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Pyrénées-Orientales
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Transports - Logistique
| 14/05/2019

Le train de primeurs Perpignan-Rungis menacé

Le train des primeurs reliant la gare de marchandises de Perpignan et le marché d’intérêt national de Rungis doit cesser de circuler le 30 juin, sur décision de Fret SNCF, indique Gérard Malaure, DG de Primever (Agen-47), maison-mère des Transports Roca (47 salariés, 8 M€ de CA). Ce train est tracté par Fret SNCF et chargé par deux sociétés catalanes (Rey et Roca). La décision « nous a été notifiée début 2019, Fret SNCF prétextant la vétusté des 25 wagons frigorifiques, datant d’une quarantaine d’années ». L’arrêt du train équivaudrait à mettre sur les routes chaque jour 80 semi-remorques. Outre l’enjeu environnemental et social, l’arrêt du train induirait l’investissement dans l’acquisition ou la location de 80 semi-remorques et le recrutement d’une main-d’œuvre spécialisée. Selon Le Monde, Rungis a fait savoir qu’il était prêt à verser 300 k€ aux deux exploitants de la ligne, pour les aider à « louer temporairement » des wagons frigorifiques plus modernes.

Reconversion des salariés

Le dirigeant poursuit : « Fret SNCF ne procède plus à l’entretien et à la réparation des wagons, déjà obsolètes. Il sera très difficile de le maintenir quelques mois supplémentaires dans cet état, et je n’ai pas entendu d’investissements dans des wagons neufs. Or, il faudrait deux ans pour se faire livrer le nombre de wagons dont nous aurions besoin. On est dans une impasse. Les choses s’emballent médiatiquement au moment où nous nous trouvons dans l’urgence. Il aurait fallu avoir ce débat fin 2018, sereinement, pour trouver une solution collégiale entre SNCF, acteurs privés et metteurs en marché (expéditeurs et grossistes) », analyse-t-il. Le groupe Primever (2 600 salariés, 430 M€ de CA), qui a racheté les Transports Roca en mars 2018, réfléchit à un plan de reconversion des 47 salariés perpignanais, spécialisés dans l’organisation de transports (commercialisation et organisation des tournées) et la manutention. « Nous établissons un état des lieux de chaque collaborateur : son ancienneté, son cursus… » Roca étant transporteur ferroviaire depuis 40 ans, certains salariés sont « très anciens, et ne savent faire que ça », ce qui complexifie les pistes de reconversion.

Réactions politiques

Plusieurs politiques sont montés au créneau ces derniers jours pour soutenir ce train des primeurs, symbole du transport durable et de protection de l’environnement. « J'ai écrit au président de la SNCF pour l'alerter sur ce non-sens économique et écologique », a écrit sur Twitter Carole Delga, présidente PS de la Région Occitanie. Valérie Pécresse, son homologue LR de la Région Île-de-France, évoque une « décision absurde (...), contresens écologique absolu ». Contacté par La Lettre M, le ministère des Transports n’a à ce jour pas répondu. Rungis se dit prêt à débourser 300 k€ pour aider Roca et Rey à « louer temporairement » des wagons plus modernes, indique la Semmaris, société gérant le marché d'intérêt national (MIN) de Rungis. Le marché francilien a tout intérêt à conserver le train : la Région, le Conseil départemental et la SNCF ont investi 20 M€ il y a dix ans dans la modernisation de sa gare. La ministre des Transports, Elisabeth Borne, a déclaré, le 10 mai sur LCI : « Je ne peux pas m’y résoudre », assurant vouloir réunir cette semaine « l'ensemble des acteurs » pour « trouver une solution », sans plus de précision. 

 

 

Hubert Vialatte / redaction.montpellier@lalettrem.net
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