« Moins d'avions, plus d'emplois » : le pavé dans la mare d'un collectif toulousain
« Moins d'avions, plus d'emplois » : c'est le titre du rapport choc publié le 31 août par le collectif toulousain « Pensons l'aéronautique pour demain », un an après sa création*. Un pavé dans la mare, dans une région Occitanie qui concentre plus de 110 000 emplois dans un millier d'entreprises aéronautiques et spatiales. « L’urgence de la crise environnementale liée au réchauffement climatique et à l’extinction massive de la biodiversité exigent des changements forts et rapides, y compris pour le secteur de l’aérien, dont les GES (gaz à effet de serre) sont en croissance annuelle de 5 % hors crise Covid-19 », martèlent en préambule les auteurs du rapport. Si le collectif estime que le délai qui devrait être nécessaire au secteur aérien pour lancer son fameux avion « vert » est, en soit, « explicable », il ne le considère cependant « pas acceptable en l'état ». Sa solution ? « Diminuer le niveau de trafic aérien mondial », ce qui signifie, par effet de ricochet, « une baisse du nombre d'avions neufs à construire ». Une équation qui semble « conduire à l'impasse » la région Occitanie, très dépendante de l'activité aéronautique, elle qui abrite le siège mondial du géant Airbus.
Des recommandations pour l'Occitanie
Le collectif, qui rejette « les termes d’extrémistes ou de radicaux dans lesquels veulent nous enfermer certains contradicteurs », entend proposer un certain nombre de recommandations « permettant de réconcilier l'emploi et l'environnement dans une région en mono-industrie ». Des pistes regroupées en quatre grandes thématiques. Tout d'abord, « Repenser le contexte dans lequel évolue le secteur aéronautique », avec notamment un « rapport au travail (durée, sens) » devant être réimaginé. Deuxième thématique : « Contraindre le trafic aérien ». « “L’avion vert”, basé sur les mécanismes technologiques en rupture comme l’hydrogène ou les biocarburants durables, ne permettra pas de répondre aux enjeux du réchauffement climatique : le trafic aérien doit diminuer et des mesures doivent être prises pour permettre une inflexion par rapport à la tendance actuelle, estiment les auteurs du rapport. La taxation de l’aérien permettra de financer les investissements liés à la réduction des GES du secteur. » Troisième grand thème, chapeautant lui aussi toute une série de recommandations : « Organiser la transformation à long terme du territoire régional ». « Les citoyens doivent participer à l’établissement d’une nouvelle vision pour la région en 2040, compatible avec les scénarios à 1,5° C du GIEC, en prenant en compte l’impact de chacun de ses secteurs d’activité, secteur aéronautique inclus, ainsi que les émissions de GES liées aux échanges de biens (importations/exportations) », estime le collectif. Enfin, la quatrième thématique, complémentaire, est intitulée : « Initier la diversification et la reconversion du territoire sur le long terme ».
À noter qu'en avril dernier, l'association Tompasse, qui regroupe une vingtaine d'industriels régionaux des secteurs de l'aéronautique, du spatial et des systèmes embarqués, mais aussi des représentants d'institutions régionales comme l'UIMM et la CCI, avait elle aussi formulé des pistes de réflexion, visant cette fois-ci, dans une toute autre logique, à faire « redécoller l'aéronautique régionale », fortement chahutée par la crise.
* Le collectif « Pensons l'aéronautique pour demain », créé durant l'été 2020, rassemble une diversité d'acteurs : le collectif de salariés de l’aéronautique Icare ; Toulouse en Transition ; AMD Toulouse ; l’Atecopol, la Coordination CGT de l’aéronautique ; l’EAS (Étudiants pour une aéronautique soutenable) ; le CCNAAT, Collectif des riverains d’ATB ; Attac Toulouse ; l’UPT ; le Manifeste pour l’Industrie ; la Fondation Copernic ; le Collectif « Non au T4 ».










