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| 28/05/2024

Christophe Carniel (Vogo) : « Nous nous positionnons en leader mondial »

© Vogo

Créée en 2013 par trois passionnés de sport, l’entreprise montpelliéraine Vogo veut s’imposer comme le leader mondial des solutions audio et vidéo dédiées au sport. Son président, Christophe Carniel, évoque en exclusivité pour La Lettre M la genèse de la sportech, son évolution et ses ambitions.

Vogo a fêté ses dix ans d’existence en 2023. Dans quel contexte avez-vous créé cette entreprise ?
C’est avant tout l’histoire d’une équipe qui a toujours été soudée. J’ai rencontré Pierre Keiflin au début des années 90 sur les bancs de l’École nationale supérieure des Mines d’Alès. Diplôme d’ingénieur en poche, nous avons créé ensemble en 1993 une première entreprise baptisée Netia, contraction de « Network » et de « Multimedia ». Implantée à Claret dans l’Hérault, la société était spécialisée dans l’édition de solutions logicielles pour la gestion et la diffusion de contenu vers l'ensemble des plateformes média. L’idée consistait à accompagner les grands diffuseurs radio ou TV dans leur transition vers les supports numériques. Daniel Dedisse nous a rejoint par la suite, ainsi que Véronique Puyau, l’actuelle directrice administrative et financière de Vogo. Cela a été pour nous une formidable aventure humaine et entrepreneuriale, avec notamment un fort développement à l’international. En 2008, nous avons pris la décision de céder Netia à une filiale du groupe Orange. Une transition que j’ai suivie en restant aux commandes jusqu’en 2012.

Nous sommes alors en 2013. Comment va naître Vogo ?
D’un constat simple. Grâce à l’aventure Netia, nous avions acquis un réel savoir-faire, en particulier dans le traitement des images et des sons. Et c’est notre passion commune pour le sport qui a conduit à la création de Vogo. Nous souhaitions en effet mettre nos compétences au service des spectateurs des enceintes sportives. L’idée est née de la frustration générée par le fait de rater des actions de jeu dans un stade ou d’être trop éloigné pour bien les voir. Nous avions l’ambition de proposer un outil offrant la possibilité de visionner immédiatement ces actions, au ralenti et en gros plan, sur un téléphone. Rappelons que le fameux « replay » était alors uniquement réservé aux télévisions. Avec notre idée, le spectateur pouvait désormais devenir téléspectateur, et ce gratuitement. De 2013 à 2016, nous avons donc consacré trois ans à de la R&D avec l’objectif de mettre au point une application qui rendrait un tel projet possible. De fait, nous avons travaillé sur un concept permettant par exemple à 10 000 spectateurs présents dans un stade de suivre une compétition sur leur smartphone. Avec une difficulté majeure : l’absence à cette époque de connectivité dans les stades. Tout l’enjeu résidait dans le développement d’une solution pouvant surmonter cet écueil.

Avec quels résultats ?
Dès 2014, nous avons pu tester pour la première fois cette solution à l’occasion du championnat d’Europe de judo organisé à Montpellier, puis lors du tournoi de tennis de Roland-Garros. À l’issue de ces expérimentations, nous avons pris conscience qu’au-delà des spectateurs, notre application pouvait avoir d’autres usages. L’utilisation de la vidéo pouvait par exemple permettre à un entraîneur d’améliorer la performance de son athlète ou de son équipe, à un médecin de détecter des chocs potentiellement graves et à un arbitre d’optimiser ses décisions. Une étude de marché est venue conforter cette approche en confirmant que le sport n’allait pas échapper à la digitalisation qui s’amorçait alors dans la plupart des secteurs d’activité. Parallèlement, Vogo va être élue « start-up sportive numérique de l’année » en 2014, avant une première levée de 4 M€ bouclée un an plus tard, date à laquelle nous décidons de nous développer à l’international.

2018 est une année charnière pour Vogo. Pour quelles raisons ?
Après ces premières années de R&D ayant mobilisé près de 3 M€ d’investissement financés en partie sur nos fonds propres, nous sommes en effet prêts à accélérer et à lancer le développement commercial de notre solution. Pour y parvenir, nous prenons la décision d’introduire Vogo en Bourse sur le marché Euronext Paris avec l’ambition de lever 15 M€. Un objectif que nous atteignons avec succès. Vogo, qui emploie alors une quinzaine de personnes, devient dès lors la première sportech française cotée. Grâce aux fonds levés, nous investissons dans l'internationalisation de la solution, l'accélération de son déploiement avec la volonté de maintenir notre avance technologique sur les quelques concurrents que nous comptons dans le monde, et en engageant la diversification de nos marchés. À cette période, l’entreprise développe la couverture d’événements sportifs et nous commençons à travailler sur la détection des commotions cérébrales.

