Cannabis bien-être : Yogah attend un déblocage réglementaire pour investir 10 M€
10 M€ : comme La Lettre M l'indiquait dès juin dernier, c'est l'enveloppe globale que l'entrepreneur toulousain Antoine Roux entend déployer en fonds propre « dans les prochaines années » afin d'accompagner le développement de ses sociétés regroupées au sein de la holding La Financière du chanvre. « Nous avons d'ores et déjà engagé 1 M€ », confie celui qui est par ailleurs à la tête de la société toulousaine PrintOClock (impression en ligne, 70 salariés, CA 2020 : 13,5 M€). Ces investissements devraient principalement se formaliser à l'avenir au travers d'opérations de croissance externe sur le territoire français. Objectif : constituer un groupe dédié à la production et à la commercialisation du chanvre bien-être.
Pour l'heure, dans l'attente d'un cadre législatif précisant l’utilisation du CBD - un cannabinoïde sans effet psychoactif - en France, ses projets de production agricole et industrielle, mais aussi de place de marché virtuelle référençant des produits à base de CBD – baptisée Amazen –, sont en stand-by. Antoine Roux se concentre ainsi sur la commercialisation, sous la marque Yogah, de produits à base de CBD. Huiles, infusions, cosmétiques... : à ce jour, l'entreprise toulousaine, qui compte cinq salariés, porte quelque quarante références. Une trentaine d'autres devrait voir le jour d'ici à début 2022. Sur les cinq premiers mois de l'année, Yogah a enregistré 800 k€ de chiffre d'affaires, « ce qui porterait notre CA annuel à environ 2 M€ », indique Antoine Roux.
Miser sur le made in France
L'aventure Yogah a débuté mi-2020. « À cette époque, j'ai vécu deux événements familiaux très traumatisants, confie l'entrepreneur. J'étais à terre et je n'avais pas d'arme contre ça. J'ai tout d'abord trouvé dans le yoga une solution me permettant de refaire surface. Mais je ne parvenais toujours pas à trouver le sommeil. Et puis on m'a parlé du CBD, de ses vertus relaxantes, apaisantes et anti-douleurs. À titre personnel, je consomme très peu de médicaments et suis adepte depuis toujours des huiles essentielles. Grâce au yoga et au CBD, je me suis remis sur pied en seulement deux mois. J'ai aussitôt voulu partager ça ! » Sa marque – naturellement baptisée Yogah – se positionne sur un marché estimé à plus d’un milliard d’euros en France selon le syndicat professionnel du chanvre.
Alors qu'à ce jour, le continent américain truste les ventes, Antoine Roux mise, lui, sur le made in France. Avec un écueil, cependant : la réglementation qui, si elle permet la commercialisation de produits à base de CBD, interdit toujours la culture du chanvre pour sa fleur. « Pour le moment, ce qui est permis en Europe ne l'est pas en France, dénonce le chef d'entreprise. Nous sommes donc obligés d'acheter de l'extrait en Allemagne et en Italie, ce qui représente environ 40 kilos de matières concentrées par mois. » Un extrait que la société toulousaine, en collaboration avec un laboratoire gersois, incorpore ensuite dans les différents produits qu'elle formule elle-même, avant de les distribuer par le biais de commerces de proximité et via son site internet.
Une expérimentation agricole
Dans la perspective d'une éclaircie réglementaire, La Financière du Chanvre a lancé en parallèle une initiative agricole, dans les Landes. « Mon frère, agriculteur, a planté 800 pieds de chanvre dans son exploitation, dans l'espoir que nous puissions à l'avenir procéder à l'extraction », explique Antoine Roux, qui livre un calcul éloquent : « Un hectare de maïs génère environ 2 700 euros de revenus. Un hectare de chanvre cultivé pour sa fleur en représenterait 560 000 euros. Une manne financière incroyable pour les agriculteurs, mais que, pour l'instant, la France interdit, pour des raisons conservatrices et dogmatiques... »
Pour le dirigeant, qui estime que « c'est la fleur qui fera le marché », le blocage réglementaire hexagonal est « un boulet aux pieds » des acteurs nationaux « par rapport aux autres pays européens ». Envisage-t-il, dans ces conditions, d'installer sa société dans un pays où la réglementation lui serait plus favorable, l'interroge La Lettre M ? « Pour le moment, nous n'en sommes pas là, répond Antoine Roux. Nous souhaitons que les pouvoirs publics soient raisonnables... »










