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Haute-Garonne
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Commerce - Artisanat / Communication - Médias
| 22/09/2020

Comment Nap rebondit après le naufrage de Presstalis

Quand on lui demande si Nap est impacté par la crise, son président Arnaud Ayrolles est tenté de répondre : « Laquelle ? » Le groupe de distribution toulousain (250 salariés, 130 M€ de chiffre d’affaires) affiche en effet des performances « plutôt intéressantes » lors des premières semaines de confinement, car le réseau de 1 300 enseignes Maison de la Presse, Mag Presse et Point Plus qu’il développe et anime fait partie des commerces autorisés à rester ouverts à cette période. « Les chiffres sont très disparates au sein du réseau mais les magasins de centre-ville ou centre-bourg s’en sont bien sortis, grâce à leur offre diversifiée de tabac, presse, papeterie, jouets, etc. À l’échelle du groupe, l’activité de la centrale d’achat a progressé de 25 % », confie-t-il à La Lettre M. Mais alors que le déconfinement s’opère progressivement, une décision de justice tombe, lourde de conséquences pour le secteur de la distribution de la presse. Le 15 mai, le groupe Presstalis, en difficultés depuis plusieurs années, est placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Paris. Deux de ses filiales régionales - Soprocom et SAD, notamment présente à Toulouse - sont liquidées sans poursuite d’activité. S’ensuivent plusieurs semaines de perturbations de la distribution de la presse partout en France.

D’un extrême à l’autre

Une accalmie se dessine le 1er juillet avec la création de France Messagerie, qui reprend les principaux actifs de Presstalis avec le soutien de journaux quotidiens. « Jusqu’à juillet, la situation était catastrophique avec une activité presse chutant de -15 à -80 % dans certains points de vente, analyse Arnaud Ayrolles. Puis on est passé d’un extrême à l’autre, avec un réseau inondé de titres pendant l’été par des éditeurs tentant logiquement de rattraper leurs pertes. Dans nos chiffres, ce phénomène hors norme s’est traduit par une hausse globale de 2 %, qui s’explique par ces quantités astronomiques de journaux mises sur le marché. Cette situation est en train de se normaliser, avec le renvoi des gros tirages de l’été, mais, à l’opposé, certaines zones ne sont pas livrées en presse depuis quatre mois, comme à Marseille où la situation est ingérable pour les marchands de journaux. » Pour le président de Nap, « la crise de Presstalis a clairement eu un impact plus lourd sur notre activité que la crise sanitaire ».

De nouveaux développements dans le digital

D’autres mutations se profilent déjà, consécutives à la réforme de la loi Bichet qui réglemente la distribution de la presse écrite en France depuis 1947. La loi du 18 octobre 2019 relative à la modernisation de la distribution de la presse va notamment bientôt donner aux marchands de journaux une plus grande marge de manœuvre dans le choix des titres qu’ils vendent (hormis ceux d’information politique et générale) et ouvrir le marché de la distribution à de nouveaux acteurs, dont le capital ne sera plus obligatoirement détenu par des coopératives d’éditeurs. « Cette loi change la donne et va se traduire par de nouvelles offres au sein de notre réseau, notamment en termes de digital », glisse Arnaud Ayrolles.

La crise suscite des vocations

Un challenge loin de déplaire au Toulousain et à ses deux associés fondateurs, Jean-Charles Navajas et Olivier Piraud, récompensés l’an dernier pour leur stratégie de modernisation et de diversification par un trophée de l’innovation presse. Début 2020, Nap a d’ailleurs lancé une nouvelle enseigne, baptisée Point Plus. Envoi de colis, dépôt de pain ou encore snacking et café à emporter complètent l’offre presse, tabac, jeux et confiserie de ces « drugstores de proximité ». À ce jour, « l’évolution d’une quarantaine de magasins du réseau vers la marque Point Plus est engagée et quinze ont déjà effectué cette conversion », indique Arnaud Ayrolles. Un fonds de transformation est d’ailleurs mobilisable jusqu’au 31 décembre 2021, afin d’aider les buralistes qui souhaitent diversifier leur offre de services hors tabac et réaménager leur point de vente. Plafonnée à 33 k€, l’aide est conditionnée à la réalisation d’un audit préalable par un groupe spécialisé tel que Nap ou une CCI par exemple. « Nous réalisons entre 200 et 250 audits de ce type par an », précise Arnaud Ayrolles, qui note par ailleurs un regain d’intérêt pour les trois enseignes du groupe. « La crise que nous traversons a semble-t-il modifié les plans de certains entrepreneurs qui, il y a quelques mois encore, songeaient à ouvrir un restaurant par exemple. Actuellement, nous recevons quatre à cinq demandes par semaine de porteurs de projet souhaitant rejoindre notre groupe, qu’ils identifient de plus en plus comme un réseau de commerces d’utilité publique. »

Aline Gandy / gandy@lalettrem.net
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