Jalil Benabdillah (Région Occitanie) : « J’ai la même grille de lecture que les dirigeants »
Début juillet, Jalil Benabdillah est devenu le Monsieur Économie de la Région Occitanie. Cofondateur de l’entreprise alésienne SDTech (cinquante salariés, CA : 3,2 M€) spécialisée dans la micronisation, l’analyse et le traitement des poudres fines, le chef d’entreprise a mis fin à tous ses mandats et responsabilités (Ville et Agglo d’Alès, Leader Occitanie…) pour assurer ses nouvelles fonctions. Dans un entretien accordé à La Lettre M, le conseiller régional, vice-président chargé de l’économie, l’emploi, l’innovation et la réindustrialisation, fait le point sur les enjeux et objectifs de sa délégation pour les années à venir.
Vous étiez déjà un acteur très impliqué dans la vie économique locale, pourquoi vous être lancé dans cette nouvelle aventure ?
Je suis convaincu que l'entreprise est un acteur socio-économique clé et que les liens entre entreprise, bien-être et progrès sont forts. Sans être membre d’un parti politique, l’engagement politique m’a toujours intéressé. Et puis cela fait déjà un quart de siècle que je collabore avec la Région, d’abord Languedoc-Roussillon, puis Occitanie. Mon implication n’est pas récente. J’ai participé à plusieurs missions organisées par la Région, notamment dans le cadre de ma présidence du réseau d’entreprises Leader Occitanie.
Votre profil de chef d’entreprise est-il un atout pour assurer vos fonctions ?
Je suppose que la présidente de Région Carole Delga a estimé qu’il était opportun et pertinent de nommer un entrepreneur à ce poste en effet. Mon entreprise a traversé la crise sanitaire, nous avons dû souscrire à un PGE. Heureusement, personne n’a été licencié mais nous avons serré les dents. Je suis familiarisé à toutes les problématiques relatives à la vie de l’entreprise. J’ai la même grille de lecture que les dirigeants que je rencontre. Je ressens d’ailleurs une attente supérieure de la part des chefs d’entreprise du fait que j’en suis un moi-même et que je connais leur écosystème.
Quelles sont les priorités économiques de la Région pour ce nouveau mandat ?
Notre préoccupation majeure est clairement la relance pour le maintien et la création d’emplois. Pour cela, nous misons sur les filières régionales à fort enjeu telles que l’aéronautique où nous prévoyons d’accélérer sur l’avion à hydrogène et bas carbone, ainsi que l’aérospatiale. Bien sûr, la santé est un domaine clé de la Région, notamment à Montpellier avec le projet Med Vallée porté par Montpellier Méditerranée Métropole. Le numérique dont la crise sanitaire a démontré l’importance. La nécessité de prendre au plus vite le virage de la digitalisation est apparue très clairement. La Région a aussi de grandes ambitions dans l’économie sociale et solidaire puisqu’elle vise la place de première région de France à économie positive. Nous voulons continuer à déployer une offre forte. En matière d’énergie, l’Occitanie entend également atteindre son but en devenant la première région à énergie positive. Pour cela, nous avons lancé une expérimentation à laquelle une centaine d’entreprises régionales vont prendre part cet automne. L’idée est de réfléchir à la façon de les accompagner dans leur transformation durable. L’appel à projet est en cours.
Votre délégation comprend un volet dédié à l’innovation. Quels outils seront déployés pour la soutenir ?
Nous avons par exemple lancé le programme « Industrie du Futur » en vue d’accompagner 400 entreprises régionales. Un budget de 6,8 M€, financé à 50 / 50 par l’État et la Région Occitanie, est prévu pour sa réalisation. Il devrait débuter à l’automne. Rappelons aussi que l’État va progressivement transférer une partie des fonds fléchés vers les pôles de compétitivités, moteurs de l’innovation, aux Régions. L’Occitanie compte huit pôles qui, d’ici à 2023, seront régionalisés. Je suis d’ores et déjà leur interlocuteur pour définir leur feuille de route. L’Occitanie se mobilise aussi pour identifier des projets susceptibles de bénéficier du quatrième Programme d’investissements d’avenir (PIA 4), doté de 20 Md€. 500 M€ sur ce programme sont régionalisés dont 44 M€ pour l’Occitanie. Ces fonds pourront être débloqués à la condition que la Région mobilise des sommes équivalentes. Cela signifie donc, que via ce PIA 4, 88 M€ sont disponibles pour financer des projets innovants.
Qu’est-il prévu pour les secteurs les plus durement touchés par la crise sanitaire ?
Le fonds anti-faillite, doté de 100 M€, soutient ces entreprises. Quelque 1 200 structures ont d’ores et déjà été identifiées. Il vise à accompagner les sociétés qui se sont le plus endettées durant la pandémie afin de renforcer leurs fonds propres et les aider à rembourser leur prêt garanti par l’État et à honorer leurs engagements notamment auprès des banques. Je pense bien sûr aux industries culturelles et créatives qui ont subi le choc sanitaire de plein fouet. Nous allons les accompagner financièrement et dans leur stratégie. Nous tenons aussi à cibler tous les territoires, aucun ne doit être à la traîne.
Comment répondre aux importants besoins des entreprises en main d’œuvre et en formation ?
Il est vrai qu’il y a encore quelques années, les entrepreneurs évoquaient essentiellement des soucis de financement. Aujourd’hui, la problématique c’est le recrutement. Notamment dans le tourisme et la restauration. Il n’y a pas de solution miracle mais nous travaillons avec tous les organismes de formation pour adapter l’offre aux besoins. Nous prévoyons d’ailleurs d’organiser une conférence annuelle pour l’emploi réunissant tous les acteurs économiques, de la formation, de l’emploi… Nous poursuivons l’organisation des salons TAF dans les territoires. La Région a également lancé l’application Anie qui met en relation employeur, apprenti, stagiaire de la formation professionnelle ou élève de troisième. Nous avons déployé déjà un certain nombre d’outils et avons pour ambition de créer 100 000 emplois de demain, dans les filières nouvelles, d’ici à la fin de ce nouveau mandat.










