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| 14/10/2022

Jordi Gallardo, ministre de l’Économie d’Andorre : « Nous devons être mieux connectés à l’Occitanie »

De passage à Toulouse le 10 octobre, Jordi Gallardo, ministre de l’Économie et de l’entreprise de la Principauté d’Andorre, a accordé une interview à La Lettre M. Au menu : état des relations économiques avec l’Occitanie, synergies potentielles, investissements, fiscalité…

Quel est l'état des relations économiques entre l'Andorre et l'Occitanie ? 
Elles sont très bonnes. Nous entretenons un dialogue transfrontalier depuis des années, avec des rencontres organisées régulièrement à la fois en Andorre et à Toulouse. Mais nous voulons encore améliorer ces relations. Car depuis à peu près une vingtaine d’années, la situation des infrastructures a facilité nos relations avec l’Espagne. Nous aimerions récupérer le niveau de relations que nous avions auparavant avec la France. C’est la raison pour laquelle nous collaborons étroitement, notamment en termes d’infrastructures routières. 

Sur quels axes est basée la collaboration économique entre les deux territoires ?
Il faut savoir que 24 % des investissements étrangers que nous enregistrons viennent de la France, en majorité de l’aire d’influence d’Occitanie. Notre collaboration avec votre région concerne plusieurs secteurs, dont le commerce, l’immobilier, l’hôtellerie et les services, mais aussi l’économique numérique. Et nous voulons faire encore mieux !

Que peut apporter très concrètement, de votre point de vue, le tissu économique andorran à son voisin d'Occitanie, en termes de collaborations, de business et d'innovation ?
Dans le cadre de notre processus de diversification économique, nous avons mis en exergue douze grands secteurs, dont cinq ont vocation à être directement accompagnés par la puissance publique. Il s’agit du e-sport, des biotechs, de la santé, du sport et des fintechs. Notre objectif est de créer un environnement compétitif pour attirer les investisseurs. Andorre peut devenir un living lab permettant de développer et de tester des produits et des services innovants en conditions réelles, dans un petit territoire. Nous travaillons ainsi sur une loi dédiée à l’économie digitale, à l’entrepreneuriat et à l’innovation qui permettrait de créer des zones économiques spécialisées, avec si nécessaire une fiscalité ad hoc, où pourraient se développer des projets liés à nos cinq secteurs prioritaires. Pour attirer ces projets, nous avons besoin à la fois de l’initiative publique, d’entrepreneurs et d’investisseurs. 

Vous insistez sur un point : Andorre n’est pas un paradis fiscal…
En effet. Et nous voulons changer cette étiquette. Nous avons instauré des processus des transparence et de mise en adéquation de notre système fiscal. Nous sommes aujourd’hui un pays disposant d’une fiscalité compétitive et homologuée.

Le chef du gouvernement de la Principauté d’Andorre, Xavier Espot, et Étienne Guyot, préfet de la région Occitanie, se sont rencontrés le 6 octobre dernier dans le cadre du 6e Dialogue transfrontalier. Quel est l'objectif de ce rendez-vous ?
Il y a plusieurs objectifs, autour desquels nous travaillons ensemble depuis longtemps : la lutte contre la contrebande, l’amélioration des voies de communication, le développement de projets culturels communs, les coopérations en matière de santé… Et nous souhaitons désormais mettre en place de nouvelles collaborations en matière économique. 

Xavier Espot et Etienne Guyot ont en effet convenu de créer un nouveau groupe du travail portant sur l’action économique, auquel la Région Occitanie sera associée...
Oui, car Andorre est un marché potentiel pour l’Occitanie. Nous sommes un petit pays de 83 000 habitants, mais qui attire 8 millions de visiteurs chaque année. Les collaborations entre nos deux territoires sont potentiellement nombreuses. Le ferroutage, par exemple, peut permettre de développer la distribution de nos produits, et ce dans les deux sens. Il faut par ailleurs réfléchir aux opportunités d’articulation entre les deux territoires sur le plan touristique. Nous pouvons développer les synergies. 

Y compris du côté des stations de sport d’hiver ?
Les relations entre nos stations sont très bonnes. Nous partageons régulièrement nos expériences et nos solutions, car, au fond, nous faisons face aux mêmes challenges. En revanche, d’un point de vue commercial, nous avons déjà mis des années avant de parvenir à établir un ticket unique pour les quatre stations d’Andorre ; (sourire) il sera très difficile de faire de même avec l’Occitanie… 

La récente rencontre entre Xavier Espot et Etienne Guyot a également été l'occasion d’annoncer le lancement en 2023 de l’appel d’offres pour la construction de paravalanches permettant de fluidifier le trafic routier entre les deux territoires. Quel est l'enjeu de ce projet, qui représente un investissement prévisionnel global de 39 M€ ?
L’enjeu est crucial ! Car comme je l’ai dit, il s’agit de favoriser une forme de rééquilibrage. Au cours des deux dernières décennies, Andorre s’est beaucoup tournée vers l’Espagne. Il faut donc s’engager dans un processus d’amélioration des communications - par la route comme par le train - avec la France. Nous devons faire des efforts afin d'être mieux connectés à l’Occitanie.  

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@alettrem.net
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