Chute du gouvernement Barnier : les réactions en Occitanie
Au lendemain de la censure du gouvernement par l’Assemblée nationale, Michel Barnier a présenté sa démission au chef de l’État le 5 décembre. Au total, 331 députés ont voté pour la motion du Nouveau Front populaire, soit 43 de plus que la majorité absolue de 288 voix qui était nécessaire pour son adoption. Sur les 49 députés que compte la région Occitanie, 36 ont validé cette motion. Un vote qui ouvre une nouvelle période d’incertitudes politiques, économiques et financières.
Les réactions en Occitanie
Du côté des élus
« Je garde le même avis depuis le résultat des législatives du 7 juillet et encore plus depuis hier soir : la responsabilité de la gauche est de proposer une alternative en s’ouvrant sans tarder aux autres forces républicaines pour sortir le pays de l’ornière où les populistes veulent l’entraîner à des fins électoralistes, commente Carole Delga, présidente de la Région Occitanie dans un post publié le 5 décembre sur le réseau social X (ex-Twitter). La présidente de la Région Occitanie fixe également un objectif : « Un budget rapidement voté répondant aux aspirations et aux attentes des Français pour rétablir au plus vite la confiance. » Et une méthode pour y parvenir : « Des compromis discutés et réalisés en toute transparence avec un accord de non-censure de la part des forces républicaines du Parlement. Les Français veulent que cesse ce jeu politicien qui mine et divise notre pays. »
Jean-Luc Moudenc, maire divers droite (ex-LR) de Toulouse et président de Toulouse Métropole, dénonce le 4 décembre au soir sur son blog un « spectacle navrant ». « Les députés des partis de la gauche française toute entière, obéissant à la ligne fixée par la France Insoumise, n’ont pas fait barrage aux voix des députés lepénistes, déplore l’édile. Au contraire ! Ils les ont accueillies à bras ouverts, y compris ceux du Parti socialiste, encore et toujours soumis aux Insoumis, dont un ancien président de la République pourtant chantre de la social-démocratie. À l’exception de quelques courageux parlementaires fidèles à l’idéal de la gauche républicaine, laïque et responsable. Quant au RN, en rejoignant le chaos orchestré par La France Insoumise, il a scellé une alliance contre nature au mépris le plus total de ses propres électeurs. » Estimant que « tous, d’un bord comme de l’autre », ont renversé le gouvernement Barnier « par unique obsession de l’échéance présidentielle », Jean-Luc Moudenc exprime une « profonde » inquiétude, anticipant de « graves » conséquences pour le pays. Saluant « la dignité » de Michel Barnier, le maire de la Ville rose tire à boulets rouges sur « une classe politique irresponsable », qu’il juge « gangrénée par les incohérences, les petits calculs personnels et boutiquiers ».
