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Aveyron
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Agri - Agro
| 15/11/2021

En plein débat sur les OGM, RAGT Semences est victime de Faucheurs volontaires

Quatre-vingts personnes se réclamant du mouvement des Faucheurs volontaires se sont introduites le 10 novembre dans l’un des sites industriels de RAGT Semences, à côté de Rodez, et ont détruit « des milliers de doses de semences de tournesol », indique le groupe RAGT (siège à Rodez, 1 300 salariés, CA : 388 M€). Il s’agit de la 17e attaque de ce type subie par le groupe aveyronnais. « Nous avons porté plainte, comme nous l’avions fait les fois précédentes. Mais il ne se passe jamais rien. On ne sent aucun soutien de la part des pouvoirs publics », confie le groupe, contacté par La Lettre M.
Si les pertes financières restent minimes, le groupe s’inquiète pour les agriculteurs privés de semences. « Nous allons devoir trouver une solution alternative pour les producteurs qui avaient prévu de semer ce type de tournesol. » Car les Faucheurs volontaires s’en sont pris à une variété spécifique qu’ils estiment être une variété OGM. « Faux », répond la RAGT, qui rappelle que cette variété n’est pas un OGM car elle n’est pas issue de transgenèse mais de mutagenèse.

L'épineuse question des OGM
La mutagenèse, qui permet d’accélérer un processus naturel de croisement variétal et d’obtenir ainsi rapidement des variétés présentant des caractéristiques intéressantes (résistance aux agresseurs ou au stress hydrique par exemple), est actuellement autorisée par la loi. « Ce que nous faisons est totalement légal ! », martèle d'ailleurs Laurent Guerreiro, directeur général de RAGT Semences. Reste à savoir si cette pratique restera légale encore longtemps. Déjà interrogée sur le sujet, la Cour de justice de l’Union européenne avait déclaré en juillet 2018 que « les organismes obtenus par mutagenèse sont des OGM […] dans la mesure où les techniques et les méthodes de mutagenèse modifient le matériel génétique d’un organisme d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement ». Elle avait cependant rappelé dans le même temps que la directive européenne interdisant les OGM ne s’appliquait pas « aux organismes obtenus au moyen de certaines techniques de mutagenèse […] traditionnellement utilisées pour diverses applications et dont la sécurité est avérée depuis longtemps ».

Dans ce flou juridique, le Conseil d’État a demandé le 8 novembre 2021 à la Cour européenne de justice de bien vouloir expliciter ses déclarations et de définir clairement ce qu’est une « technique de mutagenèse traditionnellement utilisée pour diverses applications et dont la sécurité est avérée depuis longtemps ». En fonction de la réponse de l’instance européenne, les nouvelles semences issues de mutagenèse pourraient être interdites. « Dans ce cas, nous chercherons d’autres solutions, mais cela prendra beaucoup plus de temps, à un moment où les agriculteurs ont besoin d'innovations pour diminuer le recours aux produits phytosanitaires », conclut-on chez RAGT Semences.

Bérengère Bosi / bosi@lalettrem.net
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