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Hérault
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Finances
| 27/03/2025

La filière montpelliéraine des industries culturelles et créatives en quête de financement

Les studios héraultais de France Télévisions qui ont accueillis cette rencontre sont occupés quotidiennement par plus de 250 à 300 personnes : acteurs, réalisateurs, logistique, menuiserie, plateaux de tournage, techniciens de l’audiovisuel et du son, post-production/mixage, administration…
© France Télévisions

Donner un coup de projecteur aux besoins financiers des entreprises locales du secteur des industries culturelles et créatives (ICC). Tel était le but de la rencontre entre les acteurs locaux du secteur et les financeurs potentiels organisée le 20 mars à Vendargues, dans les locaux V Studios de France Télévisions, par la French Touch*, Bpifrance et la métropole de Montpellier. Objectif ? Mieux comprendre la complexité du modèle économique des ICC et les enjeux de financement propres à cette filière : conception, production, diffusion, gestion RH.... Un écosystème rassemblant professionnels du cinéma, de l’animation ou du jeu vidéo générant localement un chiffre d’affaires global de l’ordre de 400 M€ avec près de 3 500 emplois.

Financeurs spécifiques
« Le budget d’un projet de jeux vidéo se répartit à hauteur de 30 % pour la conception et de 70 % pour tout le reste », explique Céline Tellier, à la tête de Wild Sheep Studio, spécialisé dans le jeu vidéo. « Dans le cadre d’une production déléguée, les besoins financiers varient de 15 à 20 % pour la préproduction, de 65 à 70 % pour la production et le solde pour la post-production », explique Pierre de Cabissole co-dirigeant des studios parisiens SupaMonks, qui ont implanté une filiale à Montpellier. Ces studios accompagnent annonceurs et producteurs dans la fabrication de leurs films à destination de tous les écrans : publicités, clips, séries, courts, moyens et longs-métrages...Côté financeurs, les principaux bailleurs des ICC sont le CNC (centre national du cinéma et de l'image animée), la Banque des Territoires, Bpifrance, l’IFCIC, la Banque Palatine, mais également des fonds d’investissement ou encore des crédits d’impôts spécifiques et l’État via des dispositifs tels que France 2030), ainsi que des collectivités. Ces financements se traduisent par des subventions, des prêts, des avances remboursables ou des garanties de crédit... « Si la prise de risque est importante lors de la conception d’un prototype, une série télévisée ne génère des bénéfices qu’à la troisième saison, explique Pierre de Cabissole. Le soutien du CNC, des banques et de la métropole nous aide à faire baisser le niveau du risque. » Afin de limiter les risques financiers et générer des recettes, les acteurs diversifient leur activité : « Nous assurons des prestations pour des tiers et des productions en direct », concède Pauline Pasquier, responsable administrative et financière chez France TV Studio.

Une approche pédagogique
« Cela reste encore très difficile pour les acteurs du secteur de trouver des banques pour parler des structures et des projets. Les gros studios générant plus de 1,5 M€ de chiffre d’affaires ont d’une à trois banques », souligne Lucas Sauvan pour Act & Play, un cabinet de consulting spécialisé dans l’accompagnement des entreprises créatives et culturelles. « Aux yeux des banques, nous sommes d’abord des créatifs, observe Pierre de Cabissole. Je construis mon dossier auprès d’elles comme un scénario. Je raconte une histoire pour donner envie à la banque d’adhérer au projet. Pour cela je me suis entouré en interne et en externe pour savoir parler valeur, stratégie... ». Du côté des établissements financeurs, « une approche pédagogique des besoins de l’entreprise et des spécificités de la banque est essentielle pour flécher les financements en amont des besoins identifiés », précise Robin Tapie de la Banque Palatine.  

Des freins à lever
Les échanges ont également permis de mettre en avant un manque de connaissance des acteurs du financement, tels que les sociétés de capital-risque/capital développement par exemple, comme des réels besoins des entreprises des ICC. « Dans les studios la majorité des créateurs sont des artistes. Les financiers ont du mal à gérer les aspects liés à l’émotion artistique et la rentabilité », note Lucas Savan. D’autres freins sont à lever, notamment dans le domaine des ressources humaines, même si l’écosystème local bénéficie de nombreux établissements de formation (ArtFx, Travelling...) qui fournissent « des talents. » Si le statut d’intermittent du spectacle est fréquemment utilisé pour des questions de flexibilité nécessaire au secteur, la filière des jeux vidéo ne dispose pas de convention collective. « Nous ne pouvons pas embaucher des intermittents sur le long terme. Nous travaillons avec des CDD ou des CDI. Cela contribue à éloigner le risque créatif vers l’international ou d’autres structures », souligne Céline Tellier.
*mouvement soutenu par Bpifrance depuis 2020 pour valoriser et rassembler les ICC françaises

Véronique Coll / coll@lalettrem.net
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