« Le gouvernement Barnier est tombé. Il incombe désormais au président de la République d’assumer ses responsabilités en reconnaissant enfin les résultats des élections législatives », commente Hermeline Malherbe, présidente socialiste du Département des Pyrénées-Orientales, dans un post publié le 4 décembre sur son compte Facebook. Il doit nommer un Premier ministre issu de la gauche, capable de travailler avec tous les groupes parlementaires du front républicain à l’Assemblée nationale. Ces cinq mois perdus doivent céder la place à une action rapide pour répondre aux besoins des Françaises et des Français, en particulier des plus vulnérables. Il est urgent de trouver des solutions concrètes pour faire face aux défis sociaux, économiques et environnementaux qui frappent notre pays. »
Du côté du monde économique
« Jusqu’à hier, nous constations avec dépit l’évolution de la situation politique. Aujourd’hui, c’est une colère sourde qui monte chez les chefs d’entreprises après le vote de cette censure et la chute du gouvernement, explique à La Lettre M, Jean-Marc Oluski, président du Medef Hérault Montpellier. Les dirigeants n’ont pas les mêmes échéances et le même calendrier que les députés. Nous devons payer les salaires de nos collaborateurs toutes les fins de mois. » Le représentant de l’organisation patronale appelle les élus à prendre leur responsabilité : « Il est impératif de trouver des solutions pour sortir de ce blocage des institutions. Or, à la différence d’autres pays, nos représentants politiques n’ont pas la culture du consensus pour avancer. Dans ce contexte, je crains les retombées économiques de ce marasme avec une hausse des défaillances d’entreprises, notamment dans l’immobilier. »
À la tête du Medef 31, Pierre-Olivier Nau partage les mêmes inquiétudes que son homologue héraultais. « Nous sommes à la fois moyennement surpris, car cette situation se dessinait, mais en même temps un peu abasourdis car nous n’avons ni budget, ni feuille de route fiscale, ni vision », déplore-t-il à La Lettre M. Sans visibilité, nous n’avons aucune chance de stabilité dans les prochains mois. Ce sont les ingrédients qui nous conduisent à freiner nos investissements, nos recrutements, nos budgets… » Le dirigeant alerte sur la situation de l’ensemble des secteurs d’activité du territoire : « Ils seront au mieux dans l’attente, au pire obligés de reporter à moyen terme de gros investissements. Cela va notamment rajouter une couche de difficulté au secteur du bâtiment, qui souffrait déjà. » Pierre-Olivier Nau est aussi particulièrement inquiet quant à la situation des industriels de l’aéronautique, « qui devront assumer les cadences et répondre aux commandes mais n’auront pas la capacité d’investir », et des professionnels de la restauration et du tourisme. « Les consommateurs seront-ils au rendez-vous ? » s’interroge le dirigeant. Selon lui, le principal tort de « cette pause imposée » est de « créer une incertitude totale ». Le président du Medef 31 appelle donc les élus de la nation à se « tourner vers les entreprises pour apprendre à négocier et à bâtir les décisions budgétaires, pour favoriser un esprit d’Europe compétitive ».
Interrogé par La Lettre M, Vincent Aguilera, président de la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) Occitanie, ne cache pas lui aussi son inquiétude : « Cette situation est dramatique, ahurissante et extrêmement dangereuse pour l’avenir. » Ni sa déception : « Cela fait plusieurs mois maintenant, après la surprise de la dissolution de l’Assemblée nationale, que nous attendions d’avoir un capitaine à bord. Il avait été trouvé, mais nous rentrons finalement dans un basculement de crise qui n’est pas économique, sociale ou d’État, mais bien politique. Elle barre la route du développement économique des entreprises, du développement de la France et de la remise en perspective des comptes publics. » Vincent Aguilera en profite pour énumèrer les différentes crises auxquelles doivent faire face les entreprises depuis 2019 : gilets jaunes, Covid-19, instabilité politique avec la guerre russo-ukrainienne, inflation… « Sans compter les nouveaux enjeux écologique et d’innovation numérique qui bouleversent leur façon d’entreprendre, poursuit-il. Les entrepreneurs font preuve de résilience pour survivre à ces crises, mais pas pour s’adapter à un marché et se développer. » Pour le président de la CPME Occitanie, il n’y a plus de cap. « C’est le néant dans la tête des entrepreneurs, affirme-t-il. L’État nous a assis, éteints, sans prendre en considération la société civile économique et les salariés, chez qui il a aussi essaimé l’inquiétude. » Alors que le président de la République Emmanuel Macron doit s’adresser aux Français ce jeudi 5 décembre, Vincent Aguilera s’interroge : « Nous aurons peut-être des réponses, mais quelle sera l’alternative, si ce n’est pour rassurer des marchés ? » Et de conclure : « Il y en a assez, ces jeux de politique ne nous font plus rire. Il nous faut une vraie stabilité, d’au moins deux ou trois ans pour nous projeter, mais nous avons l’impression de demander le bout du monde… »











