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Région Occitanie
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| 9/06/2021

SPÉCIAL ÉLECTIONS REGIONALES : les programmes économiques des candidats

Ils seront neuf à s’affronter dans les urnes les 20 et 27 juin prochains. Neuf candidats en lice dans le cadre des élections régionales en Occitanie. Développement durable, relocalisation, aménagement du territoire, transports régionaux, tourisme... : La Lettre M fait le point avec les candidats sur les principales mesures de leurs programmes économiques.

  • CAROLE DELGA - « L’OCCITANIE EN COMMUN »

C’est entourée de plusieurs colistiers chefs d’entreprise que la candidate socialiste, pré- sidente sortante de la Région Occitanie, a présenté à la presse son programme écono- mique. « Il m’a toujours semblé important de travailler à partir des besoins exprimés par ceux qui connaissent le mieux le terrain », glisse-t-elle. Candidate à sa propre succession à la tête de la liste d’union de la gauche « L’Occitanie en commun », l’ancienne secrétaire d’État entend répondre à un double défi. « Tout d’abord, nous devons sortir de la crise sanitaire en gérant ses conséquences économiques et sociales, explique- t-elle. Au cours du précédent mandat, nous avons accompagné plus de 65 000 entreprises. Nous devons poursuivre nos efforts afin de faire en sorte qu’il n’y ait pas de casse. Nous le savons, dans certains secteurs comme l’aéronautique, le rebond pourra prendre plusieurs années. »

« Une croissance en conscience »
Second défi : profiter de cette période charnière pour « transformer notre économie ». « Face à l’urgence climatique, nous ne pouvons pas suivre le même modèle de développement qu’auparavant, estime la candidate. Nous devons préparer une croissance en conscience. » Une conscience qui, pour la présidente sortante, rime avec environnement. « Nous devons consommer moins de terres agricoles, générer moins d’artificialisation des sols, aider les entreprises à moins consommer et, bien entendu, développer toutes les énergies renou- velables », martèle l’élue, qui entend faire de la « réindustrialisation verte » sa priorité numéro un. Son objectif ? Créer 100 000 « emplois de demain » dans des secteurs porteurs comme les biothérapies, les énergies renouvelables (hydro- gène vert et éolien en mer), l’écoconstruction et les mobilités du futur.

Un fonds anti-faillite
L’habitat durable, en particulier, constitue une « grande cause » d’un potentiel deuxième man- dat, avec la création d’une filière régionale associant circuits courts, matériaux biosourcés et innovations. Objectif :« Stopper l’hypermétro- polisation en accompagnant les villes moyennes et les villages sur la question d’une construction et d’une rénovation plus vertueuses d’un point de vue énergétique. » La socialiste n’oublie pas les filières agricole, viticole et agroalimentaire régionales, mais aussi le tourisme, qu’elle veut « durable ». Par ailleurs, après avoir déployé l’Agence régionale des investissements stratégiques (Aris), le fonds Impulsion dédié à l’aéronautique, mais aussi une plateforme d’épargne citoyenne, Carole Delga souhaite lancer un « fonds anti-faillite » de 100 M€ tout en activant le levier de l’investissement public. « Quand on a une situation financière saine, ce qui est notre cas, il est normal que dans des moments de difficulté économique la commande publique soit présente », estime la candidate, qui entend par ailleurs poursuivre son soutien aux pro- jets de LGV, mais aussi aux ports et aéroports régionaux. S’appuyant sur son bilan, Carole Delga rappelle qu’en 2020, « l’aide régionale aux entreprises est passée de 250 M€ à 400 M€ ».

  • JEAN-PAUL GARRAUD - « RASSEMBLER L’OCCITANIE »

Interrogé par La Lettre M sur son programme économique, le député européen Jean-Paul Garraud, qui emmène la liste Rassemblement national avec le soutien de La Droite populaire, estime qu’en la matière, « tout est lié ». « Com- ment développer une bonne économie dans un monde présentant une telle instabilité ? », s’interroge-t-il, avant de préciser : « Ce qui est vital, la priorité des priorités, c’est le soutien au tissu de petites et moyennes entreprises. » Des structures qui, selon le candidat d’extrême droite, font face à plusieurs problématiques. « Les dossiers de demande d’aide sont d’une complexité impossible, estime-t-il. Beaucoup d’entreprises ont par ailleurs d’importantes dif- ficultés de recrutement. Le système n’est pas assez incitatif. »

