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Hérault
| | 17/12/2015

Mohed Altrad « pas sûr » de rester président de France Entrepreneur

Nommé le 20 octobre président de la nouvelle agence France Entrepreneur* par François Hollande, l’entrepreneur franco-syrien Mohed Altrad (Altrad Group, 17 000 salariés, 1,57 Md€) n’a aujourd’hui « pas la certitude de pouvoir accomplir cette mission correctement » au regard du fonctionnement actuel des aides publiques dans les quartiers prioritaires. « Sur les 2,5 Md€ injectés par l’Etat dans les quartiers prioritaires, 80 % vont à Pôle emploi, à des prêts d’honneur de France Initiative, à des exonérations fiscales pour la création d’entreprises, à des associations comme l’Adie… Mais, au final, il n’y a pas grand-chose qui va directement aux agents économiques de ces quartiers. De plus, il n’y a pas de mesure de l’efficience de ces investissements. On ne sait même pas ce qu’ils rapportent à la fin », confie à La Lettre M Mohed Altrad.

« Je ne ferai rien tout seul »

« Si c’est pour partir sur les mêmes principes, où l’argent part surtout dans des frais de fonctionnement alloués à des réseaux et des personnes qui courent les cocktails avec un badge tricolore (sic), je ne vois pas ce que j’ai à faire là-dedans, tacle le président du club de rugby de Montpellier, par ailleurs élu Entrepreneur de l’Année par EY/L’Express en septembre. Je veux bien être instrumentalisé et jouer ‘'l’Arabe de service’', si les choses vont dans le bon sens. Moi, je veux aller dans ‘'les’' Paillade (quartier populaire de Montpellier, NDLR) de France, parler aux gens, créer une BPI des pauvres, nommer un entrepreneur référent dans chaque secteur, utiliser la BPI et la Caisse des Dépôts comme relais. Je suis prêt à le faire, mais je veux avoir la garantie de pouvoir le faire correctement. Je ne ferai rien tout seul. Les organismes existent déjà, mais il faut qu’ils fonctionnent différemment dans les quartiers. Sinon, cela ne m’intéresse pas : je ne cherche pas un job », ironise la première fortune du Languedoc-Roussillon (1 milliard d'euros selon Challenges, 61e fortune professionnelle de France).
Mohed Altrad, originaire de Raqqa, actuel fief de l’Etat islamique, voit dans cette mission donnée par l’Elysée un moyen de « créer de l’emploi. C’est mon seul intérêt ». Il dit avoir été informé de cette nomination « par téléphone, le matin même de l’annonce par le chef de l’Etat (annonce faite lors d’un déplacement à La Courneuve, NDLR). On ne m’a pas laissé le choix. Mais apparemment, ça se passe toujours comme ça », raconte-t-il.
11,5 millions de Français vivent dans 1 500 quartiers prioritaires. Le taux de chômage y culmine à 50 % et la pauvreté y est deux fois plus élevée qu’ailleurs.
Mohed Altrad présentera les résultats annuels de son groupe (échafaudages, bétonnières, brouettes, services aux industries, siège : Montpellier) ce mercredi 23 décembre à La Grande-Motte, devant 300 collaborateurs venus des différentes filiales. Avec le rachat du néerlandais Hertel (services), début 2015, Altrad Group a doublé de taille et devrait s’approcher, sur le prochain exercice (exercice clos fin août) des 2 milliards d’euros de CA, assure son président. Un livre-anniversaire sera distribué mercredi prochain, à l’occasion des 30 ans du groupe.

* L'agence a pour vocation d'accompagner des porteurs de projets issus des quartiers difficiles et de favoriser la création de TPE et PME.

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