre et le vote de confiance au gouvernement. Au-delà de cette mobilisation, une autre date va être importante, celle du 12 septembre, à partir de laquelle les agences de notation rendront leur premier verdict sur la note souveraine de la France. De fait, il va falloir donner des messages clairs sur la crédibilité de l’action de l’État français, sans accentuer le déclassement du pays par rapport à ses voisins. » Quelques jours après, l'ensemble des organisations syndicales appellent à une journée de mobilisation générale, le 18 septembre.

La rédaction
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