Sète : Saipol mise sur le biodiesel
Fabriquer du biodiesel à partir du colza : c’est désormais la principale vocation du site industriel de Saipol, qui emploie 87 personnes sur la zone portuaire de Sète. L’entreprise, filiale du groupe agroalimentaire Avril, a investi 13 M€ dans une nouvelle unité d’estérification, qui lui permet de porter sa capacité de production annuelle à 280 000 tonnes de biodiesel Diester, au lieu de 180 000 t auparavant. « Nous cessons de fabriquer de l’huile brute », explique le directeur du site, Christophe Rouvière. « La totalité de la production d’huile sera dédiée au biodiesel, pour répondre à la demande du bassin méditerranéen », ajoute Yves Delaine, DG adjoint d’Avril et président de Saipol. L’usine continue de produire, par ailleurs, 340 000 t de tourteaux de colza, dédiés à l’alimentation animale, et coproduit du Diester à partir de la trituration des graines de colza. Avec le gérant de la SCA Avril, Jean-Philippe Puig, Yves Delaine a inauguré une seconde installation sur le site de Sète : une nouvelle chaudière biomasse, utilisant des coques de tournesol en provenance d’une autre usine du groupe, à Bassens, en Gironde. Investissement : 15,5 M€, dont 4,2 M€ provenant d’une subvention de l’Etat.
La concurrence de Total
Saipol, qui exploite 25 sites industriels, dont 12 en France, et emploie 4 000 salariés, se flatte d’occuper la place de « numéro un du biodiesel en Europe ». Le Diester est incorporé, à hauteur de 8 %, dans le gazole ordinaire vendu à la pompe en France. La part des biocarburants devrait monter, la Commission européenne ayant fixé l’objectif de 10 % d’ici à 2020 en Europe.
Plusieurs nuages pèsent néanmoins sur la filière, et sur la production de biodiesel par Saipol : d’une part, le recul récent des pouvoirs publics français, qui ont décidé, après avoir favorisé la fabrication de véhicules diesel pendant des décennies, de ramener progressivement la taxation du diesel au niveau de celle de l’essence. D’autre part, le projet de Total de reconvertir sa raffinerie de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône, en unité de production de biocarburants à partir de biodiesel, à l’horizon 2016-2017. « Nous sommes inquiets », reconnaît Jean-Philippe Puig. « Total produira 500 000 t de biocarburant, soit 25 % de la production française ». Il estime que le projet du groupe pétrolier, qui vise à « maintenir des emplois en produisant du biodiesel à partir de produits importés, comme l’huile de palme », aurait « des conséquences sociales sur la filière industrielle et agricole » française de production de biodiesel, qui représente selon lui 20 000 emplois. Le dirigeant de Saipol plaide, du coup, pour que l’obligation d’incorporer du biodiesel dans le diesel soit étendue au gasoil non routier, pour l’agriculture et les travaux publics.
Saipol est une filiale du groupe Avril, qui emploie 7 200 salariés, pour un CA de 6,5 Md€. Le groupe produit, entre autres, les huiles Lesieur.










