Rachel Delacour (Sweep) : « Nous enregistrons une croissance annuelle de 300 % »
Dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M, la fondatrice de Sweep revient sur le développement de la plateforme de pilotage des émissions de carbone. Membre du French Tech 120, la start-up montpelliéraine va miser sur l’international et consolider son marché après avoir levé 100 M$ depuis 2020.
Comment se porte Sweep ?
Sweep se développe bien dans un marché à forte maturation du fait de la règlementation CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), dont la mise en place est désormais actée. L’Europe est au cœur d’une action qui demande aux entreprises d’y voir plus clair dans leurs données de manière à pouvoir les déclarer. Quand vous demandez aux entreprises d’approfondir la connaissance de ses données, d’aller les collecter, les mesurer de manière à pouvoir les déclarer, cela a pour mérite de catalyser l’action.
Avez-vous des indicateurs liés à votre développement économique ?
Nous ne communiquons pas sur notre chiffre d’affaires ni sur le nombre de clients. Sachant qu’il s’agit de très gros acteurs. En termes de résultats, nous réalisons une croissance annuelle de 300 %. Il était important de passer ce cap au niveau de nos revenus annuels récurrents. Notre marché est mondial, tout comme notre concurrence. On fait attention à ce que l’on dit. En revanche, ce qui est intéressant, c’est que nous sommes les seuls en capacité de s’adresser aux entreprises très sérieuses sur le sujet du carbone. Ce sont des très grands comptes, contraints par la loi, un couperet règlementaire ou réputationnel important. Notre plateforme est pensée pour grandir en fonction de l’évolution de leurs besoins et ce, jusqu’à l’échelle d’un L’Oréal.
Êtes-vous proche de la rentabilité ?
Notre équipe de fondateurs est un peu trop âgée pour consommer du cash comme de jeunes startupeurs ! Vu que nous avons déjà créé une première entreprise (BIME Analytics, NDLR), on sait à quel point tous les indicateurs de performance sont importants. Il n’est pas seulement question d’acheter du revenu. C’est facile mais ce n’est pas pérenne dans le temps. L’entreprise n’a que trois ans. Nous sommes inscrits dans un marché global et devons donc réaliser des investissements conséquents pour constituer l’équipe. La construction de la plateforme prend aussi du temps et des investissements. C’est dans notre ADN de viser le seuil de rentabilité le plus rapidement possible. De manière à être une entreprise qui se porte bien financièrement. Ce pourquoi nous sommes très bien financés : pour prendre le temps de trouver la bonne recette d’optimisation commerciale à pousser avec tout l’argent levé. Et ce, dans un temps long et sain.
À quelle hauteur s’élèvent vos investissements dans votre plateforme ?
L’investissement reste toujours de l’investissement en hommes sur ces questions d’IT et de R&D. On demeure une entreprise de logiciels. Aujourd’hui nous sommes 120 collaborateurs. Et tous nos investissements en intelligence artificielle et en ingénierie produits représentent aujourd’hui plus de 45 % de nos effectifs. C’est même le poste principal.
Votre cible reste les grands comptes ? Dans votre portefeuille figure des entreprises comme Beaumanoir, HP, Lacoste, L’Oréal, Swile….
La plateforme a tout de suite beaucoup plus plu à des entreprises de taille importante comme celles-ci. Elles ont vu en nous la capacité d’adresser la volumétrie de datas sous-jacente nécessaires pour opérer une mesure précise. D’autres plateformes vont être plus dans l’estimatif. Vous pouvez avoir deux filiales qui ont des chiffres d’affaires différents. Néanmoins, celle avec le plus petit revenu va peut-être être celle qui émet le plus, en raison de ses produits et services. Notre côté granulaire, on le tient de Bime Analytics, spécialisée en Business Intelligence et informatique décisionnelle à très grande échelle. Les sociétés que vous citez, évoluent dans des univers très différents. C’est aussi notre avantage concurrentiel : s’adapter à la complexité des grandes entreprises afin qu’elles puissent y voir clair.
Comment s’est passée la COP 28 à Dubai ?
Je faisais partie de la délégation économique qui accompagnait le président de la République. Cela a notamment permis d’assister à une des sessions au sujet de la sortie des énergies fossiles. Il y avait dans la même pièce John Kerry, Ursula von der Leyen ou encore Michaël Bloomberg. En tant qu’acteur économique, c’est très intéressant pour comprendre et amener ces discussions dans le cadre des discours clients. Il est aussi essentiel d’assister à des initiatives de collecte d’informations centralisées au sein d’une même base. Par exemple, Bloomberg a suivi les recommandations d’Emmanuel Macron, sur une initiative qui s’appelle NZDPU (Net Zero Data Platform Utilities). Une initiative de baisse des émissions par la data. Al Gore a aussi pris la parole sur une initiative similaire. C’est au cœur de notre marché, et c’était l’occasion de démontrer des preuves de succès par la donnée. J’espère que nous apporterons notre pierre à l’édifice de manière à ces que ces conversations continuent…
Quelles vont être vos perspectives sur 2024 ?
Nous avons une belle feuille de route clients, avec beaucoup de demandes très profondes de plateforme Data de l’extra-financier, demandées par des clients de la taille de Bouygues, avec qui nous venons de signer un accord. Autre axe : le développement international. Nous avons créé une antenne à Londres en 2022 qui emploie désormais vingt personnes. Nous avons planté de bonnes graines au Royaume-Uni et nous allons poursuivre notre approche sur les pays du nord de l’Europe. Et continuer de grandir sur la chaîne de valeur des grands clients que nous avons déjà.