Miser sur le localisme
Jean-Paul Garraud, qui souhaite participer au développement de l’agriculture et du tourisme territorial, estime que « la politique régionale n’a pas suffisamment soutenu le secteur aéro- nautique », touché de plein fouet par la crise. Le candidat reproche ainsi à la présidente sor- tante « une gestion sans vision ». « Des aides, des subventions... Mais quelles actions majeures ? », soupire-t-il, avant d’en appeler à la relocalisation industrielle. Dénonçant la mondialisation, qui est selon lui un « facteur considérable d’ag-gravation des problèmes environnementaux », le député européen y oppose le concept de « localisme ». « Il s’agit de privilégier les circuits courts, de favoriser une économie à échelle hu- maine, respectueuse de la planète, explique-t-il. Le localisme, ce n’est pas le repli sur soi : cela correspond à la volonté de nos concitoyens de consommer français. » Mais sur ce sujet comme sur d’autres, le candidat insiste : « La Région n’a pas tous les leviers. Il faut un changement de politique au niveau national. » Favorable à un « rééquilibrage des territoires », l’élu estime en revanche que cela suppose « une politique de transports ferroviaires et routiers adaptée ».

LGV, un projet « vital »
« La métropolisation a atteint ses limites, assure- t-il. D’ailleurs, la crise sanitaire l’a clairement révélé. La qualité de vie se trouve aussi dans nos campagnes. Je suis opposé aux grosses métro- poles tentaculaires. » Quid de la LGV ? « C’est un projet prioritaire, absolument vital, qui n’est toujours pas réalisé, regrette-t-il. Il n’y a pas de véritable montage financier. Et pour cause : à l’intérieur même de la majorité, il ne sont pas d’accord entre eux. »

  • MYRIAM MARTIN - « OCCITANIE POPULAIRE »

L’Ariégeoise Myriam Martin, conseillère régio- nale d’opposition, porte la liste La France Insoumise, notamment soutenue par le NPA et la Gauche démocratique et sociale (GDS). La mesure phare de son programme économique ? « Le bouclier social pour sauvegarder les emplois, maintenir le savoir-faire et préparer ceux de demain », explique-t-elle à La Lettre M. Pour la candidate, l’aide aux entreprises doit être « conditionnée à des critères sociaux et environnementaux : viser un taux de précaires le moins élevé possible avec des embauches en priorité en CDI, consommer moins d’eau, recycler davantage les déchets industriels... Un état des lieux des aides publiques permettra, in fine, de lutter contre le travail détaché dans le cadre de marchés publics. Une commission tripartite – Région, entreprises, syndicats – contrôlera les aides. »

Ĺ'agroécologie en priorité
Pour Myriam Martin, le secteur à qui les aides régionales doivent être destinées en priorité est celui de l’agroécologie. « Première région agricole de France, l’Occitanie connaît une augmentation de l’utilisation des pesticides dans l’agriculture productiviste, assure-t-elle. Il faut davantage aider l’agriculture maraîchère. 50 % de produits importés, c’est une aberration compte tenu du climat de la région. » La candidate n’en oublie pas pour autant le secteur aéronautique. « Après l’urgence, place au plan de transition pour soutenir la recherche et les initiatives vers la décarbonation de l’aviation : allongement de la durée de vie des avions, ruptures technologiques autour de l’hydrogène..., explique-t-elle. Cette diversification doit s’appuyer sur de la formation professionnelle pilotée aussi par la Région. Elle doit concerner tous les territoires, pas que les métropoles. »

Une « bifurcation » écologique
Myriam Martin l’assure : de son point de vue, la diversification industrielle peut rimer avec tran- sition écologique. « Les ingénieurs et techniciens des sous-traitants aéronautiques en difficulté nous disent qu’ils sont prêts à se reconvertir dans l’éolien, le transport ferroviaire, l’électronique embarqué... », confie-t-elle, martelant que « la bifurcation écologique est essentielle ». Sur ce front, la candidate souhaite lancer un vaste plan de rénovation thermique des lycées régionaux, mais aussi créer une agence d’ingénierie de l’eau « afin d’aider les collectivités à revenir dans une régie publique. L’eau doit échapper à la marchandisation. » Favorable aux circuits courts et à l’agriculture « durable, bio et paysanne », elle estime l’établissement public foncier régional « sous-utilisé ». Côté urbanisme, la candidate milite pour « de la densification, plus de verticalité. Toulouse et Montpellier connaissent un agrandissement assez anarchique. » Enfin, si elle n’est pas opposée « par principe » aux projets de LGV, Myriam Martin privilégie « l’aménagement de l’existant ».

