[Covid-19] Philippe Saurel : « il faut trouver avec les entrepreneurs et les consommateurs les réponses qui nous permettront de modifier nos habitudes d’avant »
- La Lettre M : Comment les entreprises de la métropole montpelliéraine ont-elles globalement encaissé la crise et le confinement ?
Philippe Saurel, maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole (DVG) : L’épidémie de Covid-19 a obligé la quasi-totalité des décideurs économiques à mettre à l’arrêt, du jour au lendemain, leurs activités. Cette crise sanitaire a un impact direct et sans précédent sur tout le tissu économique du territoire métropolitain. Ce n’est pas une crise que nous subissons, au sens de la crise des subprimes de 2008 par exemple. Ici, nous avons sciemment décidé d’arrêter l’économie du pays pour sauver des vies. Suite aux dernières publications de la Banque de France, de l’Insee et de Pôle emploi, il est constaté une perte d'activité de 27 % pour l'ensemble de l'économie française en fin de confinement - contre une baisse de 33 % en mars - et près de 30% sur le bassin d’emploi de Montpellier. La perte d’activité économique estimée par branche est globalement cohérente avec les demandes d’activité partielle, soit une perte de l’ordre de 3 points de croissance annuelle du PIB par mois de confinement. Désormais, il faut que le redémarrage que nous impulsons nous permette de retrouver notre niveau de développement économique, sans mettre en danger la santé des habitants du territoire.
- Craignez-vous une importante crise économique à venir sur le territoire de la métropole ?
La Ville et la Métropole de Montpellier ont choisi d’agir très rapidement. Dès le début de la crise, j’ai souhaité la mise en place d'un plan de soutien de 50 M€ pour répondre dans un premier temps à la détérioration de la trésorerie des entreprises les plus touchées, comme les indépendants et les TPE. Nous avons mis en place plusieurs mesures très concrètes pour soutenir l’économie réelle. Ces mesures s’ajoutent aux dispositifs complémentaires de l’État et de la Région. Une aide aux loyers, jusqu’à 500 €, a été notamment mise en place pour les établissements qui ont dû fermer ou ceux qui ont eu une perte de chiffre d’affaires de plus de 50 %. Cette aide est reconduite sur le mois de mai.
- Dans le cadre de la reprise, y a-t-il des secteurs qui vont faire l’objet d’un soutien particulier ?
L’économie métropolitaine est structurée de manière hétérogène et n’est pas dépendante d’un grand secteur industriel, évitant ainsi un effet domino dangereux pour le tissu économique. C’est parfois un inconvénient, mais cela peut aussi être un atout. Comme je l’avais déjà annoncé, nous mettons en place un observatoire économique pour mesurer de manière précise l’impact économique de la crise dans le temps et prendre ainsi les mesures les plus adéquates. D’ores et déjà, la Ville et la Métropole de Montpellier facilitent la reprise de l’économie de proximité à travers la distribution de matériel de protection, la mise en place de circuits de distribution alimentaire pour favoriser l’achat local. Enfin, le commerce de proximité et le tourisme seront aussi des secteurs à soutenir en priorité.
- La pandémie a permis à certains secteurs, comme celui de la santé, de se démarquer. Cela peut-il profiter à l’image de Montpellier capitale santé?
Montpellier Méditerranée Métropole mène depuis plusieurs années une politique de soutien à la création, au développement, à l’implantation et à l’internationalisation d’entreprises issues du secteur de la santé. Les synergies entre les entreprises, les laboratoires académiques et les centres de formation sont aussi favorisées. La faculté de Médecine de Montpellier a 800 ans cette année. C’est un événement concret et c’est l’ADN de Montpellier et de son territoire. Montpellier Capitale Santé est une réalité tangible, et nous avons bien vu que les acteurs du monde médical à Montpellier étaient bien en première ligne. C’est notre richesse, et demain, Montpellier sera présente lors des travaux de remise à niveau du système de santé, avec l’ensemble de ses acteurs (CHU, ARS…), et je m’y emploie.
- Cette crise sanitaire vous amène-t-elle à revoir la stratégie économique de la métropole ? On parle beaucoup dans ce « monde d’après », de l’importance du territoire, du local, du rapprochement entre consommation et production, des circuits courts donc. Comment la métropole peut-elle répondre à ces attentes ? L’industrie pourrait-elle se refaire une place ?
La stratégie économique de la Métropole a beaucoup évolué ces dernières années et se construit notamment autour de l’innovation, l’agroécologie et l’alimentation, le développement du commerce, l’artisanat local ou encore le tourisme de demain. Elle a évolué depuis mon élection, en anticipation des mutations que nous vivons, pour être en conformité avec ce qui nous attend demain. Un exemple avec notre site internet BoCal (Bon et Local, NDLR) créé en 2017, nous avons ainsi plus de 400 points de ventes, points de retraits et réseaux de distribution de paniers, totalement acquis à la cause des circuits courts et de l’alimentation de qualité. Il faut tirer les enseignements de cette crise, se poser les bonnes questions, et tenter de trouver ensemble, avec les entrepreneurs et les consommateurs, les bonnes réponses, celles qui nous permettront d’avancer et de modifier nos habitudes « d’avant » pour bâtir un monde meilleur.
Il y a une opportunité, bien sûr, pour l’industrie ! Nous avions d’ailleurs déjà lancé la démarche Montpellier Industrie Positive, favorisant une industrie pionnière, responsable et engagée. Elle est encore plus d’actualité aujourd’hui. Mes équipes avaient déjà commencé à réfléchir à une nouvelle culture d’entreprise, plus agile, plus respectueuse de l’environnement et du bien-être de ses salariés, et je m’en félicite. Ces entreprises de l’économie positive sont également plus performantes économiquement. C’est donc un cercle vertueux que nous souhaitons engager. Le Manifeste de Montpellier, que j’ai proposé en 2019, était une première pierre ! Un territoire souverain, autonome, et qui gère ses ressources, sa ressource. Nous devons poursuivre dans cette voie avec encore plus de motivation, en apprenant des formidables élans de solidarité qui ont vu le jour pendant cette crise sans précédent.










