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Haute-Garonne
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Aéronautique et spatial
| 25/01/2021

« Tout sera fait pour sauver la filière aéronautique », martèle Bruno Le Maire à Toulouse

Report du remboursement des PGE (prêts garantis par l’État), prolongation de l’APLD (activité partielle de longue durée) et soutien aux investissements. Invités à rencontrer le ministre de l’Économie lors de son déplacement à Toulouse le 22 janvier, une dizaine de dirigeants d’entreprises de la filière aéronautique ont rappelé à Bruno Le Maire l’importance de l’accompagnement de l’État et la nécessité de maintenir les différents dispositifs d’aides dans un contexte plus que difficile.

Délais supplémentaires

« Mon entreprise a massivement investi ces dernières années, notamment dans la construction de cinq hangars destinés à accueillir les avions de nos clients, soit 15 M€ par bâtiment. Or, compte tenu de la baisse de la production, notamment chez Airbus, deux de ces cinq hangars sont actuellement vides. Pourrons-nous bénéficier d’étalements plus importants pour le remboursement des PGE au regard des montants investis ? », s’interroge ainsi Grégory Mayeur, PDG de Satys (siège à Blagnac, 2 200 salariés, CA : 212 M€), sous-traitant spécialisé dans la peinture aéronautique. Une inquiétude partagée par le directeur général d’Eca Aerospace, Gilbert Rosso, dont l’entreprise accuse une baisse d’activité de l’ordre de 35 % : « Nous sommes conscients que cette crise sera longue, ce qui va nécessiter un soutien dans la durée. Nous avons fait appel aux différents dispositifs gouvernementaux. Ces derniers nous permettent aujourd’hui de poursuivre nos développements sur différents produits afin de rester l’un des leaders dans le domaine de la localisation d’aéronefs en détresse. Mais je m’interroge sur les délais de remboursement des PGE qui nous seront accordés, ainsi que sur la poursuite de l’APLD par rapport à la durée de cette crise qui pourrait durer encore quatre années supplémentaires. »

Soutien à l’investissement

En réponse à ces interrogations, Bruno Le Maire se dit prêt à travailler sur deux idées : « La première consiste à repousser le fonds d’investissement dans la filière aéronautique du Corac (Conseil pour la recherche aéronautique civile, NDLR) au-delà de 2022. Cela me paraît une mesure de bon sens puisque la crise dans le secteur aéronautique devrait durer jusqu’en 2023-2024. » Bruno Le Maire est également favorable à l’idée d’étudier un étalement des remboursements des PGE attribués aux entreprises du secteur. « Une des spécificités de l’aéronautique est que les investissements peuvent être extrêmement lourds. Et le montant des PGE accordés se chiffrent en millions ou en dizaine de millions d’euros. Ce n’est pas la même chose à rembourser. Il faut peut-être prévoir un étalement plus long que les six ans qui ont été prévus, à savoir un différé de remboursement de deux ans et un étalement de quatre ans. Je propose pour certains cas spécifiques de négocier un étalement plus long avec la Commission européenne. »

Diversification et consolidation

Plus largement, Bruno Le Maire entend faire de cette crise une opportunité pour l’ensemble de la filière. « Sortez tous les projets que vous avez dans vos cartons, nous les financerons, la crise doit être un accélérateur de technologie. C’est maintenant qu’il faut investir, martèle-t-il aux dirigeants. Je suis là pour apporter mon soutien à l’ensemble de la filière aéronautique et rassurer les salariés et les industriels, du plus petit sous-traitant jusqu’au grand groupe tel qu’Airbus ou Liebherr. Nous en avons encore pour deux ou trois ans avant d’envisager un retour à la normale. Cette crise sera en effet comparable à celle de 1929. Tout sera fait pour sauver la filière aéronautique qui est l’une des plus touchées. Nous devons lui permettre de redémarrer vite. C’est un choix social avec les 300 000 emplois du secteur et un choix de souveraineté. Cette crise peut-être une opportunité pour la filière. Le secteur en sortira renforcé si nous engageons maintenant sa diversification et sa transition vers l’avion propre décarboné. »

Autre enjeu important pour la filière, sa réorganisation dans une logique de consolidation. « L’industrie aéronautique ne s’est pas suffisamment consolidée ces dernières années, commente Bruno Le Maire. Aucun effort n’a été fait dans ce domaine, car tout allait bien. Il y a une multiplicité d’acteurs qui ne sont pas tous suffisamment compétitifs et rentables, qui ont vocation à se rapprocher. Il faut donc profiter de cette crise pour inciter l’ensemble des acteurs à engager ces rapprochements. » En juin 2020, l'État a mis en œuvre un plan de soutien à la filière doté de 15 Md€.

David Danielzik/danielzik@lalettrem.net
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