  • ANTOINE MAURICE - « L’OCCITANIE NATURELLEMENT »

Candidat malheureux l’an dernier lors des élections municipales dans la Ville rose, Antoine Maurice porte cette fois-ci les cou- leurs de l’écologie au niveau régional. Le fil conducteur de son programme économique : « Faire de l’écologie la matrice de toutes les politiques publiques », explique-t-il à La Lettre M. En Occitanie, cela signifierait « partir de nos forces, comme l’agriculture, l’agroalimentaire et l’aéronautique, pour développer de nouvelles filières en lien avec la transition écologique ». Au sujet de l’aéronautique, moteur historique du territoire, le candidat livre une analyse nuancée. « C’est une industrie importante, qui est une force aujourd’hui, mais qui est aussi une fragilité, notamment pour l’ex-Midi-Pyrénées, qui se retrouve en situation de mono-industrie, analyse Antoine Maurice. Il faut diversifier les activités dans le ferroviaire et le nautisme, par exemple, tout en accompagnant la reconversion des salariés qui le souhaitent. Et en parallèle, il convient de tout mettre en œuvre pour réduire l’empreinte carbone du secteur. »

Un tourisme des quatre saisons
Le candidat souhaite par ailleurs que la Région puisse accompagner le développement de filières directement liées aux enjeux clima- tiques, notamment dans l’agroécologie, la rénovation énergétique des logements ou encore l’économie circulaire. Un dernier sec- teur « fortement créateur d’emplois », estime l’élu, qui souhaite que puissent travailler de concert des entreprises régionales présentant de « véritables complémentarités, les déchets des unes étant les ressources des autres ». Le tourisme, qui présente également selon lui une « fragilité » de par sa forte saisonnalité, pourrait être « repensé, avec un vrai modèle économique des quatre saisons permettant de valoriser des endroits qui ne le sont pas aujourd’hui », en misant notamment sur la culture.

Contre l'artificialisation
Pourfendeur du nucléaire et fervent défenseur des énergies renouvelables, Antoine Maurice a fait de la lutte contre l’artificialisation du foncier agricole l’un de ses chevaux de bataille. « C’est un enjeu fondamental pour favoriser la biodiversité, lutter contre le changement climatique et développer notre autonomie alimentaire, estime-t-il. Un nouvel équilibre territorial doit être construit. La métropolisation présente des risques. Nous avons besoin de revitaliser les villes moyennes et les villages. La densification, ce ne sont pas des tours de cinquante mètres de haut. C’est un équilibre. La Région peut aider à recréer des dynamiques. » Enfin, côté mobilités, le candidat écologiste, favorable à un nouveau maillage ferré autour des métropoles et sur le littoral, qualifie le projet de LGV Bordeaux- Toulouse de « mirage ».

  • AURÉLIEN PRADIÉ - « DU COURAGE POUR L’OCCITANIE »

Pour le député du Lot Aurélien Pradié, dont la liste associe Les Républicains, l’UDI et les Centristes, la priorité, en matière économique, est « que le territoire sorte renforcé de la crise qu’il traverse ». Pour cela, le candidat propose que la Région se dote d’un « fonds souverain dédié à l’accompagnement des savoir-faire régionaux », indique-t-il à La Lettre M. Un fonds de 75 M€ – avec un effet de levier permettant d’atteindre 250 M€ – qui associerait les pouvoirs publics à des investisseurs privés mais aussi à des citoyens désireux de soutenir des projets économiques locaux. Les interventions du fonds prendraient la forme d’apports au capital ou de prêts. Autre priorité du candidat : accélérer le temps de traitement des demandes de soutien formulées par les entreprises et inclure une « clause carbone » dans les marchés publics afin de favoriser les acteurs de proximité. Aurélien Pradié, qui souhaite accompagner l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs au travers de la mise en place d’un prêt à taux zéro régional dédié aux jeunes porteurs de projets, estime que « les pouvoirs publics ont beaucoup négligé les petites entreprises, qui sont pourtant elles aussi porteuses d’innovation. La petite épicerie locale est tout aussi stratégique que les grands acteurs des secteurs traditionnels comme l’agroalimentaire ou l’aéronautique, sur lesquels on ne pourra pas se contenter d’un accompagnement timide ». Concernant ce second secteur, fortement impacté par la crise, le candidat entend prodiguer un double soutien, associant « sauvegarde des emplois et conquête de nouveaux marchés ».

