Hydrogène décarboné : l'Occitanie accélère
« Vous avez ici une pépite d’avenir. La bataille de l’hydrogène, c’est celle de l’écologie, de l’industrie et de la souveraineté. » En visite à Béziers (34) le 16 novembre au sein de l’usine de fabrication d’électrolyseurs à haute température Genvia produisant de l’hydrogène décarboné, le président de la République Emmanuel Macron joint la parole aux actes. Il annonce l’octroi de 200 M€ à la société biterroise au titre du programme européen IPCEI (Important Projects of Common European Interest). Les crédits doivent permettre à la structure créée en mars d’accélérer la mise en production de sa technologie encore au stade préindustriel. Elle veut créer 500 emplois à l'horizon 2030 contre une quarantaine à ce jour. L’implantation d’une giga-usine est prévue entre 2024 et 2027 et la commercialisation envisagée à horizon 2024. Un des électrolyseurs produit sera notamment déployé dans l’usine ArcelorMittal de Saint-Chély d’Apcher (Lozère), partenaire du Bitterois.
Plan régional
Au-delà de Béziers, Emmanuel Macron annonce abonder de 1,9 Md€ une enveloppe nationale déjà dotée de 7 Md€ pour la filière dans le cadre de France 2030, l'ambition étant de créer un leader mondial. Stéphane Arnoux, DG d'Hyd'Occ à Port-La Nouvelle (11) et délégué régional de France Hydrogène en Occitanie, voit d’un bon œil ce volontarisme de l’État. Son entreprise projette de produire 6 000 t d’hydrogène décarboné sous deux ans dans le cadre du projet Corridor H2 : « Cette impulsion financière est rassurante et nous oblige à aller plus vite. »
De son côté, la Région Occitanie a voté en 2019 un plan de développement de la filière de 150 M€. L’objectif ? Devenir la première région européenne à énergie positive en 2050. Pour l'atteindre, un écosystème se fédère dans l’industrie, la construction et les transports. Parmi les initiatives, l’implantation d’un futur centre européen des mobilités terrestres décarbonées porté par la communauté d’agglomération de l’Albigeois. Dès 2022, elle investira 10 à 12 M€ dans de futurs bâtiments. Toujours à Albi, l’entreprise Safra se pose comme un acteur de pointe dans le bus à hydrogène et pourrait vite obtenir des aides de l’État, selon des sources élyséennes.
Pari risqué
Autres actions notables : le futur technocampus de Francazal (31), destiné à l’avion vert, ou le projet HyPort, porté par Engie et l’Arec, pour implanter des stations rechargeables de véhicules à l’aéroport de Blagnac. Toulouse vient aussi d’accueillir la start-up Universal Hydrogen, qui développe des kits de conversion transformant les turbopropulseurs actuels. Enfin, le premier train à hydrogène vert, réalisée par l’usine Alstom à Tarbes (65), circulera en 2023 sur la ligne Montréjeau-Luchon.
Mais bien que prometteur, le pari de l’hydrogène décarboné est risqué. La technologie reste coûteuse et demande à être rentabilisée. Sans oublier la question de la surconsommation, ajoute Stéphane Arnoux : « il ne faut pas que ces annonces nous fassent perdre de vue la nécessaire baisse des consommations énergétiques dans tous les secteurs. »










