Sigfox, IoT Valley… : Ludovic Le Moan se livre
Vous présidez l'IoT Valley et êtes le cofondateur de Sigfox, les deux structures étant intimement liées. Les difficultés rencontrées par Sigfox ont-elles un impact sur la feuille de route de l'IoT Valley ?
Tout d'abord, non, les deux structures ne sont pas si intimement liées que cela. L'IoT Valley et Sigfox ont en effet un passé commun, parce que je suis le fondateur des deux. Mais l'enjeu de l'IoT Valley est la valorisation de la donnée. Peu importe la technologie. À titre personnel, je suis convaincu que la meilleure technologie, c'est Sigfox. Mais mon but n'est plus de le clamer, car ce n'est pas audible. Alors j'essaie d'expliquer les enjeux. L'environnement est un vrai sujet. Dans ce cadre, il faut améliorer un certain nombre de processus industriels, ce qui se fera notamment par de l'acquisition de données. Cela implique un rendement économique des données. Et c'est justement tout le sujet de l'IoT Valley.
Donc le fait que Sigfox soit en difficulté ou pas ne change rien à la raison d'être de l'IoT Valley ?
Complètement ! Juste une parenthèse, qui n'engage que moi : Sigfox ne mourra pas. Je pense qu'il y aura des repreneurs, parce que c'est une technologie magnifique et que les clients qui l'utilisent sont tous fans. Le business model n'est peut-être pas le meilleur mais la technologie, elle, a fait ses preuves. Je ne suis donc pas inquiet pour ça. De son côté, l'IoT Valley dit au client : « Voilà ce que vont vous rapporter vos données en termes d'amélioration, de nouveaux services… » Et ensuite, on lance ensemble des appels d'offres pour trouver des solutions. Il n'y a pas que le réseau. Il y a des objets, il y a tout un traitement logiciel, etc. Donc si Sigfox n'existait plus, je pense que certains projets ne seraient plus faisables, mais l'IoT Valley continuerait à aider les industries à se transformer.
Comment expliquez-vous les difficultés rencontrées par Sigfox ?
Il est un peu délicat pour moi de me positionner publiquement sur ce sujet. Car depuis un peu plus d'un an, je suis parti du commandement de la société. Je ne veux pas créer du « bruit » qui serait préjudiciable à l'entreprise. Au-delà de moi-même, mon enjeu est que le projet continue car il y a plein de sociétés qui utilisent ce réseau. Il y a des choses à améliorer sur le business model. Par contre, ce qui est sûr, c'est que la technologie est parfaite. Je le dis d'autant plus facilement que c'est Christophe Fourtet qui l'a inventée. Moi, je n'ai été que celui qui l'a mise en scène, qui a porté cette dynamique Zéro G.
Quels sont vos perspectives aujourd'hui ?
Après cette pause d'une année, je vais commencer à revenir sur la scène en expliquant les fondamentaux de la transformation qui est à l’œuvre. Il faut arrêter de parler de réseau, de technologie. Il faut parler de la donnée. Je consacre mon temps, aujourd'hui, à aller vers les industriels qui sont un peu coincés car ils pensent à la technologie. Ils ont peur de faire un choix A alors que c'est B qui deviendra un standard, ce qui explique que le marché n'a pas la dynamique qu'il devrait avoir. Mon but est d'être en conseil de cette industrie. J'ai confiance en la Zéro G. Ce qui est clé, c'est la valeur que l'on va créer.
Avez-vous le sentiment que le fait d'avoir annoncé, par exemple, que Sigfox allait devenir le « S » des « Gafas » a pu agacer un certain nombre d'acteurs ?
Oui, je pense. Vous savez, moi, j'ai fait ça parce que je suis un peu provocateur dans l'âme. Je suis enthousiaste. Dans ma bouche, il n'y avait aucun message mégalo. Je pense qu'il faut de l'ambition, il faut prendre du plaisir pour atteindre des sommets. J'avais lancé ce message-là en espérant fédérer. Mais en France, quand on sort un peu du lot, on vous tape dessus.