Sortir des « positions dogmatiques »
Sur la question de l’environnement, Aurélien Pradié dénonce des « mariages cachés » dans le cadre du scrutin régional. « Voter Carole Delga au premier tour, c’est s’assurer de voter écologiste au second », estime-t-il, fustigeant les « thèses décroissantes des écolos intégristes ». Défenseur du nucléaire – « On n’a pas trouvé d’énergie plus décarbonée » – et pourfendeur des éoliennes, qui « défigurent le paysage », il appelle à sortir des « positions dogmatiques » en la matière. Sur le sujet de la métropolisation, le député lotois en appelle au « pragmatisme ». « Pour que la population s’installe dans des territoires plus ruraux, il faut du foncier, indique-t-il. Je crois en notre capacité d’action locale. On peut libérer des espaces quand cela est nécessaire. L’artificialisation des sols ne doit pas être un “concept”. » Sur le front de l’aménagement territorial, l’élu dit ne pas croire aux « grands schémas qui n’alimentent que les cabinets d’études. Il n’y a pas de solution magique mais des actions concrètes permettant de dynamiser les petites villes et les villes moyennes ». Autre enjeu stratégique pour le territoire : le tourisme. Sur ce terrain, le candidat sou- haite à la fois accompagner la montée en gamme des structures d’accueil sur le littoral et soutenir le maillage des petits hôtels et restaurants de l’arrière-pays en misant sur « l’authenticité et la qualité ». Enfin, Aurélien Pradié, s’il souhaite que les projets de LGV avancent plus rapidement, entend également faire du développement des infrastructures routières « une priorité ».

  • VINCENT TERRAIL-NOVÈS - « NOUVEL ÉLAN POUR L’OCCITANIE »

Maire divers droite (ex-Les Républicains) de Balma, en Haute-Garonne, mais aussi conseiller régional d’opposition, Vincent Terrail-Novès porte la liste de la majorité présidentielle La République en Marche, également soutenue par le MoDem et le Mouvement radical. Sur le front de l’économie, l’élu porte un projet de « relance de l’activité et de l’emploi par le tourisme », explique-t-il à La Lettre M. « Je considère qu’en la matière, la Région dispose de trois grands leviers d’action, indique-t-il. Tout d’abord, bien former et orien- ter la jeunesse, puis favoriser l’investissement au sein des entreprises du territoire, et enfin créer de la richesse. Sur ce point, nous disposons en Occitanie d’un véritable gisement, le tourisme, qui présente de grandes marges de progression. Développer ce secteur nous permettrait de créer de la richesse supplémentaire et donc de l’emploi non délocalisable. »

L'espace et le climat
Autre filière particulièrement prometteuse, selon le candidat : le spatial. « Nous pouvons faire de l’Occitanie la région européenne de l’espace du futur », estime-t-il. Ainsi, selon le candidat, tout en continuant à soutenir le secteur aéronautique, notamment dans le champ de l’avion « vert », « nous pourrions utiliser nos savoir-faire dans le développement d’applications industrielles du spatial ». L’élu mise également sur le développement des énergies décarbonées et de l’économie circulaire. « Je souhaite que puisse être créé un Office régional de la résilience climatique et un inventaire des zones artificialisées », annonce le candidat.

Un « rééquilibrage régional »
Favorable au développement des circuits courts, Vincent Terrail-Novès nuance cependant : « La Région doit faciliter la création de magasins de producteurs car c’est un vrai plus pour les consommateurs. Mais nos agriculteurs ne vivront pas que de cela. » Militant d’un « rééquilibrage territorial », le candidat de la majorité présidentielle estime que cette période de crise peut favoriser « le retour d’un certain art de vivre ». « Pour amener de l’activité dans les territoires, y compris les plus ruraux, il faut développer les services publics et les structures de santé tout en continuant à investir dans les infrastructures routières et la desserte ferroviaire », analyse-t- il, estimant qu’en la matière, « l’ouverture à la concurrence des TER peut apporter beaucoup ». Favorable aux projets de LGV, Vincent Terrail-Novès assure cependant qu’en l’état, « les choses ne se feront pas rapidement » et milite pour des partenariats public-privé. Enfin, au chapitre des innovations programmatiques dédiées au champ économique, le candidat mise à la fois sur la création d’une Banque régionale pour la transition écologique, d’une Bourse numérique permettant de « faire grossir les PME en mobilisant l’épargne des habitants » et d’une plateforme dédiée au développement des commerces de proximité et des circuits agricoles courts.

Alexandre Leoty, avec Cyril Peter
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