A Sète, Ségolène Royal alerte sur la pollution de la Méditerranée
Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer, a déclaré samedi à la capitainerie de Sète que « la pollution de la Méditerranée ne doit plus être taboue, ni pour les stations d’épuration, ni pour les usines, ni pour les agriculteurs », après avoir échangé avec les pêcheurs et les conchyliculteurs, notamment sur l’amaigrissement des sardines et des anchois, phénomène imputé par l’Ifremer (Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer) à la hausse de température des eaux, au débit des fleuves et à la pollution.
Mme Royal a constaté « la dégradation de la biodiversité en Méditerranée, mer qui avait le plus grand potentiel de biodiversité. Ce potentiel se dégrade pour deux raisons : les pollutions, qui proviennent de tous les émissaires rejetant en Méditerranée car ils la considèrent comme une poubelle gratuite, et ça, c’est devenu maintenant inadmissible. Il faut mettre un coup d’arrêt à ce principe. Et, bien sûr, les stations d’épuration et les rejets des industries chimiques. Tout ce qui déverse sur la Méditerranée est devenu une catastrophe pour cette mer. Ca se traduit très directement sur la taille des poissons. Une sardine qui faisait 15 centimètres ne fait plus que 11 centimètres. Cette mutation de la taille des poissons est une grave alerte. Ça veut dire qu’ensuite, la situation sera irrattrapable. »
Ségolène Royal identifie trois pistes de travail. Tout d’abord, « il faut recentrer les moyens de l’Ifremer sur la recherche de solutions. Les moyens de l’Ifremer sont trop dispersés. Maintenant que l’on connaît clairement les problématiques marines, il faut qu’on puisse recentrer les moyens de l’Ifremer sur des enjeux importants, comme la rupture des écosystèmes. Le déséquilibre des écosystèmes appelle des mesures d’urgence. Je vais demander à l’Ifremer pourquoi le plancton s’est raréfié, et comment on peut mener une action contre les pollutions. Ça demandera des solutions courageuses, face à des pesanteurs, des lobbys et des résistances. Tout ceci n’est plus acceptable compte tenu des dégâts que cela provoque. Il faut également que l’Ifremer se penche sur des solutions liées aux biotechnologies. Par exemple, peut-on réensemencer du plancton, par des cultures sous-marines ? Le plancton est moins nombreux, et moins énergétique pour les espèces qui le consomment. »
Deuxième axe, « faire l’inventaire de l’ensemble des pollutions qui arrivent sur la Méditerranée, et lever la loi du silence (sic) sur cette question des pollutions ». Troisièmement, Mme Royal veut « reprendre à bras le corps la gestion de la Méditerranée avec tous les pays riverains de la Méditerranée. C’est un sujet en panne, car il y a beaucoup de structures différentes, d’intérêts divergents. Dans le cadre de la présidence de la Cop21, j’ai décidé de reprendre une initiative sur la Méditerranée, à contacter les pays du pourtour de la Méditerranée, pour que l’on ait les mêmes normes de lutte contre les pollutions qui arrivent en Méditerranée. Car quand on accumule les problèmes de pollutions et les problèmes de réchauffement climatique, ce n’est pas une addition des problèmes, mais une démultiplication des problèmes. Ainsi, avec le réchauffement de la Méditerranée, on a une aggravation des mécanismes de pollution. »
Interrogée sur le thon rouge, autre pêche importante à Sète, « il n’y a plus de conflit, a-t-elle relevé. Les choses ont été bien réglées avec les pêcheurs. Ils ont compris qu’à trop pêcher, ils se détruisaient eux-mêmes. Il n’y a plus de problèmes de surpêche en Méditerranée. »
Après son échange avec Mme Royal, Guy Mirete, représentant du port d’Agde et président de l’OP (organisation des producteurs) du Sud (Grau-du-Roi, Agde, La Nouvelle, Port Vendres, avec 140 bateaux adhérents), a confirmé l’amaigrissement des espèces pêchées. « Sur la sardine et les anchois, les stocks sont bons, mais il y a un amaigrissement. Nous craignons que ce phénomène ne touche à présent les poissons à écailles, comme le loup, la daurade… Il faut arrêter de tirer sur les pêcheurs. On a détruit 40 % de la flotte chalutière depuis six ans, et les problèmes s’aggravent. La soi-disant surpêche n’est pas la cause de tout. L’impact de la pollution sur les espèces marines a été longtemps passé sous silence. On veut une recherche là-dessus. »
Ségolène Royal s’est déplacée à Sète samedi, aux côtés de Carole Delga, présidente de la Région LRMP, dans le cadre d’Escale à Sète, une fête des traditions maritimes, qui a attiré quelque 250 000 touristes. Lors de cette édition d’Escale à Sète ont été fêtés les 350 ans du port de Sète, créé par Louis XIV.









