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| 17/10/2023

Septeo lance un plan d'investissement massif dans l'IA

Le PDG de Septeo Hugues Galambrun, annonce en exclusivité à La Lettre M, le lancement du plan Brain. Objectif ? Intégrer l'IA dans l'ensemble de ses produits et services,
© Mickaël Deneux / La Lettre M

Dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M, le président du groupe héraultais Septeo (2 800 salariés, CA 2022 : 310 M€), spécialisé dans l'édition de logiciels pour les professionnels du droit, de l’immobilier et des métiers de l’entreprise, annonce le déploiement - dès le 20 octobre - d’un plan d’investissement destiné au développement d’une intelligence artificielle générative. Baptisé « Brain », ce dernier sera doté d’une enveloppe minimale de 20 M€ et d'un laboratoire dédié. Explications.

Quel va être le niveau d'investissements de Septeo lors de l’exercice 2024 ?

Nous allons lancer un plan d’investissement massif baptisé “Brain“ le 20 octobre. Il constituera la priorité des investissements R&D du groupe, de l’ordre de 40 M€ en 2024. La moitié au moins de cette enveloppe sera consacrée à l’IA. Et ce plan sera déployé dans l’ensemble de nos pôles, afin d'être opérationnel dès le début 2024 dans la totalité de nos solutions. S’il y a bien une entreprise qui prendra le virage de l’IA dans les 10 prochaines années, ce sera Septeo. Aucune autre n'investira autant dans ce domaine en Occitanie. 

C’est une suite logique de votre acquisition de Soft Law en avril 2020 ?

On ne s’est pas intéressé à ce sujet depuis seulement quelque mois. Nous investissons depuis très longtemps dans le deep learning et le machine learning. Il y a trois ans et demi nous avons effectivement acheté Soft Law, qui est le spécialiste de l’IA dans la legaltech. Nous avons travaillé sur cette base. Mais aujourd’hui l’intelligence artificielle générative nous permet d’aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort. Notre IA va devoir s’adapter à des marchés spécifiques et devra être « in house », à savoir être hébergée en interne. Demain, notre IA n’a pas pour vocation à être utilisée par Microsoft et à être éparpillée aux quatre coins du globe. Il faut la construire sur notre propre serveur. Pour nos clients, la data est essentielle. Ces données, hypersensibles, seront stockées dans des serveurs locaux. Très concrètement, notre équipe développe actuellement une IA générative basée sur LLAMA-2, l’open source développée par Meta. Elle sera finalisée en début d’année 2024. Nous allons disposer d’un laboratoire interne et procéder à une trentaine d’embauches.

Avec quel impact sur votre industrie ?

Nos métiers vont considérablement changer dans les prochaines années. Nous serons capables d’introduire de l’IA dans l’ensemble de nos solutions logicielles. Cependant, elle ne va pas se déployer par magie. Ce qui va porter cette innovation, ce sont les solutions métiers. Par exemple, tous les matins un avocat facture, établit des honoraires au temps passé et réalise une assignation. L’IA va arriver dans ses outils et lui permettre d’obtenir des synthèses de ses jurisprudences, de condenser du texte, de faire de la procuration automatique, de réaliser de la pré-comptabilité. Ces professionnels passent en moyenne trois à quatre heures par jour à la réalisation de ces opérations administratives, en plus de plaider. La technologie leur permettra d’économiser trois fois plus de temps. Il y aura toujours un travail d’analyse, la valeur ajoutée d’un avocat, mais l’intelligence artificielle va le délester de toutes ces tâches.

Vous ciblez d’autres professions ?

Il en est de même en effet pour un notaire qui va embarquer un compromis de vente. L’IA va analyser en amont le document, extraire les entités nommées et les extraits essentiels du compromis, comme le montant ou la valeur. Son acte ressortira avec son logiciel avec un résumé de texte, lui permettant un énorme gain de temps et la possibilité de traiter plus de dossier. Dans l’immobilier aujourd’hui, les normes se sont multipliées dans toutes les directions : écologie, social, nuisance, santé... L’IA fera la différence entre les éditeurs de logiciels qui auront embarqué la technologie et les autres. Ceux qui n’auront pas les capacités d’investissements nécessaires seront écartés du marché.

Quelles sont vos ambitions avec ce plan Brain ?

La transformation, la digitalisation de la société et de l’économie sont en cours et n'en sont qu'à leurs balbutiements. C'est une industrie avec 20 ans de croissance devant elle. Si demain vous ajoutez à cela de l’intelligence artificielle dans les usages des professionnels, vous vous rendez-compte que les entreprises comme Septeo portent l’ensemble de l’économie de demain, comme pleins d’autres boîtes. Je pense par exemple à Vogo (solutions audio et vidéo pour le sport, NDLR) qui se positionne dans les mêmes typologies de produits.

Après l’acquisition de Sequoiasoft, dans le domaine de l’hospitalité, projetez-vous d’autres pistes de diversification ?

Pas à court terme. Nous travaillons sur des briques outils et produits pour venir étoffer nos offres. Aujourd’hui, nous n’avons pas de projets forts sur des acquisitions nouvelles. Nous sommes concentrés sur ce plan IA qui, de notre point de vue, constitue un virage massif, transformant et essentiel pour notre industrie. On l’ignore souvent mais la moitié de la croissance de Septeo est organique. C’est même la plus rentable.

Quid de votre installation à Cambacérès ?

Les discussions se poursuivent avec la Métropole de Montpellier. Cela va dans le bon sens. Il n’y aura pas de difficultés pour obtenir un terrain. Rien n’est encore signé. C’est un projet qui devrait voir le jour d'ici quatre ans.

Mickaël Deneux / deneux@lalettrem.net
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