Commence alors une nouvelle phase de développement. Comment cela s'est-il traduit 
En 2016, nous remportons en effet un appel d’offres de la Ligue nationale de rugby (LNR). Il s’agit d’équiper l’ensemble des stades de Top 14 et Pro D2 avec notre solution de live & replay (direct et ralenti, NDLR) vidéo pour les médecins de match, médecins d’équipe et superviseurs médicaux. Nous leur mettons à disposition deux terminaux dédiés, dont les fonctionnalités ont été spécifiquement développées pour leurs besoins : une tablette située en bord de terrain leur permet d’accéder à l’ensemble des flux des caméras qui filment le match. Ils peuvent ainsi cibler les chocs et les revoir sous l’angle de vue le plus pertinent, au ralenti ou image par image et décider s’il y a commotion avérée ou risque de commotion pour les joueurs. Et pour optimiser notre offre vidéo, nous rachetons en 2019 une entreprise spécialisée dans le développement de systèmes de communication audio pour le sport (Vokkero, NDLR). L’effectif de Vogo atteint à cette époque 40 salariés. C’est dans ce contexte que nous lançons le développement international de l’entreprise aux États-Unis avec la mise en place d’un réseau de distribution. Un projet qui s’appuie en partie sur Tony Parker, joueur de basket français devenu l’un de nos actionnaires lors de notre introduction en Bourse. Dans le même temps, les contacts avec les fédérations sportives et les clubs français et étrangers se multiplient. Avec un impact direct sur l’activité : de 1 M€ en 2018, notre chiffre d’affaires atteint 3 M€ l’année suivante…

Survient alors la crise sanitaire. Comment l'avez-vous traversée ?
Effectivement, cette progression est stoppée nette avec la pandémie mondiale et l’arrêt des manifestations sportives. Fort heureusement, nous disposions des fonds nécessaires pour affronter cette situation et nous avons également pu bénéficier d’un PGE (prêt garanti par l’État, NDLR). Malgré ce contexte, Vogo est parvenu à maintenir un niveau d’activité intéressant avec le rapide redémarrage des compétitions professionnelles. Nous avons par ailleurs mis à profit cette période pour sécuriser notre croissance en conservant la totalité de notre effectif en France et à l’étranger… Avant que notre marché explose littéralement !

C’est-à-dire ?
Concrètement, nous avons triplé notre chiffre d’affaires depuis la fin de l’épidémie de Covid pour atteindre le seuil des 10 M€ en 2023. Un exercice qui correspond également à un changement majeur de modèle pour Vogo. Désormais, nous sommes positionnés comme un acteur mondial majeur sur le segment de l’arbitrage vidéo, avec une concurrence essentiellement anglo-saxonne. Nos solutions sont aujourd’hui agréées par les plus grandes fédérations sportives, à l’image de la certification de nos solutions d’arbitrage vidéo par la Fifa (fédération internationale de football) en septembre dernier. Dans la foulée, nous signons un contrat avec l’EHF (fédération européenne de handball) portant là aussi sur le déploiement d’une solution d’arbitrage vidéo (Vogosport Elite) destinée à couvrir les rencontres masculines et féminines du championnat d’Europe et de la Ligue des champions sur cinq saisons, soit 264 matches par saison.

Après plusieurs semestres consécutifs de croissance, l’activité de Vogo a reculé de 20 % en 2023. Pour quelles raisons ?
Ce recul reflète une évolution volontaire du modèle d’affaires sur le marché du sport d’un modèle de vente vers un modèle de type « Technology as a Service » (TaaS - service technologique, NDLR). Il repose sur des contrats locatifs de longue durée intégrant matériels, logiciels et prestations. Cela nous offre plus de récurrence dans nos revenus, de solides perspectives d’appréciation de nos marges ainsi qu’une fidélisation accrue du portefeuille clients. Ce tournant s’inscrit également dans le cadre d’une dynamique commerciale toujours solide avec des prises de commandes en forte progression en fin d’année dernière grâce aux accords et certifications décrochés au second semestre. Cela ouvre la voie à un nouveau cycle de développement pour Vogo. L’exercice 2024 devrait être marqué par une croissance soutenue liée à ces évolutions. De 70 salariés à l’heure actuelle, notre équipe va être notablement renforcée dans les prochains mois avec de nombreux recrutements d’ores et déjà programmés pour étoffer nos différents services : fonctions support, ingénierie, commerce… Et début mai, nous avons bouclé avec succès une augmentation de capital pour un montant global de 4,25 M€.

Dans quel but avez-vous lancé cette opération ? 
Là encore, il s'agit d'accélérer notre dynamique commerciale à l’international  Asie, Moyen-Orient, Afrique et Amérique du Nord –, accompagner la transformation de notre modèle d’affaires et financer des programmes d’innovation dans les domaines de l’assistance à la détection des commotions cérébrales et de l’amélioration de la performance sportive. Aujourd’hui, le monde du sport, qu’il soit amateur ou professionnel, connaît une profonde transformation qui va s’accélérer au cours des prochaines années avec l’arrivée massive de nouvelles technologies dans les domaines de l’arbitrage, de la santé, de la performance ou de l'expérience des fans. Sur tous ces terrains, nous avons été pionniers avec le déploiement d’innovations de rupture et la confiance de clubs et de fédérations de premier plan dans le monde entier. Et notre avantage concurrentiel nous permet d’envisager sereinement de nous positionner en leader mondial sur notre marché. En ciblant désormais le statut d’ETI (entreprise de taille intermédiaire, NDLR).

Propos recueillis par David Danielzik / danielzik@lalettrem.net
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