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Haute-Garonne
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Aéronautique et spatial
| 30/06/2020

Aertec mise sur la diversification

«Un coup d'arrêt brutal ». C'est ainsi que Philippe Billebault, président d'Aertec, décrit à La Lettre M la situation vécue par le groupe aéronautique de 245 salariés, spécialisé dans l'aérostructure et la maintenance, la peinture et le traitement de surface, mais aussi l'ingénierie et la fabrication d'équipements cabine. Après avoir investi 3,5 M€ l'an dernier dans la création d'un site dédié à la production de kits de moquette et la confection de textiles techniques à Saint-Martin-du-Touch, Aertec a perdu 65 % de son CA en avril, 40 % en mai et anticipe « une baisse de 35 % en juin ». Pour faire face, le groupe a sollicité – et obtenu – un PGE de 4 M€ et n'exclut pas « un complément d'ici à la fin de l'année, si besoin », indique le dirigeant. Il a par ailleurs été contraint de réduire la voilure en termes de ressources humains, se séparant d'intérimaires et de salariés en CDD, tout en planifiant le licenciement de neuf personnes en CDI. « Nous allons par ailleurs être probablement amenés à nous séparer d'une quinzaine de personnes dans notre activité nautique, elle aussi fortement touchée par la crise », explique Philippe Billebault.

Diversification dans les masques
Un impact qui aurait pu être encore plus important si l'entreprise n'avait pas fait le choix, dès mars dernier, de repositionner ses équipes de Saint-Martin-du-Touch sur un nouveau marché : la fabrication de masques de protection grand public. « Nous avons investi 400 k€ dans notre parc machine, confie le dirigeant. Fin juin, nous aurons produit un million de masques, dont la moitié est déjà vendue. Certes, le marché s'est lui aussi retourné récemment, mais nous prévoyons une phase de réassort d'ici à la fin de l'année. » Le groupe va recevoir en août une nouvelle machine, dédiée cette fois-ci à la fabrication de masques chirurgicaux. Un investissement de 400 k€. « Nous souhaitons nous diversifier de façon pérenne, y compris dans les vêtements techniques », prévient Philippe Billebault. Aertec a enregistré 21 M€ de CA en 2019.

Et le “monde d'après” ?
La situation vécue actuellement par le secteur aéronautique peut être perçue comme paradoxale, analyse Philippe Billebault : « Au début de l'année, on disait qu'Airbus avait dix ans de commandes devant lui. Alors certains se posent la question : “Pourquoi réduire les cadences de production aussi fortement ?”. En réalité, Airbus, comme les autres avionneurs, a une vision de long terme. Toutes les compagnies aériennes ont reporté les livraisons d'avions. Et certaines d'entre elles, malheureusement, vont peut-être disparaître dans les prochains mois. » Pour les sous-traitants, c'est par conséquent un fonctionnement « au jour le jour » qui prévaut pour le moment. « Pour que la situation se rétablisse, il va falloir au moins un an et demi ou deux ans, estime le chef d'entreprise. Mais il est difficile de prévoir ce qui va se passer. C'est comme lorsque l'on essaye d'allumer un feu : au début, ça a du mal à prendre, et brusquement, tout s'enflamme. » En attendant, le capitaine d'industrie observe avec attention l'état du trafic aérien. « Nous voyons que certains ne voudraient plus d'avions dans le ciel et parlent d'une nouvelle ère, confie-t-il. Mais je pense que les gens vont commencer à revoler, doucement. Si la pandémie reste contrôlée, le trafic va repartir. » D'ici-là, la période pourrait être propice aux opportunités. « Nous avons déjà été contactés par des interlocuteurs qui nous proposent des opérations de croissance externe à l'étranger, confie Philippe BillebaultTous les pays, en effet, n'ont pas eu la chance de bénéficier d'un soutien aussi fort que celui du gouvernement français... » A plus long terme, le dirigeant milite pour une réindustrialisation en France, tout en vantant la nécessité pour les acteurs de la filière de développer des produits en propre. « Nous voyons aujourd'hui certains grands sous-traitants, particulièrement dépendants de leurs clients, souffrir beaucoup, explique-t-il. Quand on s'appuie sur ses propres produits, on ne vise pas un client, mais un marché. Et, la plupart du temps, un marché se maîtrise mieux qu'un client. »

Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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