Serge Lemaître : "Suivre ou non une formation impacte fortement les chances de retrouver un emploi"
La formation professionnelle, un sérieux coup de pouce pour retrouver un emploi ? Si on pouvait s’en douter, une enquête récente, menée par Pôle emploi Occitanie auprès des demandeurs d’emploi, le prouve. Et tout particulièrement pour les publics les plus éloignés de l’emploi, seniors et chômeurs de longue durée en tête. Fort de ces résultats, Serge Lemaître, directeur régional, affirme la volonté - et la capacité - de Pôle emploi à être un acteur incontournable.
La Lettre M : Pôle emploi a mené une enquête sur la formation des demandeurs d’emploi et son impact sur le retour à l’emploi. Quels en sont les enseignements ?
Serge Lemaître : Avec les mutations économiques et technologiques en cours, la formation professionnelle est plus que jamais un enjeu important. En termes de retour de l’emploi, un constat : 47% des demandeurs d’emploi formés retrouvent un emploi dans les 6 mois. Ce chiffre devient intéressant lorsqu’on le compare à celui du retour à l’emploi des demandeurs d’emploi non bénéficiaires d’une formation : l’écart est de 12 points. Lorsque les demandeurs d’emploi ne bénéficient pas d’une formation, ils ne sont donc que 35 % à retrouver un emploi dans les 6 mois. À 12 mois, l’écart se creuse encore : 56 % des demandeurs d’emploi ayant suivi une formation auront trouvé un emploi contre 42 % pour ceux qui n’auront pas eu de formation.
Cet effet levier de la formation professionnelle sur le retour à l’emploi s’applique-t-il à toutes les catégories de demandeurs d’emploi ?
C’est là que l’enquête est encore plus intéressante. Pour les demandeurs d’emploi de plus de 50 ans, le fait de suivre ou non une formation impacte très fortement les chances de retrouver un emploi : sur 12 mois, 46 % de ces plus de 50 ans formés auront retrouvé un emploi tandis, qu’en l’absence de formation, ils ne seront plus que 19 %, soit 27 points d’écart.
Ces résultats vous surprennent-ils ?
Nous les pressentions, mais désormais nous avons des données concrètes à présenter à nos conseillers mais aussi aux demandeurs d’emploi, en particulier les publics les plus éloignés de l’emploi. 37 % des personnes inscrites à Pôle emploi sont en effet des seniors et pourtant ils ne représentent que 22 % des personnes en formation. Même chose pour les demandeurs de longue durée : ils représentent 23 % des demandeurs d’emploi inscrits mais seulement 17 % des personnes formées. Suivre une formation pour ces types de public a deux vertus : les personnes gagnent en qualification bien sûr mais elles se remettent aussi dans un rythme dynamique. Lorsque vous ne travaillez plus depuis deux ans, cela joue beaucoup dans les chances de retrouver un emploi. On se remobilise.
En matière de l’emploi, vous insistez sur les trois mois qui suivent la formation. Pourquoi ?
C’est à ce moment-là que le demandeur d’emploi doit faire le plus d’effort et c’est aussi à ce moment-là que les prescripteurs doivent aussi en faire le plus. L’objectif pour Pôle emploi est que les demandeurs d’emploi soient reçus dans le mois qui suit leur sortie de formation. À ce jour, entre 50 % et deux tiers d’entre eux sont vus. Certains demandeurs d’emploi se débrouillent tous seuls. Outre le fait de les recevoir, nous leur proposons aussi des prestations à la sortie des formations du type « travail sur l'image professionnelle ». Cela a un effet positif, mais qui ne se chiffre pas. C’est toute l’importance de l’accompagnement d’une manière générale.
Revenons sur ces difficultés persistantes à recruter, en connaît-on les causes ?
Les besoins en main d’œuvre sont importants et pourtant beaucoup d’offres d’emploi ne sont en effet pas pourvues. D’abord, il y a l’inadéquation entre les besoins des entreprises et les compétences dont disposent les demandeurs d’emploi. La formation peut y remédier. Ensuite, il y a un problème d’attractivité des métiers, comme les conditions de travail, les horaires… Certains demandeurs d’emploi ne veulent même pas aller en formation !
Que mettez-vous en œuvre pour lever ces obstacles ?
Nous avons renforcé l’équipe Entreprise. Depuis le 1er janvier, 90 personnes supplémentaires sont en poste, soit au total 560 conseillers entreprises en Occitanie. À nous de faire découvrir les métiers, notamment ceux en tension. Mis en place il y a quatre ans, les conseillers entreprises sont en contact avec les recruteurs de la région. Il est important que nous, prescripteurs, sachions de quoi nous parlons. Chaque semaine, une demi-journée est organisée dans les agences Pôle emploi pour présenter des métiers en tension avec des témoignages d'entreprises.
La Région Occitanie est candidate à l'expérimentation du pilotage régional de Pôle Emploi dans le domaine de la formation professionnelle. Qu’en pensez-vous ?
L’Occitanie est la première région de France en nombre de demandeurs d’emploi formés entre 2017 et 2018. Plus de 85 000. Le Conseil régional s’est beaucoup impliqué sur ce sujet. Plus que d’autres Régions. Nous sommes une des régions où la collaboration entre Pôle emploi et la Région est la plus avancée. Nous avons déjà réfléchi ensemble à des pistes pour améliorer l’efficacité de la formation (choix des formations, accompagnement, informations métiers...): 85 % des demandeurs d’emploi en formation le sont à la suite d’une prescription de Pôle emploi, le reste émane des missions locales et des Cap emploi pour les travailleurs handicapés. Il faut un acteur qui pilote tout cela.










